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Prédication 22 04 18. Livre de l’Apocalypse, chapitre 20, versets 1 à 10

N’avez-vous pas l’impression que les textes du livre de l’Apocalypse nous conduisent vers un autre monde ? Apocalypse, comme vous le savez, ne signifie pas « fin du monde », mais « révélation ». Ce livre veut nous révéler ce qui est caché, l’invisible de Dieu. Les symboles constamment présents sont souvent énigmatiques, et le message pas toujours clair.

Certains passages nous font rêver sur le Royaume de Dieu qui nous attend, comme celui que je vous ai lu au début du culte : 3 Et j'entendis, venant du trône, une voix forte qui disait: Voici la demeure de Dieu avec les êtres humains. Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux.  4 Il essuiera toute larme de leurs yeux, La mort ne sera plus. Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu. 5 Et celui qui siège sur le trône dit: Voici, je fais toutes choses nouvelles. (Ap. 20)  Un autre exemple, au chapitre 21 : 21 Et la place de la cité était d'or pur comme un cristal limpide.  22 Mais de temple, je n'en vis point dans la cité, car son temple, c'est le Seigneur, le Dieu tout-puissant ainsi que l'agneau.  23 La cité n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine, et son flambeau, c'est l'agneau.

Revenons au texte de ce matin et à ce livre impossible à ouvrir.  Le prédicateur laïc et membre du conseil de paroisse de l’église huguenote allemande, dans une de ses prédications a donné une interprétation qui m’a tellement plu que j’ai eu très envie de vous en faire part.

Au préalable, quelques éclaircissements sur le texte ou plutôt quelques clés pour mieux le comprendre.  

Au début de ce livre de l’Apocalypse, le Seigneur Dieu s’adresse à un certain Jean, et lui demande de s’adresser aux sept églises, qui représentent toutes les églises existantes à ce moment-là. Les nombres 7 et 12 veulent toujours dire dans la Bible : plénitude, totalité. Le livre a 7 sceaux : il est donc complètement scellé et fermé. L’agneau a 7 cornes : il est tout puissant, car les cornes symbolisent la puissance.  Enfin les 7 yeux et les 7 esprits manifestent l’Esprit de Dieu dans son universalité.

Dieu est assis sur son trône, entouré des 24 anciens, (hommes et femmes ? Nous ne le savons pas) qui représentent les 12 tribus d’Israël et peut-être les 12 tribus parmi les peuples païens. Dans le passé, les 4 animaux ou êtres vivants, repris  du livre d’Ezéchiel, chapitre 1, verset 5, ont souvent été imaginé comme étant les 4 évangélistes : Matthieu l’ange, parce que son Evangile commence par une généalogie, Marc le lion, parce qu’il est un prédicateur dans le désert, Luc le taureau, parce que le taureau est l’animal sacrifié, et Jean l’aigle, parce qu’il parle du Verbe, de la parole, de la sagesse.

Le livre se présente sous la forme d’un rouleau, comme étaient les livres à l’époque,  écrit des deux côtés. Il semble que ce livre serait l’Ancien Testament, qui, s’il est lu en vérité, donne les clés de l’avenir.

Or qui est le seul être humain  qui peut nous faire comprendre le message  de l’Ancien Testament ? Jésus, celui qui a été égorgé, comme un agneau sans défense.

Jésus est celui qui accomplit l’Ancien Testament. Il est venu pour donner le sens de tout ce qui est écrit dans l’Ancien Testament. Il le dit dans l’Evangile de Matthieu au chapitre 5, verset 17 : 17 «N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abroger, mais accomplir. Accomplir dans le sens d’ aimer Dieu de tout son être, et son prochain, sa prochaine, comme soi-même.

Ce Jésus a racheté à Dieu et sauvé chaque être humain de la terre et tous les peuples de la terre, de manière à ce que chacune et chacun ait une relation directe, sans intermédiaire avec le Seigneur, comme un prêtre. Le royaume est descendu sur terre, et chaque être humain devient comme un être responsable devant Dieu.

Et maintenant, voilà l’interprétation de Stefan Kraemer sur ce livre que nulle personne ne peut ouvrir.

Le livre scellé représente pour lui, toute situation sans issue, sans espérance. Nous avons chacune et chacun vécut ce genre d’expérience, cette impression de blocage, où nous avons l’impression que nous n’allons pas pouvoir nous en sortir, comme Daniel dans la fosse aux lions. Cela peut être un licenciement, une maladie, un manque cruel d’argent, une séparation, un accident.

On tourne en rond, on cherche, on est dans le noir, on est comme on dit au fond du trou. On a le sentiment d’être perdu.

Dans ces instants tragiques, si nous nous nous tournons vers Jésus, si nous l’appelons à l’aide, mes ami-e-s, le Saint Esprit agit puissamment, il ouvre une brèche, une solution se dessine, Jésus ouvre pour nous le livre de la vie.

Encore hier, je téléphone à ma sœur en Suisse. Sa situation était tellement triste et sans issue que j’ai vraiment craint le pire. J’ai prié, je l’ai rappelée. L’infirmière venait de passer et elle passera encore aujourd’hui alors que c’est le weekend, mon frère lui a fait les commissions et un ami s’est occupé de son linge. Le livre s’est ouvert.

Regardez ce qui vient de se passer avec la Coré du Nord. Je pensais aussi à Rosa Parks, cette femme afro-américaine qui a osé en 1955 en Alabama s’assoir sur un siège dans le bus réservé au blanc. Et là aussi, le livre s’est ouvert. Lentement, puisqu’il a mis presque 9 ans pour s’ouvrir.

Essayez de vous souvenir maintenant ou plus tard en rentrant chez vous, d’une de vos expériences de ce livre qui s’est ouvert pour vous.

L’ultime blocage sera évidemment le moment de notre mort. Et là aussi, Jésus ouvrira le livre pour nous permettre de passer de la mort à la vie.

Amen!

 


 

Prédication 15 04 10 Jean 21 15-19

Ce dialogue entre Jésus et Simon Pierre témoigne du premier engagement personnel dans l’église du Christ. C’est le premier pas dans l’œuvre missionnaire manifestée dans la puissance de Dieu. Plus tard à la Pentecôte, Dieu enverra le Saint Esprit sur les autres disciples pour les envoyer eux aussi participer à cette œuvre et commencer à organiser l’église.

Comment se passe ce premier  engagement ?

Jésus demande une première fois à Pierre :  « m’aimes-tu plus que les autres ». Il utilise le verbe agapaw, qui signifie : aimer d’un amour inconditionnel, divin et juste.  Pierre répond avec le verbe filew, qui signifie : aimer d’amitié, aimer humainement. Une deuxième fois, Jésus demande à Pierre :  « m’aimes-tu » avec le verbe agapaw, et Pierre encore une fois répond avec le verbe filew. Alors la troisième fois, Jésus demande à Pierre « m’aimes-tu » avec le même verbe utilisé par Pierre, filew.

C’est comme si Jésus demandait à Pierre : est-ce que tu aimes comme Dieu aime, et que Pierre répondait : mais bien sûr, je t’aime de tout mon cœur, tu es mon ami.

Jésus, quand il parle d’amour choisit toujours le verbe agapaw. C’est l’amour de Dieu pour nous, infiniment miséricordieux et gratuit, plein d’une tendresse sans désir, qui laisse la personne aimée libre. C’est un amour sans sentimentalisme, qui élève l’autre et le rend meilleur. C’est un amour qui vient de Dieu et qui mène à Dieu.  

Le verbe filew est pétri de tout ce qu’il y a d’humain dans l’amour ou l’amitié : la jalousie, l’envie de posséder l’autre, de prendre un pouvoir sur l’autre ; il y a dans ce filew, l’exigence de la reconnaissance et d’être aimé-e en retour. C’est l’amour et l’amitié que nous connaissons bien.

Jésus parle à Pierre d’ agape, d’amour divin et Pierre parle de  filia, d’amour humain. Et la 3ème fois, Jésus se met à son niveau et lui parle aussi de  filia, d’amour humain. Jésus demande à Pierre s’il aime Dieu par-dessus tout.  Et Pierre aime Dieu comme un être humain, comme il le peut, avec les forces qui lui ont été données.

Et pourtant c’est bien cet amour seulement humain qui fait le malheur de notre Eglise depuis le début. En effet, quand les relations entre les chrétiennes et chrétiens ne sont plus traversées par le souffle de l’agape de Dieu, de cet amour divin, alors commencent toutes les difficultés : conflits, désirs de puissance et de gloire personnelle, jalousie, envie, tendresse perverse, peurs, fermetures. On ne vient plus à l’église à cause du comportement, ou d’une parole malheureuse d’un paroissien, d’une paroissienne, du pasteur, etc….C’est l’amour filia.  

Et pourtant, malgré cela, Jésus dit à Pierre : « pais mes brebis », c’est-à-dire continue à être mon témoin et mon messager. Jésus continue de nous faire confiance, malgré nos incapacités à comprendre ce que c’est que d’aimer comme lui nous aime, il nous fait confiance malgré notre incapacité à comprendre ce qu’est l’amour de Dieu.

Il nous aime personnellement plus que tout autre, nous qui avons tellement de peine à l’aimer plus que tous les autres.

Oui l’Eglise  fait des erreurs, sa gestion est humaine, comme  Pierre est humain. Et pourtant Jésus lui a dit : «  suis-moi », suis-moi, comme tu es.

C’est que l’amour de Dieu est si grand qu’il peut mettre de l’amour divin, de l’agape, dans toutes nos relations, et dans toutes nos entreprises, aussi fragiles soient-elles.

Ce texte nous enseigne aussi que nous n’avons pas à nous occuper du salut des autres. Jean, le préféré,  est là, derrière, ou à proximité de Pierre, aux côtés de Jésus. Pierre a exactement la réaction que nous aurions eue à sa place : et lui, qu’est-ce qui va lui arriver ?

Jésus appelle Pierre et Jean à sa suite d’une façon différente, comme chacune et chacun d’entre nous, selon le plan de Dieu. Peut-être que Jean a compris ce qu’était l’agape ?

Vous avez que l’église catholique  comprend le rôle de Pierre autrement que nous dans l’église protestante. J’en dirai quelques mots d’une façon très résumée, et je terminerai par là.

Pour l’Eglise catholique, Pierre a été désigné par Jésus pour être le premier pape et berger de son église. Les papes sont considérés comme les successeurs de Pierre. Un peu comme un roi aux temps anciens où il était normal que le fils succède à son père.  Le chef de l’église est le pape, et il transfère exclusivement cette autorité et la consécration du pain et du vin, aux évêques et aux prêtres.

L’Eglise protestante reconnait que Pierre a été un des chefs de la première église avec les autres disciples, par contre elle donne l’autorité à l’ensemble des membres de chaque communauté ; c’est pour cette raison que nous avons une assemblée générale chaque année. L’organisation de l’église est régie par un système démocratique.

Les relations entre Conseil de paroisse, assemblée générale et ministres ne sont pas sous le régime de la soumission dans un sens ou dans l’autre, mais de collégialité et de partenariat. Pierre et les autres apôtres ont fondé la première église, et à nous maintenant, il incombe de maintenir cette église en vie, avec quelquefois les contraintes et responsabilités que cela implique.  

Jésus a dit à Pierre, v. 18 :  quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c'est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas.»

Est-ce que cela signifie que toute personne qui suit Jésus et qui est engagée par lui perd son indépendance et sa liberté de jeunesse, et devient un être responsable qui participe activement et concrètement à la vie de la paroisse ? Avec l’aide puissante du Saint Esprit, qui seul peut nous apprendre à aimer comment Dieu aime ?

Amen!