Ma volonté ou la sienne ?

Est-ce que je marche sur le juste chemin ?

 

Dans l’Evangile de Matthieu, chapitre 8 : 19 Un scribe s'approcha de Jésus et lui dit: «Maître, je te suivrai partout où tu iras.»  20 Jésus lui dit: «Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où poser la tête.»  21 Un autre des disciples lui dit: «Seigneur, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père.» 22 Mais Jésus lui dit: «Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts.» Pas facile à vivre concrètement ; celles et ceux qui ont perdu un être cher au loin l’ont expérimenté.

J’admire ces premiers ermites du désert à Scété en Egypte qui ont tout quitté pour se vouer corps et âme à Jésus. Ces hommes et ces femmes ont préféré fuir le christianisme institutionnel imposé par l’empereur Constantin au 4ème siècle, et se retirer du monde.

Ces ermites ont pensé que la juste voie était de se laisser transformer par Dieu dans la solitude et l’ascèse : ils mangeaient, dormaient et parlaient peu, fuyaient toute forme de sexualité, travaillaient manuellement, et priaient en continu. Leurs combats quotidiens les conduisaient finalement à devenir surtout très humbles.

N’est-ce pas le rêve de chaque chrétienne et chrétien?

Après avoir traversé l’épreuve, une poignée de personnes ont reçu le charisme de la guérison et de l’enseignement spirituel ; quelques-unes sont devenues pires qu’avant ; et d’autres étaient comme nous, anonymes et courageux dans leurs petits exploits quotidiens en essayant d’obéir aux deux commandements d’amour.

Il me semble en effet qu’il n’est pas besoin de se retirer dans le désert pour connaître et vivre l’ascèse : notre vie de tous les jours nous conduit tout aussi sûrement à l’humilité, par les difficultés relationnelles que nous rencontrons, les échecs, les maladies et les problèmes d’argent. A condition bien sûr de se confier de tout notre être à Dieu.

Les écrits, paroles ou exemples de quelques ermites (Isaak le Syrien, Jean Climaque, sentences des Pères du désert, Histoire Lausiaque, Starets Silhouane, etc..) s’apparentent aux traités de psychanalyse jungienne.

Pour arriver au silence intérieur et à ce qu’ils appellent « la joie véritable », les moines travaillaient dur pour se détacher de toute convoitise et désir de domination sur l’autre, et pour maîtriser la sexualité ; ils désiraient la douceur, la conscience des erreurs, la connaissance de soi, avec les efforts qui peuvent être faits et les limites ; ils refusaient les mensonges et demi vérités, les jugements sur les autres, le découragement, l’avarice comme le gaspillage. Ils acceptaient les conseils des plus expérimenté-e-s.

Si trop d’excès sur un long terme peuvent mener tout droit, et en accéléré, à une mort précoce, quelques excès et sorties de route de ci, de là, ne vont pas nous tuer, car le pire qui puisse arriver est la mort spirituelle qui consiste à croire que l’ascèse et la souffrance sauvent et « achètent » la grâce du pardon, qui, comme nous l’avons appris,  est gratuite : une gloutone ou un ivrogne peuvent la recevoir aussi.

L’ascèse qui aide à mieux vivre, à aimer et à prier, est celle du juste milieu. Je vous raconte l’histoire d’un moine qui a transformé son ascèse en un sujet d’orgueil. Il appartenait à un monastère fondé dans le Jura français vers les 7ème et 8ème siècle. Ce moine, par une abstinence extrême pendant sept ans, avait complètement épuisé son corps, au point d’avoir les membres noués et rigidifiés comme un paralysé. Il ne mangeait que les miettes de pain humectées d’un peu d’eau laissées sur les tables. Son frère, l’Abbé Lupicin, ascète accompli selon la volonté de Dieu, le porta un jour dans le jardin du monastère au soleil, alors que tous les autres moines étaient sortis. Il étend des peaux de mouton, et feignant d’être ankylosé lui aussi ; il commence à étirer bras et jambes, à se rouler de gauche et de droite pour redresser l’épine dorsale, puis tel un masseur, il s’étend sur le pauvre corps tordu, l’étire en tous sens avec douceur jusqu’à ce que le malade puisse se redresser. Puis il court chercher un reste de repas trempé d’un peu d’huile, et de pain qu’il arrose de vin. Il lui dit : allons, très doux frère, renonce à ta volonté propre, ce que tu me verras faire, fais-le aussi, car tu as promis l’obéissance. Quand le frère se sent un peu mieux,  Lupicin lui apprend à nettoyer, avec lui, la terre autour des plantes potagères. En l’espace d’une semaine, Lupicin le fit renoncer à ce qui nourrissait sa vanité.

Je vous transmets l’enseignement éclairé du moine Lupicin : personne dans la vie religieuse qu’il a embrassée, ne doit marcher parmi les escarpements de la droite ou parmi les déclivités de la gauche, mais au milieu, suivant la direction donnée par la « voie royale ».

 

 

D’autres prédications
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du Pasteur Pedroli

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