Communitee Protestante - Réflexion du mois

 

 Que reste-t-il aujourd’hui du grand théologien Karl Barth ?
Si sa mémoire et son oeuvre restent très vivante chez les pasteur-e-s de ma génération, j’ai du constater que ce nom n’est pas connu par nos paroissiennes et paroissiens.
A part l’apôtre Paul, Luther et Calvin, et quelques textes écrits par les papes, les grandes pointures de la théologie contemporaine, comme Soeren Kierkegaard, Thérèse de Lisieux, Friedrich Schleimacher, Martin Buber, Paul Tillich, Eugen Drewermann, Paul Ricoeur ou Paul Evdokimov hantent surtout les facultés de théologie.
Dommage, car ces hommes ont réfléchi à toutes les questions que chaque chrétienne et chrétien se sont posés au moins une fois dans leur vie : pourquoi Dieu n’empêche pas le mal de proliférer sur la terre ; est-ce qu’une catastrophe naturelle serait le signe de la punition de Dieu, ou bien encore : est-ce que Jésus et le Saint Esprit sont Dieu.
A ma connaissance très limitée, la question sur le mal a été retourné dans tous les sens par ces grands personnages sans en avoir encore percé le mystère. J’ai bien lu une fois la parole de Barth que j’ai gravée dans mon cœur et qui disait : si tout notre être était rempli du Saint Esprit, nous ne verrions plus le mal, car le mal n’est pas Dieu, il n’existe pas, puisqu’il n’appartient pas à Dieu. (Si une personne pouvait me communiquer dans quel livre de Barth se trouve cette parole, je lui serais très reconnaissante : mes sources ont disparu avec la mort d’un collègue catholique qui me les avait empruntées.)
Ainsi Dieu ne veut pas le mal, il n’en est pas la source, il le combat. Vous pourriez me rétorquer: mais pas du tout, Dieu a créé le mal et le bien. Et bien voilà, vous faites, vous aussi de la théologie sans le savoir ! Théologie vient du grec et signifie : recherche sur la divinité ou sur les choses divines.
Né à Bâle, le 10 mai 1886 et décédé à Bâle, le 10 décembre 1968, Karl Barth est un pasteur réformé et professeur de théologie suisse. Fils d'un professeur de théologie, il commence ses études de théologie en Suisse, à Berlin, à Tübingen et à Marbourg. Il devient le chantre de la théologie de la Parole Dieu : pour Barth, Dieu se révèle lui-même ; aucun être humain ne peut révéler Dieu à un autre être humain. Dieu se révèle d’une façon toujours autre et nouvelle. La Bible et la prédication sont seulement un support humain qui permet à la parole de Dieu de se révéler à nous.
Dès 1920, sa théologie se tourne résolument vers le Christ. Sa grande œuvre, intitulée « Dogmatique » est immense. En 1934, il a été le principal auteur de la Déclaration théologique de Barmen, texte fondamental d'opposition chrétienne à l'idéologie nationale-socialiste. Un extrait de cette déclaration : nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l'Eglise pourrait, en vertu d'un acte d'autonomie humaine, mettre la Parole et l'oeuvre du Seigneur au service de désirs, de buts et de plans quelconques choisis de sa propre autorité. C’est une réaction à un discours d’Hitler, ou de tout dictateur qui dirait: Dieu est avec nous. Selon Barth, l’être humain ne peut pas instrumentaliser Dieu pour imposer une volonté humaine. Dieu est radicalement autre ; il est autre que ce que nous pourrions dire de lui. Il agit dans l’Eglise et en dehors de l’Eglise, Dieu est là où il décide d’être là, et non où nous voudrions qu’il soit. Il ne se laisse pas enfermée dans une petite boite à vue humaine. En bref, ni toi, ni moi, ne peuvent l’attraper et l’obliger à penser comme toi ou moi ou à faire ce que nous voudrions qu’il fasse. Nous sommes toujours à sa recherche, en quête de sa présence et de sa parole. Nous sommes en dialogue continuel avec lui tout au long du jour.
Pourquoi Jésus est au centre de sa théologie ? Barth commence par une question : quel est le Dieu qui se donne à connaître dans la révélation ? Et il répond : c’est la doctrine trinitaire (Père, Fils et Saint Esprit) qui nous fait comprendre le témoignage de la révélation.
Dans l’Ancien Testament (Es 61,1ss), il est question à la fois du Seigneur Yahvé, et du porteur du message, oint par ce Seigneur et sur lequel repose l’Esprit de ce même Seigneur. Dans le Nouveau Testament, Dieu se dévoile en la personne du Christ, de manière visible, sous la forme de ce qu’il n’est pas lui-même. Jésus est la seule créature humaine qui peut révéler Dieu, et s’il peut révéler Dieu, c’est qu’il est en état d’obéissance et de conformité totales à Dieu, tout en étant autrement. Le Saint Esprit donne à l’être humain l’enseignement et la direction que l’être humain reste à jamais incapable de se donner à lui-même. Il n’est pas identique à nous-mêmes et à nos volontés. C’est lui qui nous donne de croire en Dieu et en Jésus. C’est lui qui nous apprend l’amour de Dieu et la liberté qui en découle.
En résumé, je dirais que l’Esprit Saint ouvre notre être à ce Dieu qui se révèle en Jésus Christ, et nous apprend que Dieu nous aime infiniment, comme nous sommes, d’un amour qui est autre que le nôtre.
Martine Matthey

 

 

 

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