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La Bible et les gilets jaunes

Et si un petit groupe de gilets jaunes au détour d’un rond-point me demandait de lire un passage de la Bible, lequel choisir ?

J’ouvre ma Bible, et je lis dans l’ Evangile de Matthieu, chapitre 5, versets 3 et 4 : «Heureux les pauvres de coeur: le Royaume des cieux est à eux. Heureuses les personnes douces: elles auront la terre en partage.

Aurai-je le temps d’expliquer ce que signifie pauvres de cœur selon les exégètes ? Pas sûr, car même les personnes sans gilets ne comprennent pas tout de suite que Jésus ne parle pas des personnes pauvres en biens, mais des personnes brisées par le malheur au point de n’avoir d’autre issue que de s’accrocher à Dieu.

Passons. Jésus parlait aussi de la douceur. Qui parmi nous a la patience et la douceur de Dieu pour  réussir à ouvrir les portes fermées ?

Toujours dans l’évangile de Matthieu, chapitre 25, versets 14 à 30 ; il s’agit d’un homme qui part en voyages, et qui confie cinq talents à un de ses serviteurs, deux talents à un autre, et un talent au troisième.  L’homme de retour félicite les deux premiers serviteurs qui ont réussi à doubler leur mise, leur donne ce qu’ils ont gagné en plus et leur promet un heureux avenir. A notre grand étonnement, il retire au troisième son seul  talent en lui reprochant de l’avoir caché par peur, au lieu de l’avoir fait fructifier ; il donne le talent de ce pauvre serviteur à la personne qui en a déjà dix.

Qui peut comprendre que pour le Seigneur, nous sommes tous et toutes comme ce serviteur fragile et incompétent qui préfère cacher l’amour reçu de Dieu au plus profond de lui-même plutôt que d’en témoigner au grand jour ?

Ainsi plus vous êtes aimé-e-s par Dieu et plus vous portez du fruit. C’est nettement contraire à notre rêve d’égalité. Je passe !

Ah voilà qui et mieux : la parabole des « ouvriers de la 11ème heure », dans l’évangile de Matthieu, chapitre 20, versets 1 à 16. Dans cette parabole, il est raconté que le propriétaire d’une vigne paie d’un franc-or à la journée les ouvriers et ouvrières qu’il a engagés les uns à 9h du matin, les autres à midi, d’autres encore à 15h et à 17h.  Toutes et tous, qu’ils aient travaillé toute la journée ou seulement une heure reçoivent le même salaire. Evidemment ce franc-or correspond au pardon inconditionnel de Dieu et à la promesse de la résurrection : donc une personne qui donne tout son temps pour l’église depuis son plus jeune âge aura le même salaire que la personne qui se converti juste avant de mourir : dur à avaler quand même.

Au moins ce « concept » a le mérite de correspondre concrètement aux demandes sociales de notre temps pour plus d’égalités. Ce même franc-or pour tous et toutes ressemble à ce qui est appelé aujourd’hui le revenu universel. Il est défini par Wikipédia de la manière suivante: somme d'argent versée par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans conditions de ressources ni obligation ou absence de travail. L’idée n’est pas neuve puisqu’elle vient de Thomas Moor, auteur d'Utopia (1516).

La Finlande après avoir essayé  dernièrement d’appliquer ce « revenu universel » avec possibilité de le cumuler sans variation avec un emploi, a du y renoncer : trop cher pour l’état ! Cela ferait plonger de 5% le déficit budgétaire finlandais", selon certaines estimations.

Est-ce que le Royaume de Dieu est si loin de ce que nous vivons dans notre vie quotidienne ? Dieu ne semble pas du tout traduire le mot « égalité » dans la même langue que nous. Il est vrai qu’un monde où tous les poissons seraient des cabillauds, et toutes les fleurs des jonquilles serait… A vous de juger.

Il reste, pour nous sortir d’affaire , les deux commandements d’amour. Le premier : aimer Dieu de tout son  être, s’abandonner à lui, avoir la confiance absolue qu’il agira en son temps pour le bien de chacune et de chacun. Le deuxième : respecter son prochain comme soi-même, ne jamais humilier la personne qui est différente. Pour le philosophe et théologien Olivier Abel, personne n’a le droit d’avoir une attitude humiliante envers qui que ce soit, car selon lui, humilier une personne est la cause de beaucoup de dysfonctionnement et conflits.

Pour nous, chrétiennes et chrétiens, personnes à la fois pauvres parce qu’impuissantes,  et heureuses parce qu’aimées de Dieu, le seul moyen de contribuer à trouver des solutions dans les conflits sociaux est de se laisser toujours davantage façonner par l’Esprit Saint afin que toutes nos actions et paroles soient inspirées par le Seigneur, qui seul a toute la connaissance et la sagesse.

Martine Matthey