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CULTE POUR LE 3 MAI 2020

Prdication Pasteur Foehrl

3e Dimanche après Pâques

 

Thème : La nouvelle Création

 

 

Mots d'ouverture

 

Nous vivons dans ce  monde que le Seigneur a créé; réjouissons-nous et réjouissons-nous encore !

C'est le monde que le Seigneur fait : participons,  humblement et avec soin, à son élaboration.

 

Hymne  à une terre renouvelée,  que nous pouvons bâtir :

            Si nous avons la sagesse de vouloir vivre, de nous tenir comme des arbres à croissance lente sur ce lieu en ruine, de le renouveler, de l'enrichir,

            si nous faisons en sorte que nos saisons soient bénies, car nous  ne demanderons pas trop à la terre ou au ciel,

            alors longtemps après notre mort, les vies que nous aurons préparées vivront ici,

            les maisons solidement ancrées sur les flancs de la vallée, les champs et les jardins seront riches en récoltes,

            la rivière sera claire comme elle ne l’a jamais été,

            et là-haut, les oiseaux chanteront comme un chœur grandiose,

            sur les collines, il y aura de vertes prairies, des  ceps à l'ombre du midi.

            sur les pentes abruptes où la cupidité et l'ignorance ont coupé les belles  forêts, une vieille forêt se dressera, sa riche chute de feuilles nourrissant ses racines,

            les veines des sources oubliées se seront ouvertes,

            les familles iront chanter dans les champs, elles entendront une musique qui s'élèvera du sol.

            L'abondance de ce lieu, les chants de ses habitants et de ses oiseaux, seront la santé, la sagesse et la lumière intérieure. Ce n'est pas un rêve impossible. Dieu, avec nous, pourra le réaliser.

 

Confession

            Le péché est le refus de reconnaître notre dépendance de Dieu pour la vie, pour le souffle et pour toutes choses :

            Dieu de la vie, nous confessons que nous oublions souvent que nous sommes totalement dépendants de toi et interdépendants avec toute ta création.

             Pardonne-nous, ô Père, et incite-nous à changer.  

            Les prophètes Isaïe et Osée ont déjà dit: La terre est polluée sous ses habitants. Les bêtes des champs, les oiseaux de l'air, même les poissons de la mer meurent.

            Dieu de miséricorde, nous confessons que nous endommageons la terre, la maison que tu nous as donnée. Nous achetons et utilisons des produits qui polluent l'air, la terre et l'eau, nuisant à la faune et mettant en danger la santé humaine.

            Pardonne-nous, ô Dieu, et incite-nous à changer.

            Ta Parole a déclaré: Quoi que nous fassions à la toile de vie, nous nous le faisons à nous-mêmes.

             Dieu de justice, nous confessons que nous n'avons pas fait assez pour protéger la toile de la vie. Nous n'avons pas insisté pour que nos gouvernements  fixent  des normes fondées sur la précaution. Nous permettons aux entreprises de libérer des toxines dangereuses qui détruisent des écosystèmes fragiles et nuisent aux êtres humains, en particulier à ceux d'entre nous qui sont les plus vulnérables.

             Pardonne-nous, ô Dieu, et incite-nous à changer.

             Dieu de compassion, nous reconnaissons aujourd'hui notre dépendance envers toi et notre interconnexion avec l'ensemble de la vie. Nous ouvrons nos yeux, nos oreilles et nos cœurs à la douleur de la terre, afin que nous puissions être ouverts à ta vérité, voir ton chemin d'espérance et marcher avec courage dans ce chemin. Amen.

 

TEXTE DE CE JOUR :  Jean 15. 1-8

 

15.1  Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron.

15.2  Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il porte encore plus de fruit.

15.3  Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée.

15.4  Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi.

15.5  Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.

15.6  Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent.

15.7  Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.

15.8  Si vous portez beaucoup de fruit, c'est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples.

 

 

Sœurs et frères en Christ,

 

         Quel est le fruit de votre vie ? Quel est le but de nos vies,  de notre quotidien et de toute notre vie ?

         Beaucoup de jeunes répondent : « Le plaisir, c'est ce qui doit en résulter. Il n'y a pas de mal à dire qu’il faut s'amuser! » Est-ce tout ?

 

         De nombreux  adultes disent : « Faire mon devoir, c’est gagner de l'argent pour que je puisse subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Cela doit être rendu visible dans nos vies. »  Pas mal, l'accomplissement du devoir est un grand bien ! Mais est-ce tout ?

 

         Jésus nous donne ici sa réponse avec l'image du fruit qui pousse sur la vigne : l'amour ! Bien que le mot n'apparaisse pas dans le texte,  mais d'après le contexte biblique général, il devient très clair : nous, les êtres humains, sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. La caractéristique décisive de Dieu est l'amour.  Voici donc ce que nous devons faire ressortir de nos vies : l'amour ! L'amour pour Dieu,  l'amour pour moi-même ainsi que l’amour pour mon prochain. Si cela n'est pas le cas, il ne reste plus qu'à couper la vie, la vigne.

 

         Mais  Dieu, le Père céleste travaille encore sur nous ! Ce viticulteur n'est pas si prompt à abandonner les vignes qui croissent sur leur cep : Jésus ! Paul écrit : Les fruits de l'Esprit sont l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la fidélité, la douceur, la chasteté. Cependant, nous ne devons pas oublier : si ces choses ne grandissent pas dans notre vie quotidienne, Jésus nous avertit que, tôt ou tard, nous perdrons le lien avec Lui et nous finirons par mourir après une vie infructueuse.

 

         Jésus élève l'amour au rang de caractéristique décisive de ses disciples. Par conséquent, la question la plus importante de l'existence humaine est la suivante : comment ma vie peut-elle devenir et rester fructueuse ? Rester en contact avec Christ Jésus. Mais comment se fait le lien avec lui ? Simplement en croyant en lui. Dès que je dis : «  Ô Christ ! », avec une conviction sincère, le lien est là.

 

         Peut-être nous exprimons-nous avec une foi très faible et remplie de doutes, comme ce père qui est venu vers Jésus à cause de son fils malade en phase terminale : « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon incroyance ! ». Et là, l'Esprit de Dieu est déjà en nous.  C'est pourquoi Paul écrit que « personne ne peut dire que Jésus est Seigneur si ce n'est par l'Esprit Saint ».

 

         Le talentueux professeur, Manfred Siebald, l'a exprimé dans un cantique de nos livres de chants allemand :  « Une pierre tombe dans l'eau, très discrètement, tranquillement et silencieusement ; et même si elle est très petite, elle dessine de larges cercles à sa surface. Là où le grand amour de Dieu tombe dans une personne, il continue à agir en actes et en paroles dans notre monde. »

 

         C'est en fait assez simple. L'anecdote suivante peut nous aider à mieux comprendre : on raconte que le célèbre musicien et compositeur Mendelssohn-Bartholdy est venu un jour à Fribourg pour voir le grand orgue de la cathédrale. Le vieux sacristain refusa de le laisser jouer sur l'instrument, car il ne le connaissait pas. Finalement, il a accepté, à contrecœur, de le laisser jouer quelques mesures. Mendelssohn s'est assis sur le banc d'orgue et la plus belle musique est sortie de l'instrument royal.

 

         L'homme est resté bouche bée, émerveillé. Il s'est approché et a demandé son nom au grand musicien. Lorsqu'il entendit qui il avait devant lui, il se tint là, profondément ému, et se reprocha amèrement : « Comment ai-je pu vous refuser la permission de jouer sur cet orgue ? »

 

         Christ aussi veut s'emparer de notre vie et en tirer sa mélodie d'amour. Si nous ne le renions pas, il tirera de notre vie une musique céleste qui nous convaincra de plus en plus, nous et les autres, de sa présence.

         Comment rester et grandir dans cette foi ? « Aucune vigne ne peut porter du fruit par elle-même si elle ne reste attachée à la vigne. » Comment puis-je, en tant que vigne, rester avec Christ sur la vigne ? En écoutant ses paroles. Cela me fait grandir dans la foi. « Vous êtes déjà pur grâce à la parole que je vous ai donnée ». La parole de Dieu est de la nourriture.

 

         Le célèbre acteur de cinéma américain Pat Boone, qui a récemment eu 85 ans, a déclaré qu'il lisait la Bible en entier une fois par an. C'était, dit-il, le secret de sa santé spirituelle et physique. La parole de Dieu attend notre réponse. Que nous lui disions : « Merci » ou « Je ne comprends pas » ou encore : « Aide-moi à t’écouter et à te suivre » ;

 

          Chaque jour à nouveau, Christ veut laisser sa parole et son Esprit couler en nous pour porter du fruit : amour, joie, paix, patience . . . Dieu m'aime ! Avec toutes mes forces et mes faiblesses. Il faut  toujours réabsorber ces paroles et les  digérer à nouveau ! Pour que je puisse en vivre.

 

                   N’oublions jamais  de nous adresser à cet Esprit du Christ qui produira en nous ses fruits. C'est la croyance en cet Esprit, le donneur de vie et d'amour, qui est la base de l'espérance. Malgré toutes les forces destructrices que nous lâchons contre la vie sur cette planète, l'Esprit de vie est à l'œuvre de manière toujours nouvelle et imprévisible, en combattant et en contournant les obstacles que nous mettons sur son chemin. Malgré mes fortes tendances à la complaisance et au désespoir, je ressens en moi l'Esprit comme suscitant l'espoir réaliste en dehors duquel il n'y a pas d'espoir, et je suis convaincu que ce que je trouve en moi se produit également chez les autres.

 

         Puisque ce qui fait la vie, l'amour et l'espérance n'est pas simplement la décision d'un individu ou d'un autre, mais un Esprit qui nous anime tous, je n'ai pas à supposer que mes propres efforts soient d'une grande importance pour les croire valables.  Je peux reconnaître qu'ils peuvent même être futiles ou mal dirigés et les doutes persistent en eux tant qu'aucune lumière plus claire n'est donnée, car je vois ce que je fais comme faisant partie de quelque chose de beaucoup plus grand, quelque chose à laquelle  toutes les personnes participent dans la mesure où elles répondent avec sensibilité aux idées et aux opportunités qui se présentent à elles.

 

         La croyance en l'Esprit est la croyance que je ne suis pas seul, qu'en travaillant pour la vie et l'amour dans l'espérance, je travaille avec quelque chose de beaucoup plus grand que moi-même, qu'il existe des possibilités pour l'avenir qui ne peuvent être simplement projetées à partir du passé, que même mes erreurs et mes échecs peuvent être tissés dans un modèle de guérison dont je ne suis pas maintenant conscient.

 

         La croyance en l'Esprit n'est pas une affaire de peu d’importance. Il n'y a aucune garantie que les gens répondent aux incitations de l'Esprit en nombre suffisant et avec une sensibilité suffisante pour commencer la guérison de la planète. Mais la possibilité existe. L'avenir peut être différent du passé. Il y a donc de l'espoir. Amen !

 

 

Prier  au milieu d'une pandémie

 

            Alors, nous voici, ô notre Dieu et Père,

            au milieu d'une pandémie mondiale, nous arrivons en ce temps de Pâques, où le calendrier proclame ta victoire, alors que le monde lutte contre la maladie et la mort.

            Rarement dans nos vies nous avons eu autant besoin de la nouvelle de Pâques qu’aujourd’hui. Nous avons besoin de la promesse de nouveaux commencements, d’une vie au-delà de la calamité.

            Nous avons besoin de l'affirmation de ton activité de transformation créative dans le monde. Nous avons besoin du message intégré dans l'histoire de Pâques qui déclare, en tous temps et en tous lieux, et peu importe la gravité des évènements,  que la mort n’a pas le dernier mot.  

            Nous avons peut-être craint que nos "Alléluia" soient sourds à la souffrance qui nous entoure, mais non, nos Alléluia résonnent de la vérité symbolisée dans cette histoire étonnante: que ton amour est plus fort que le désespoir, plus fort que la mort, plein de surprise, vivant avec des possibilités, nous appelant à aller de l'avant avec une détermination renouvelée à mettre notre meilleur moi dans le travail de construction d'un monde juste et compatissant.

            En cette période de distanciation sociale, nous avons à nouveau appris le pouvoir de la communauté et des relations, nous te remercions pour tous ceux et celles qui ont apporté l'amitié, l'amour et le rire dans nos vies.

            Nous te remercions pour ceux et celles qui ont écouté nos peurs, encouragé notre foi, nous ont promis l'espérance et nous ont soutenus dans nos épreuves.

            Nous te remercions pour tous ceux que nous aimons qui sont partis pour tes soins éternels.

            Relevons-vous de la consternation désespérée de la violence, de la maladie et de la mort, de l’égoïsme et de la cupidité, de la peur et de l'indifférence.

            Renouvelons notre conviction qu'il y a toujours quelque chose que nous pouvons faire, toujours quelque chose qui pourra  contribuer au bien-être de la création.

            Élevons-nous à la nouveauté de vie, à de nouvelles perspectives, à des possibilités inexplorées.

            Conduisons-nous sur des chemins de paix et de justice, de réconciliation et de compassion.            

            Soyons  ta voix encourageante, tes bras ouverts, ton oreille attentive pour ceux et celles qui sont découragés, insatisfaits ou découragés.

            Donne-nous le pouvoir d'être des restaurateurs de la Terre, amis des arbres et des animaux.

            Encourage-nous à te faire confiance et à assurer ta présence sans faille.      Puissions-nous apprendre par cœur le message de Pâques : que tu es toujours à l'œuvre dans le monde et en nous, que même dans les moments les plus sombres tu nous transformes tranquillement, que tu nous conduis toujours  vers de nouvelles possibilités, vers de nouvelles opportunités, vers une nouvelle vie.

            Nous prions avec émerveillement et gratitude, au nom de Jésus-Christ, qui nous a appris à prier en disant :      Notre Père …

 

Bénédiction

 

Que ce Dieu de la vie nous donne la vie en plénitude.

Que ce Dieu de la paix nous fasse artisans de paix.

Que ce Dieu d’amour nous rende capables d’aimer.

Oui, que ce Dieu nous bénisse !

 

 

            BON ET JOYEUX DIMANCHE  À TOUTES ET À TOUS !

 

 

 


 

 

 

CULTE POUR LE 26 AVRIL 2020

Prdication Pasteur Foehrl

2e Dimanche après Pâques

 

 

          

LOUANGE

 

Nous te louons : tu nous aimes et nous sommes tes enfants.

Nous te louons pour Jésus-Christ : il a proclamé la bonne nouvelle du Royaume.

Nous te louons pour l’Esprit Saint : il nous rassemble malgré nos différences, et fait de nous un seul peuple, ton peuple.

Nous te louons pour ce jour qui nous fait entrer dans la joie. 

 

PRIERE DE REPENTANCE

 

En ce premier jour de la semaine, nous regardons vers toi, Dieu d’amour.

Tu nous as donné le pain de chaque jour, tu nous as réjouis par ta création, tu nous as assurés de ta miséricorde par le Christ,

mais nous ne t’avons pas dit notre reconnaissance. Pardonne-nous.

Tu nous as fait entendre des nouvelles de toute la terre, tu as mis devant nos yeux la souffrance de nos frères et de nos sœurs,

mais nous lui sommes souvent restés insensibles.

Pardonne-nous.

Tu nous as accompagnés dans notre chemin quotidien, mais devant les soucis, nous avons été gagnés par la crainte

et devant la tâche que tu nous indiquais, nous n’avons pas su t’obéir.

Pardonne-nous.

Accorde-nous, Père, des cœurs reconnaissants, attentifs, et disponibles pour ton service. Amen !

 

 

Que la grâce du pardon vous soit assurée par les mots de ce Psaume :

                                                Il restaure mon âme !

 

 

Psaume 23

 

23.1 L'Éternel est mon berger: je ne manquerai de rien.

23.2 Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles.

23.3 Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom.

23.4 Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent.

23.5 Tu dresses devant moi une table, En face de mes adversaires; Tu oins d'huile ma tête, Et ma coupe déborde.

23.6 Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront Tous les jours de ma vie, Et j'habiterai dans la maison de l'Éternel Jusqu'à la fin de mes jours.

 

 

  

Texte biblique  de ce jour

Ésaïe 65. 17-25

 

65.17  Car je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre; on ne se rappellera plus les choses passées, elles ne reviendront plus à l'esprit.

65.18 Réjouissez-vous plutôt et soyez à toujours dans l'allégresse, A cause de ce que je vais créer, car je vais créer Jérusalem pour l'allégresse, et son peuple pour la joie.

65.19 Je ferai de Jérusalem mon allégresse, et de mon peuple ma joie; on n'y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris.

65.20 Il n'y aura plus ni enfants ni vieillards qui n'accomplissent leurs jours; car celui qui mourra à cent ans sera jeune, et le pécheur âgé de cent ans sera maudit.

65.21 Ils bâtiront des maisons et les habiteront; Ils planteront des vignes et en mangeront le fruit.

65.22 Ils ne bâtiront pas des maisons pour qu'un autre les habite, ils ne planteront pas des vignes pour qu'un autre en mange le fruit; car les jours de mon peuple seront comme les jours des arbres, et mes élus jouiront de l'œuvre de leurs mains.

65.23 Ils ne travailleront pas en vain, et ils n'auront pas des enfants pour les voir périr, car ils formeront une race bénie de l'Éternel, et leurs enfants seront avec eux.

65.24 Avant qu'ils m'invoquent, je répondrai; avant qu'ils aient cessé de parler, j'exaucerai.

65.25 Le loup et l'agneau paîtront ensemble, Le lion, comme le bœuf, mangera de la paille, et le serpent aura la poussière pour nourriture. Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte, dit l'Éternel.

 

Prédication

 

Sœurs et frères en Christ,

            La semaine dernière, la maman a emmené ses enfants dans un restaurant. Son fils de 6 ans lui a demandé s'il pouvait dire les grâces avant le repas. Alors toute la famille inclina la tête, l’enfant dit: «Dieu est bon, Dieu est grand. Merci pour la nourriture, et je te remercie encore plus si maman nous offre de la glace pour le dessert. Et donne la liberté et la justice pour tous! Amen!"

            Parallèlement aux rires des autres clients assis à proximité, la mère a entendu une femme dire: «C'est ce qui ne va pas dans notre pays. Aujourd'hui, les enfants ne savent même plus comment prier. Demander à Dieu de la glace! Je n'ai jamais entendu une chose pareille. "

            En entendant cela, l'enfant de 6 ans a fondu en larmes et a demandé à sa mère: «Est-ce que je me suis trompé? Dieu est-il en colère contre moi? " Alors qu'elle tenait son fils dans ses bras et  le rassurait en lui disant qu'il avait fait une prière formidable et que Dieu n'était certainement pas en colère contre lui, un homme plus âgé s’approcha de la table. Il fit un clin d'œil au garçon et lui dit: «Je sais que Dieu pense que c'était une grande prière.»

"Vraiment?" demanda le garçon.

"Si je mens …" Puis, dans un murmure théâtral, il ajouta, montrant la femme qui avait fait cette remarque : «Dommage qu'elle ne demande jamais de crème glacée à Dieu. Parfois, une petite glace est bonne pour l'âme. »

            Bien sûr, la mère, à la fin du repas,  acheta des glaces à ses enfants. Le garçon fixa la sienne un instant puis il prit son sundae et sans un mot, s'approcha de la dame qui avait fait la remarque critique et le posa  devant elle. Avec un grand sourire, il lui dit: «Voilà, c'est pour toi. La crème glacée est parfois bonne pour l'âme, et mon âme est déjà bonne. »

            Ce garçon se dirigeait-il vers la sainteté, un saint de 6 ans ? Pas selon sa mère. Elle dit de lui : «De tous mes enfants, il est de loin le plus difficile, le plus rapide à la colère, le premier à casser quelque chose et le dernier à faire ce qu'il a dit. Mais rien de tout cela n'a d'importance, car comme il l'a dit, son âme est déjà bonne. »

            Peuple de la résurrection : des gens à l’âme déjà bonne. Des gens ouverts à l'Esprit de Dieu, à l'Esprit du Christ et qui répondent en ce moment aux besoins des autres. Nous sommes tous le peuple de Dieu, aimés de Dieu quoi qu'il arrive. Mais les gens de la résurrection sont différents.

            Jésus était le «peuple de résurrection». Dieu était en lui, vivant et aimant les autres à travers lui. Les puissances de ce monde n'aimaient pas la puissance de l'amour de Dieu tel que Jésus le vivait. Ils l'ont donc tué !

            Mais l'amour de Dieu ne peut pas mourir. L'amour de Dieu ne peut pas être réduit au silence. La résurrection est la puissance de l'amour de Dieu qui était en Jésus et qui continue à travers nous. L'Esprit du Christ. La résurrection.

            Le texte d'Esaïe nous parle de la vision d'une personne  qui voit  ce que serait le monde si tous ses habitants laissaient la puissance de l'amour de Dieu continuer à agir à travers eux. Dieu recrée « Jérusalem comme une joie ». Un enthousiasme !  

            A quoi ressemblerait un monde vraiment joyeux ? Plus de larmes. Plus de cris de détresse. Plus de mort subite de nourrisson. Aucune personne âgée ne mourrait trop tôt : une personne qui aurait 100 ans serait considérée comme un jeune. Ceux qui construisent des maisons pourront les habiter  au lieu de devoir les construire pour d'autres sans pouvoir en bénéficier eux-mêmes. Ceux qui plantent des vignes pourront manger de leur fruit, au lieu de faire pousser des récoltes pour les autres, alors qu’eux n’ont pas assez à manger pour eux-mêmes et leurs familles. Ils ne travailleront pas en vain et ne porteront pas d'enfants pour qu’ils se fassent tuer. Le loup et l'agneau se nourriront ensemble. Le lion mangera de la paille comme le bœuf. Le serpent se nourrira de la poussière. Ils ne blesseront ni ne détruiront ceux qui sont sur la montagne sainte.

            Les gens de la résurrection connaissent cette vision dans leur âme et dans leur cœur. Ils savent que dans l'ordinaire de leur quotidien, il est de leur responsabilité de s'associer à Dieu pour aider à réaliser cette vision, partager le pouvoir de la résurrection à travers la création de Dieu, être la présence du Christ dans le monde.

            Une famille se tenait sur le trottoir devant sa maison, regardant des pompiers entrer et sortir de la maison. Un incendie avait gravement endommagé la cuisine et la fumée s'infiltrait maintenant dans tout ce qu'elle possédait. Ils regardèrent avec consternation le feu s'éteindre, trous dans les murs, poutres brûlées, vaisselle détruite, un véritable gâchis l’attendait.

            Soudain, un livreur de pizza s'est arrêté à côté d'eux sur le trottoir et le jeune homme a sauté, portant une grande pizza. Le père de famille semblait gêné et lui dit: «Je crains que vous ne soyez pas à la bonne adresse,  aucun de nous n'a commandé de pizza. En outre, ajouta-t-il avec regret, mon portefeuille est dans ma veste dans la cuisine. »

            Le pizzaiolo lui sourit et, secouant la tête, déclara: «Oh, je sais que vous n'avez pas commandé cela, mais je vous ai tous vus, debout ici, devant l’incendie. Je devais faire quelque chose. Il n'y a aucun frais. Essayez de vous détendre et de manger ce peu que je vous donne. » Étonné, la famille vit le livreur s’en retourner rapidement à sa voiture et filer.

            Un peuple de résurrection - tendre la main aux nécessiteux, compassion pour ceux qui en ont besoin. Mais ne vous méprenez pas. Ce n'est pas toujours facile de partager une pizza. Parfois, les gens de la résurrection doivent payer un prix élevé. Une jeune enseignante, mère et épouse, qui, il y a plusieurs années, est intervenue pour calmer ses élèves qui se bagarraient, l’a payé de sa vie car une balle l’a atteinte. Son intention n'était pas de mourir, mais  de vivre et de faire en sorte que les autres vivent eux aussi. L'intention de Dieu pour elle était qu’elle vive longtemps. Elle a vécu l'amour de Dieu. Nous ne sommes pas appelés au sacrifice, nous sommes appelés à être fidèles et parfois il peut en résulter un sacrifice. Mais le sacrifice n'est jamais l'intention de Dieu ou ni une partie de son plan. Vivre l'amour de Dieu est son plan.

            Être des gens de la résurrection prend autant de formes qu'il y a de battements de cœur sur cette terre. L'offre de crème glacée d'un enfant, l'offre humble d'une pizza ou le risque de sa propre vie pour un autre ne sont que quelques exemples. Être une main tendue pour faciliter les pas des très jeunes ou des très vieux; donner une poignée de main pour sceller un souhait de paix entre les ennemis; donner un coup de main pour clouer ensemble une demeure pour quelques pauvres humains : tous ces gestes sont les fruits des gens de la résurrection.

            Mais il existe de réels obstacles à notre résurrection. Nos choix peuvent gêner tout comme les choix des autres. Et nos choix peuvent être influencés par toutes les expériences que nous avons eues, bonnes et mauvaises. En raison de ces expériences passées, certaines personnes peuvent devenir  arrogantes, pensant savoir mieux que Dieu ce qu’il y a à faire, ou indifférentes, car personne ne leur a jamais parlé d'un Dieu aimant, ou révoltées en ayant rencontré  des intimidateurs, des méchants ou des personnes inspirées qui n'ont pas de compassion. La cupidité des gens, les comportements compulsifs, les insécurités,  tout cela  entrave l'influence de Dieu. Chez d'autres personnes, c'est leur compréhension de Dieu, un  Dieu sévère, juge, vindicatif, qui fait obstacle. Et surtout la réalité est qu'aucun de nous n'est parfait, aucun de nous n'est totalement ouvert à l'influence de Dieu, aucun de nous ne réussira tout le temps.

            Peu importe, ce Dieu ne nous abandonne jamais,  l'amour de Dieu continue de nous envelopper,  Dieu est toujours présent, avec nous, en nous. Et c'est la puissance de cet amour qui peut franchir toutes ces barrières afin que nous puissions être transformés en gens de la résurrection - afin que nous puissions faire le genre de choix qui mènent à une paix et une harmonie réelles. Et plus nous serons ouverts à la voix de Dieu, et plus de personnes s'ouvriront à l'Esprit du Dieu vivant en nous et à travers nous, et plus nous pourrons nous rapprocher de la vision d'Esaïe.  Il y aura toujours ceux qui diront, « cela n’arrivera jamais, nous sommes tout simplement trop mauvais. » Ne les laissez pas vous abattre. Nous parlons de Dieu ici,  nous parlons de la puissance de l'amour de Dieu. Ne le sous-estimez jamais. Soyons des gens de la résurrection avec nos âmes, nos cœurs, notre esprit et notre force. Amen !

 

 

  

Prière d’intercession

 

            Notre Dieu et Père, nous te remercions pour ta présence dans nos vies. Nous pouvons venir à toi avec nos soucis et nos perplexités. Tu nous accompagnes dans les profondeurs de la vie.

            Nous prions pour tous ceux qui sont au plus bas : au plus bas de la maladie, au plus bas de l'impuissance, au plus bas de l'expérience de la mort. Va vers eux et laissez-les sentir ta proximité.

            Notre Dieu et Père, nous te remercions pour ta présence dans nos vies. Regarde le sort des personnes qui ont dû quitter leur maison. Regarde leurs âmes et leurs corps maltraités.

            Que ceux qui ont échappé à la violence et à la terreur  trouvent de nouveaux foyers et inspire aux responsables politiques et économiques les moyens d'éliminer les causes de cette fuite.

            Notre Dieu et Père, nous te remercions pour ta présence dans nos vies. Tus nous portes avec ta miséricorde.

            Renforce notre confiance en toi, le bon berger pour nos âmes. Aide-nous à marcher avec confiance à travers les prairies claires et les vallées obscures de la vie.

            Notre Dieu et Père, nous te remercions pour ta présence dans nos vies. Donne la paix au monde, afin que la justice puisse se développer entre les peuples.

             Bénis tous les efforts visant à équilibrer les biens de la terre. Bénis toutes les recherches afin qu'elles puissent glorifier ta présence et servir le bien de l'humanité.

            Notre Dieu et Père, tu vois cette pandémie du coronavirus répandre terreur, douleurs, souffrances et interrogations.

            Bénis tous les chercheurs, tout le corps médical, tout le personnel infirmier public et privé, toutes celles et ceux qui luttent pour la guérison de leurs malades et pour le maintien d’une vie économique normale. Sois au plus près des familles en deuil, privées subitement des êtres qu’elles ont aimés.

 

Notre Père

            QUE DIEU VOUS BÉNISSE ET VOUS GARDE,

                 QU’IL SOIT DANS VOS CŒURS

             DANS VOS PENSÉES ET DANS VOS ACTIONS.

 

        BON DIMANCHE DANS LA JOIE ET L’AMOUR !

 

 


 

 

 

 

CULTE POUR LE 1er DIMANCHE APRÈS PÂQUES
19 AVRIL 2020Prdication Pasteur Foehrl

 

        

Chers membres de notre Communauté, soyons toutes et tous unis durant ce temps de prière !

 

 

PRIONS

         Dieu Père et Créateur,  toujours fidèle, tu ne manques jamais de nous rencontrer là où nous sommes, nous appelant à chacun à vivre l'aventure de nouvelles possibilités. Alors que nous saluons ce nouveau jour, face à des réalités que nous trouvons écrasantes, ne soyons pas accablés par un sentiment de désespoir et de désespoir. Enseigne-nous tes voies, ô Dieu. Donne-nous le courage, la force et l'espoir de nous rencontrer et d’accepter cette journée exactement comme nous la trouvons.

         Enseigne-nous tes voies. Puisse le défi de cette nouvelle journée enhardir notre détermination à vivre toujours plus fidèlement tout en recherchant la vérité et la justice.

         Enseigne-nous tes voies. Que nos voix soient bien accordées et persuasives quand nous parlons et chantons une création remplie de ton amour et de ta présence transformatrice.

         Puissions-nous bien comprendre la fidélité de ton engagement, ô Dieu, alors que nous cherchons à co-créer avec toi un monde accueillant, sûr, un lieu de bien-être pour toute la création. Amen.

 

 

Sœurs et frères en Christ, chers amis,

         « Quasimodo geniti » est le nom que l’on donne à ce 1er dimanche après Pâques : « Comme un nouveau-né ».

         C'était aussi le dimanche de baptême de la première chrétienté. Comme si je pouvais recommencer à zéro dans ma vie. Un nouveau départ. Quel rêve, quelle chance, quelle vision. . . La connaissez-vous ? Vous en rêvez parfois ? Ou bien avez-vous renoncé à ce rêve ? Ça ne vaut pas la peine, ça ne sert à rien ? Martin Luther a dit un jour que nous devons ramper jusqu'à notre baptême, encore et encore, comme dans le ventre de la mère (non, pas notre mère, ce n'est pas possible), dans le ventre de Dieu. Cela fonctionne. C'est notre baptême. Tout neuf,  comme si je pouvais tout recommencer, laisser derrière moi tout ce qui était avant.

         Quasimodo geniti - comme un nouveau-né ! Oh oui, j'aimerais le faire parfois et je me demande : est-ce que ce n'est pas possible après tout ? N’est-ce pas là la pointe de notre foi chrétienne ? Pouvoir en effet recommencer encore et encore, encore et encore, malgré tout, à cause de tout ce qui nous déprime tant au quotidien ?

         Chère communauté de l'après-Pâques ,ce rêve n'existe pas seulement depuis 2000 ans (c'est-à-dire depuis Pâques), ce rêve est aussi vieux que l'humanité - il se retrouve chez tous les peuples, dans toutes les religions.

         Tout comme dans l'ancien Israël, déjà 700 ans avant la naissance de Jésus, chez le prophète Esaïe. C'est le sujet du texte proposé pour la prédication.

 

 

 

LISONS ET ÉCOUTONS :

 

Esaïe 40.26-31

40.26 Levez vos yeux en haut, et regardez! Qui a créé ces choses? Qui fait marcher en ordre leur armée? Il les appelle toutes par leur nom; Par son grand pouvoir et par sa force puissante, Il n'en est pas une qui fasse défaut.

40.27 Pourquoi dis-tu, Jacob, Pourquoi dis-tu, Israël: Ma destinée est cachée devant l'Éternel, Mon droit passe inaperçu devant mon Dieu?

40.28 Ne le sais-tu pas? Ne l'as-tu pas appris? C'est le Dieu d'éternité, l'Éternel, Qui a créé les extrémités de la terre; Il ne se fatigue point, il ne se lasse point; On ne peut sonder son intelligence.

40.29 Il donne de la force à celui qui est fatigué, Et il augmente la vigueur de celui qui tombe en défaillance.

40.30 Les adolescents se fatiguent et se lassent, Et les jeunes hommes chancellent;

40.31 Mais ceux qui se confient en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point.

        

         Avez-vous ressenti quelque chose « comme un nouveau-né »? Ce texte vous est-il familier ?

         Tout d'abord, quelques mots sur la situation à cette époque : à qui et pourquoi le prophète Esaïe a parlé à cette époque (mais pas seulement à cette époque). En bref, quelques mots-clés : Babylone - captivité - dans un pays étranger - rencontre avec des religions étrangères - religions astrales - votre Dieu n'est pas bon -où est-il alors?

         Cette question des babyloniens qui ronge l'esprit… Pourtant on a prié mille  fois, notre Dieu devrait nous libérer, devrait prouver sa puissance - il ne fait rien - disparaît, brille par son absence – et s'il était mort - si notre Dieu était une simple fiction ? Ou un simple effet de notre imagination ?

          Et puis les moqueries des Babyloniens : « Regardez, vous avez un Dieu invisible, vous ne pouvez le voir ! - Pour nous, les étoiles, le soleil et la lune sont nos dieux, ils vont et viennent, ils nous influencent dans la vie réelle, cycle de la lune, changement de marée, au moins on peut voir quelque chose, et qu'avez-vous contre cela ? »

         Cela peut mettre les nerfs à mal et ronger l’esprit.  Pendant des décennies (les Israéliens ont été à Babylone pendant plus de 100 ans), cela n’a rien à voir avec le « né de nouveau », tout est devenu vieux et gris.

         Et notre monde d’aujourd’hui ?  Toujours  les grandes zones de guerre : l’Ukraine, la paix en Israël/Palestine, etc…  La paix tout court ? Et puis maintenant la menace du coronavirus, des milliers de malades, des milliers de morts ….    Et puis nos vieux soucis personnels : nos rêves d'adolescent, je veux faire différemment de mes parents, je ne ferai pas les mêmes erreurs, mon mariage durera ; etc. … « Avec mon Dieu, je saute par-dessus les murs ». 

         Et aujourd’hui, la parole d'Esaïe qui me (nous) défie : « Oui, malgré tout, à cause de tout », tu es né de nouveau aujourd'hui

Écoutons à nouveau une partie du texte :

40.28 Ne le sais-tu pas? Ne l'as-tu pas appris? C'est le Dieu d'éternité, l'Éternel, Qui a créé les extrémités de la terre; Il ne se fatigue point, il ne se lasse point; On ne peut sonder son intelligence.

40.29 Il donne de la force à celui qui est fatigué, Et il augmente la vigueur de celui qui tombe en défaillance.

40.30 Les adolescents se fatiguent et se lassent, Et les jeunes hommes chancellent;

40.31 Mais ceux qui se confient en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point.

 

         C’est presque devenu un album de poésie, un verset de baptême et de confirmation. Peut-on le croire ? Est-ce que cela nous inspire, pour que nous renaissions vraiment aujourd'hui et apprenions à voler, à voler dans ce monde avec les ailes de l'aigle comme on le dit  si poétiquement ? Apprendre à voler, comme un oiseau libre dans le vent, en laissant tout le poids de la terre sous nous, avec,  au-dessus des nuages, la liberté, qui, elle, doit être sans limite.

         Naître de nouveau. Les membres fatigués se réveillent, je retrouve des forces, malgré tout cela. Je n'abandonne pas. Je suppose que nous avons tous en ce sens nos propres souvenirs d'enfance. Un nouveau départ, malgré tout. Il en a été de même pour de nombreuses personnes âgées parmi nous après la guerre en 1945. Mais où est la puissance de Dieu ?

         C'est bien sûr ce que se sont demandé les pieux commentateurs de ce texte. Le prophète est-il devenu fou ? Essaie-t-il de se tirer du marécage par ses propres élucubrations ?

         Expérience ou auto-confirmation ?  Dieu m'est fidèle.

         Il y a une interprétation juive de ce texte, que je voudrais partager avec vous ce matin,  elle se trouve dans le livre d’Eliezer Berkowitz, un rabbin juif, rescapé des camps, « La foi après l'Holocauste ».

          Dans les camps, c’était  bien pire qu’à Babylone : « Où était le Dieu, en qui nous croyons, à Auschwitz ? Où nous a-t-il donné la force d'apprendre à voler avec les ailes d'un aigle, à vivre à  Auschwitz et à ne pas être gazés ? Où ? Pouvons-nous continuer à croire en Dieu après Auschwitz ? Malgré tout cela : peut-on renaître des cendres comme quelqu’un qui revit à nouveau ? »

          Oui, répond le rabbin  de manière provocante, et humble, oui. Et il le dit dans ses propres mots : « Vraiment. Tu es un Dieu qui se cache, ô Dieu d'Israël. Le fait que Dieu soit caché (qu'il ne soit pas là, donc que nous ne le percevions pas) fait partie de notre Dieu, notre Dieu qui est notre aide. D'une manière mystérieuse, le Dieu qui se cache est le Dieu qui sauve. . . On peut l'appeler le dilemme divin qui habite Dieu lui-même, car s'il doit y avoir un homme, Dieu doit respecter la liberté de choix de l'homme. Si l'homme doit agir de manière responsable, sans être continuellement intimidé par la supériorité de Dieu, Dieu doit se retirer de l'histoire. . . . Pour que l'homme soit et vive, Dieu doit se retirer, mais pour que l'homme ne soit pas réduit à la tragique absurdité de sa propre création, Dieu doit rester dans le monde. Notre Dieu doit être à la fois absent et présent. Il est absent sans être désespérément injoignable. Il nous laisse notre liberté, celle qu'il nous a donnée »

         C'est un texte remarquable. J'en tire une leçon : Dieu nous donne la liberté de vivre,  toujours nouvelle. Il est avec nous, nous porte, même si nous ne le voyons pas, ne le sentons pas. Il ne s'impose pas à nous mais nous permet de façonner notre propre vie. On ne le voit pas, on ne le sent pas, et on dit à la légère : il n'est pas là. Mais comment pouvons-nous le savoir ? Il est là, réellement là, il est modeste, retenu là, oui, il est caché là, pour nous laisser toute notre liberté, avoir notre vie, que nous pouvons créer nous-mêmes. Il est à la fois absent et présent. Même en son absence, il est toujours présent pour nous en arrière-plan.

          C’est ainsi qu’il  donne de la force à ceux qui sont fatigués et du courage à ceux qui se sentent impuissants. Les jeunes hommes se fatiguent et nous, les plus âgés aussi, mais ceux qui attendent le Seigneur recevront une nouvelle force, de sorte qu'ils auront des ailes comme des aigles, qu'ils continueront à courir et ne se fatigueront pas. Oui, je le sais : c’est ma foi qui me maintient. Et Christ, mon frère et mon Maître, me l'a confirmé à nouveau par sa vie, par sa mort et par sa nouvelle vie.

         Aujourd'hui est le premier nouveau jour du reste de ma vie. Cela vaut  pour moi, nous, pour tout le monde,  et ainsi, Pâques peut devenir, même une semaine plus tard, une nouvelle résurrection à la vie. Apprendre à voler dans la foi, avec notre Dieu,  c’est continuer à faire, marcher, travailler, aider, soutenir, et retrouver, à chaque découragement, la force de recommencer, celle de « ne pas se fatiguer ». 

C'est Pâques. Maintenant ! Pour tous ! Amen

 

 

PRIÈRE D'INTERCESSION :

Notre Dieu, notre Père,

Souviens-toi de ton Eglise dans le monde entier,

et manifeste ta grâce et ta vérité parmi tous les peuples…

Souviens-toi de tous ceux qui détiennent,

dans ce monde, le pouvoir et la force,

et maintiens-les dans l’amour de ton nom…

Souviens-toi des malades, des vieillards, des mourants ;

approche-toi de ceux qui sont dans le deuil,

dans l'anxiété ou l'isolement…

Souviens-toi de tous nos proches,

et de ceux que nous nommons en silence devant toi ;

couvre les de ta protection et environne-les de ta grâce…

Dieu Père, source de toute sagesse,

toi qui connais nos besoins avant que nous les exprimions,

qui sais aussi combien, dans nos prières,

nous ignorons ce qui nous est vraiment nécessaire,

aie pitié de nous : accorde-nous les grâces

que nous n'osons pas implorer,

et celles que, nous ne savons pas te demander.

Pour l'amour de Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

 

Beau et joyeux dimanche à toutes et à tous :

Votre pasteur :

Roger Foehrlé

 

 

 

 

 

CULTE POUR DIMANCHE DE PÂQUES
12 AVRIL 2020Prdication Pasteur Foehrl

 

Accueil

Au matin de ce jour,

nous voulons célébrer le passage de la mort à la vie :

le Christ est ressuscité!

Pâques, premier jour de la création nouvelle !

Le Christ se tient au milieu de nous et nous dit :

« La paix soit avec vous ! »

 

 

Psaume 118

Rendez grâce à notre Dieu car il est bon !

Éternel est son amour !

Ma force et mon chant, c’est notre Dieu,

Il est pour moi le salut !

Clameurs de joie et de victoire,

Le bras de Dieu est fort !

Je te rends grâce car tu m’as exaucé !

Voici le jour que fit notre Dieu :

Qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

 

Demande de pardon

Aujourd’hui nous célébrons ta victoire de Ressuscité,

mais la mort nous tenaille encore.

Nous adorons un Dieu vivant

mais nous ne faisons pas toujours  ce que tu nous demandes.

Nous prétendons te suivre

Mais nous craignons d’aller là où tu nous conduis.

Nous te demandons pardon !

Paroles de pardon

En la résurrection du Christ,  une vie nouvelle nous est offerte, libérés du poids de notre péché, chantons  nos remerciements !

 

 

Lectures de ce jour :

1er Texte :  Marc 16 1-8

16.1 Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus.

16.2 Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever.

16.3 Elles disaient entre elles: Qui nous roulera la pierre loin de l'entrée du sépulcre?

16.4 Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée.

16.5 Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées.

16.6 Il leur dit: Ne vous épouvantez pas; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; il est ressuscité, il n'est point ici; voici le lieu où on l'avait mis.

16.7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée: c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.

16.8 Elles sortirent du sépulcre et s'enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi.

 

2e Texte : Luc 24 13-32

24.13 Et voici, ce même jour, deux disciples allaient à un village nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades;

24.14 et ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé.

24.15 Pendant qu'ils parlaient et discutaient, Jésus s'approcha, et fit route avec eux.

24.16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

24.17 Il leur dit: De quoi vous entretenez-vous en marchant, pour que vous soyez tout tristes?

24.18 L'un d'eux, nommé Cléopas, lui répondit: Es-tu le seul qui, séjournant à Jérusalem ne sache pas ce qui y est arrivé ces jours-ci? -

24.19 Quoi? leur dit-il. -Et ils lui répondirent: Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,

24.20 et comment les principaux sacrificateurs et nos magistrats l'ont livré pour le faire condamner à mort et l'ont crucifié.

24.21 Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël; mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses se sont passées.

24.22 Il est vrai que quelques femmes d'entre nous nous ont fort étonnés; s'étant rendues de grand matin au sépulcre

24.23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leurs sont apparus et ont annoncé qu'il est vivant.

24.24 Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au sépulcre, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit; mais lui, ils ne l'ont point vu.

24.25 Alors Jésus leur dit: O hommes sans intelligence, et dont le coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes!

24.26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât dans sa gloire?

24.27 Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.

24.28 Lorsqu'ils furent près du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin.

24.29 Mais ils le pressèrent, en disant: Reste avec nous, car le soir approche, le jour est sur son déclin. Et il entra, pour rester avec eux.

24.30 Pendant qu'il était à table avec eux, il prit le pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna.

24.31 Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent; mais il disparut de devant eux.

24.32 Et ils se dirent l'un à l'autre: Notre cœur ne brûlait-il pas au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures?

                                            


 

Prédication

Chers frères et sœurs en Christ,

            Nous allons faire ce matin un peu de théologie...

            Houla ! J'en vois qui se disent : "oh non pas ça".

            Mais, comprenez-moi, la religion fait beaucoup la morale, c'est bien (ou pas) mais, concernant la théologie qui est un discours articulé et logique sur Dieu, elle se laisse souvent aller. Se laisse aller comme s'il n'y avait rien à discuter. Elle affirme ! Comme s'il n'y avait aucun préalable.

            Nous allons faire ce matin un peu de théologie... Mais pas tout de suite, car il n’y a pas de théologie sans ce qu'on appelle un contexte d’énonciation, et le contexte aujourd'hui, c'est Pâques. Et nous sommes là ce matin pour fêter Pâques, donc pour qu’on nous prêche Pâques ! 

            D'abord, nous sommes aujourd’hui en meilleure situation pour comprendre l'humeur de  cette femme,  Marie de Magdala,  qui va au tombeau. Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vient au tombeau dès le matin, alors qu’il fait encore sombre, et elle trouve le tombeau vide. Car la vie est revenue, une vie nouvelle, non plus celle faite d'accumulations et de successions  comme celle de la vie de Marie de Magdala,  c'est la vie pleine, autrement dit, la vie éternelle, autrement dit, la vie qui se moque de la mort et plus précisément qui se moque de la mort comme institution. Comme institution de la peur, comme institution de la loi, comme institution de la vengeance, comme institution de la lâcheté, comme institution du pouvoir.

            Dieu a vaincu la mort, nous répète- t- on depuis 2000 ans chaque année. Encore faut-il savoir de quoi on parle, connaître en quoi cette affirmation pourrait nous être plus qu'utile, mais salvatrice, pour nous conduire à percevoir, en ce matin de Pâques !

            C'est là, chers frères et sœurs, qu'il faut faire (un peu) de théologie.

            Dieu, parce qu'il faut bien le nommer par un nom qui n'est sûrement pas le sien,  Dieu n'a pas inventé la mort.

            Pourquoi ? Parce que "la mort", c'est un concept. Dieu, dans ce que la Bible raconte de sa faculté de créer, a établi un monde sans concept : un monde qui se prolonge de lui-même, un monde qui est un moment permanent et éternel, un monde de transformation, où le jour succède à la nuit, où les générations succèdent aux autres,  un monde qui n'a pas besoin d'être découpé en rondelles de concepts, en époques, en ères, un monde qui n'a pas besoin non plus d'être découpé en territoires.

            Dieu par sa parole a créé un monde qui n'est pas un monde du langage. Il a créé un monde généreusement libre et sans rupture. Et celui qui a créé la mort, qui l’a inventée : c'est l'humain, cet être langagier, conceptuel, classificateur.

            Certes, avant cette invention les générations passaient, mais elles passaient dans le cycle des transformations de ce « tout » créé par Dieu.

            Adam et Eve, chassés du Jardin sont tombés de haut, du haut de leur naïveté peut-être, du haut de leur enfance, peut-être, du haut de leur noblesse animale : animal, qui habité par une âme (anima) vit son existence sans le concept, et donc sans angoisse. Peurs, oui, nombreuses dans la mesure de sa capacité à la ressentir, mais sans angoisse, car pour lui, tout se fait dans une éblouissante évidence et clarté.

            Nos deux cerveaux, celui d'Adam et celui d’Ève se sont mis à essayer de conceptualiser et ils ont, très rapidement inventé des concepts : la nudité, la honte, le travail et un tas d'autres concepts et aussi celui de la mort. Un de leurs fils, le bien nommé Caïn, « celui qui acquiert », a mis en application immédiate ce nouveau concept de mort et a commis le premier meurtre, et en plus celui de son frère, générant donc l'histoire - à laquelle tout le monde a cru - et mise en pratique - d'une humanité essentiellement fratricide. On va dire institutionnellement fratricide.

            Alors à Pâques, on vous raconte que Dieu a vaincu la mort. Et on vous laisse là, on vous laisse repartir dans vos routines. Eh bien quoi ? Vous n'y croyez pas, puisque la mort est toujours là, bien conjuguée : « Je meurs, tu meurs, il meurt, nous mourrons, vous mourrez, ils meurent. »

            Mais écoutons ce que Jésus (encore incognito) dit aux pèlerins qui le rencontrent sur le chemin. Il leur dit essentiellement : que vous êtes stupides ! Et à bon droit d'ailleurs, car ces deux pèlerins se sont préalablement un peu moqué de lui en lui disant : "Comment ? Es-tu le seul qui, tout en séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui s’y est produit ces jours-ci ? " .

                        Oui, en fait, si ça se trouve, il était le seul à ne pas le savoir, peut-être à ce moment-là,  était-il le seul à l'avoir vécu.

            Eux n'ont rien vécu. Ils essaient de comprendre.

            Que vous êtes stupides ! Que nous sommes stupides !

            Jésus a pris conscience très tôt de la situation dans laquelle se trouvaient les humains. Ils s'étaient fait posséder. Tous. Leurs existences étaient enfermées dans  des frontières invisibles. Il y avait les purs et les impurs, il y avait les choses impures et les choses pures, il y avait des conditions dont on ne pouvait jamais sortir, femmes, esclaves... il y avait des hommes qui disaient ce qu'il fallait faire et qui punissaient quand on le faisait mal, il y avait un envahisseur romain, avec une armée on ne peut plus cruelle et son art de la taxation généralisée. Mais il y avait aussi une des Écritures inspirées dont Jésus ne se résignait pas au fait qu'elles puissent être réservées à l'interprétation de quelques-uns. Ces Écritures faisaient crier des prophètes, déversaient des flots sur des méchants, libéraient des esclaves, fécondaient des femmes stériles, faisaient rendre compte à tous qui abusent du pouvoir, pouvoir qui leur avait été donné, mais ils n’avaient pas la moindre dignité pour l'exercer.

            Et tous ces pouvoirs avaient une amie commune, un concept commun : la mort. Si tu dépasses cette limite, tu mourras, si tu ne fais pas cela tu seras mis au ban de ton groupe et ce sera une forme de mort pour toi, si tu te révoltes contre les Romains, tu es mort, si tu parles, interprètes, si tu penses, la mort s'approchera de toi.

            Mais voilà, Jésus avait du courage. Les pèlerins d’Emmaüs s’en rendront enfin compte : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Écritures ?

            Le pouvoir romain a fait son travail, il a mis celui qui étant identifié comme un rebelle, sur un poteau.

            Mais ce qui est dit, c'est que l'institution de la mort, sur laquelle se base toute forme de pouvoir a été, en ce jour de Pâques, mise à nue et moquée.

            Dans la Pâque juive, le pouvoir du pharaon est ridiculisé, moqué. Dans la Pâque chrétienne, l'éternel ballet des exécutions est dévoilé, le pouvoir s’était bâti sur la mort, et Jésus  a dévoilé l'illusion, il a tué la mort et le pouvoir a été mis à nu.

            Ce que les pèlerins d’Emmaüs ont encore du mal à saisir, comme nous d'ailleurs.

            Dieu n'a pas inventé la mort. Il a contemplé, effaré, ce que l'humain a fait de ce qui n'était rien d'autre qu'un des principes de la régénération permanente de sa création et la possibilité ouverte par une existence individuelle d'apercevoir sa beauté. Dieu a donné la vie pour le bonheur de la vivre, et l'humain a instrumentalisé la mort pour mettre en esclavage ses semblables, en tirer du profit, de l'honneur, de la gloire et de l'argent. Et tout cela dans un grand consentement généralisé.

            Mais l'homme courageux a fini par tuer le pouvoir de la mort.

            Le tombeau, point d'arrivée pour tout le monde, devient un point de départ. " Allons, recommençons encore une fois ".

            Que celui qui a des oreilles entende ! a dit Jésus.

            Et que celui qui a des yeux, comme a dit aussi  Jésus, voit !

            (Pensons maintenant à la Sainte Cène que nous ne pouvons célébrer aujourd’hui) 

            Qu’il voit courageusement dans cette coupe partagée, non pas du vin, non pas du sang d'une victime de plus, mais la vie qui circule désormais dans la nouvelle création, nouvelle parce que l'inventivité cruelle des hommes a été enfin mise à nue.

            Qu’il voit courageusement dans ce pain partagé, multiplié, le fruit du vrai travail des hommes, non pas un bien de consommation exploité par des grands céréaliers rivés à la courbe de leurs dividendes,

            Voilà. Frères et sœurs, c'est Pâques. Le message est clair. Le pouvoir de la mort est désormais nu. C'est la fin de l'illusion. Vous êtes appelés à trouver le courage. Vous êtes dans cette vie éternelle. Vous êtes cette création éternelle du Dieu vivant. Vous êtes appelés à partager votre vie neuve dans toutes vos rencontres et vous mettrez fin au pouvoir mortel  de la haine, du  manque de pardon, de la moquerie, du désespoir, de  la violence qui nous entourent.

            Que la joie de Pâques vous illumine et vous fasse vivre !

            AMEN

 

Prière d’intercession

Ô Christ ressuscité,

Tu as accompagné, sur la route d’Emmaüs les disciples en proie au doute :

soutiens tous les chrétiens en marche dans ton Église,

et reste avec eux au temps de l’épreuve.

Tu es venu à la rencontre des disciples lents à croire :

avive en nous la foi afin que nous proclamions au monde  que tu es vivant.

Tu es venu à la rencontre des disciples lents à croire :

avive en nous la foi afin que nous proclamions au monde, par nos actes,

que  tu es vivant.

Tu t’es fait reconnaître des disciples aveuglés par leur peine,

ouvre nos cœurs pour que nous reconnaissions partout ta présence

dans le monde, dans celles et ceux que nous rencontrerons ici et ailleurs !

Tu as emmené au bout de leur quête les disciples en chemin :

fais de tout croyant un pèlerin au cœur brûlant.

Ô Christ, tu te présentes à nous quand nous t’attendons le moins,

au cœur de nos déceptions aide-nous à proclamer : Oui, c’est vrai,

Christ est ressuscité !

Prions pour toutes nos intentions personnelles et particulières …

Notre Père …..

Envoi

Avec un regard nouveau, je vous envoie dans le monde,

Auprès de vos sœurs, de vos frères, de votre prochain,

De l’homme blessé sur le bord de la route,

De la femme à bout de forces et de l’enfant meurtri.

Avec confiance, je vous envoie dans le monde

Bénédiction

Le Christ ressuscité vous bénit et vous garde.

Il fait de vous des enfants de lumière.

Il vous accorde sa grâce à jamais.

Qu’il en soit ainsi !

 

                                     À TOUTES ET À TOUS :          

                            BÉNIES FÊTES DE PÂQUES !

 

 


 

 

 

 

Méditation/prédication pour les deux jours solennels de la semaine sainte,Prdication Pasteur Foehrl

le 9 et 10 avril 2020

 

Chère Communauté, sœurs et frères en Jésus-Christ

 

Nous sommes dans la Semaine Sainte, nous sommes privés de cultes mais cela ne nous empêche pas de prier, de prendre du temps pour une réflexion plus longue puisque la plupart d’entre nous sommes quelque peu « à l’arrêt ».

 

Je vous propose donc une longue méditation sur le thème : « Suis-je sauvé ? » Vous pourrez le méditer un peu chaque jour de cette semaine et je vous enverrai à nouveau un culte complet pour le dimanche de Pâques.

 

Restons toutes et tous unis dans la prière !

 

Votre pasteur : Roger Foehrlé

 

 

  

 

Jean 3:1-17

3.1 Mais il y eut un homme d'entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs,

3.2 qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit: Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui.

3.3 Jésus lui répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.

3.4 Nicodème lui dit: Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître?

3.5 Jésus répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

3.6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est Esprit.

3.7 Ne t'étonne pas que je t'aie dit: Il faut que vous naissiez de nouveau.

3.8 Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit.

3.9 Nicodème lui dit: Comment cela peut-il se faire?

3.10 Jésus lui répondit: Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas ces choses!

3.11 En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu; et vous ne recevez pas notre témoignage.

3.12 Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes?

3.13 Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel.

3.14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé,

3.15 afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.

3.16 Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.

3.17 Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

 

 

 Sœurs et Frères en Christ,

        

         Que voulait dire Jésus par sauver le monde ? J'ai toujours trouvé difficile de répondre à la question « Suis-je sauvé ? » C’est la grande question que se posent souvent les chrétiens surtout le Vendredi-saint.

 

          En effet, la seule réponse que je puisse donner est une autre question : « Qu'entendez-vous par être sauvé » ? Les croyants qui demandent si l'on est sauvé trouvent souvent ce genre de réponse offensante. Pour certains d'entre eux, « être sauvé » a un sens parfaitement clair, un sens qu'ils supposent être établi par la Bible. Pour eux, répondre par une question leur paraît être une esquive académique. Toutefois, ma réponse est tout à fait sincère. Je veux vraiment savoir. Il n'y a pas de signification fixe des mots « être sauvé » dans la Bible dans son ensemble.

         Si vous passez une heure avec votre concordance, vous constaterez que le mot est utilisé dans de nombreux contextes différents. Un nageur peut être sauvé de la noyade. Un homme d'affaires peut être sauvé de la faillite. Une femme peut être sauvée d'un mari violent. Une église peut être sauvée de la menace de schisme. Une armée peut être sauvée de la défaite au combat. Une nation peut être sauvée d'une invasion. La grande majorité des utilisations des mots « être sauvé » et des mots connexes dans la Bible sont de ce type « laïque ».  En fait, la Bible ne fait pas la distinction nette entre le laïc et le religieux que beaucoup essaient de faire aujourd'hui.

         Je sais, bien sûr, que lorsque les croyants chrétiens me demandent si je suis sauvé, ils n'ont pas ce genre de salut à l'esprit. Ils pensent à quelque chose de plus définitif, de plus ultime. Ils s'inspirent des passages bibliques dans lesquels cette famille de mots est utilisée de cette manière ultime. L'une de ces utilisations se retrouve dans le texte que j'ai choisi dans l'évangile de Jean (3:17). Ces termes apparaissent avec ce sens de la finalité plus souvent chez Paul. Mais si l'on suit Paul de près, on doit répondre que l'on n'est pas sauvé.

         Selon Paul, les croyants sont justifiés et réconciliés, peut-être même sanctifiés, mais nous ne sommes pas encore sauvés. Nous espérons le salut. La façon dont Paul a compris le salut est toujours débattue parmi les spécialistes de ses écrits. Selon moi, sa compréhension découle de sa vision de Jésus sur le chemin de Damas. Il a vu et entendu le Jésus glorifié. Il croyait que si nous participons à la fidélité de Jésus, à sa souffrance et à sa mort, nous participerons aussi à sa résurrection dans la gloire. Ma lecture de Romains 8 indique que Paul croyait que par la glorification des croyants, la création entière participerait à ce salut. Par conséquent, si je suis Paul, ma réponse doit être que je vis dans l'espoir d'un salut qui transformera l'univers entier.

         Mais ce n'est certainement pas encore le cas. Je ne suis pas encore sauvé. Dans ma vie actuelle, j'essaie de participer à la fidélité de Jésus, même si cela signifie que je participe aussi à sa souffrance et à sa mort. Il peut y avoir de la paix et de la joie dans cette participation, mais ce n'est pas le salut. Jean nous donne une image différente. Il utilise bien « sauver ». Jésus est venu pour sauver le monde. À cet égard, l'objectif semble ressembler beaucoup à celui de Paul - un salut universel.

         Mais pour étudier la vision du salut de Jean, il vaut mieux ne pas se concentrer sur ce mot. Dans les rares cas où il est utilisé, il est clairement équivalent à la « vie éternelle » dont il est question dans les deux versets précédents. «  La vie éternelle » est le terme habituel de Jean pour désigner le but ultime. Paul pouvait utiliser l'expression « vie éternelle » pour désigner cet état glorifié qu'il attendait avec impatience à la fin de l'Histoire.

         Mais Jean ne semble pas avoir cette vision apocalyptique. Pour lui, la vie éternelle est une manière d'être qui caractérise déjà, ici et maintenant, la vie chrétienne. C'est le résultat immédiat du fait d'être « né de l'Esprit ». C'est sans doute cette focalisation sur la condition spirituelle du croyant ici et maintenant qui a rendu l'évangile de Jean si populaire. Jean souligne la continuité entre nos vies ici et maintenant et nos vies après la mort physique. Comme la plupart de ceux qui demandent si l'on est sauvé sont façonnés par la vision de Jean, et en particulier par ce chapitre de son évangile, je voudrais répondre : « Oui, je suis sauvé ».

         Je crois que l'Esprit de Dieu agit de façon transformatrice en moi, ici et maintenant. Pourtant, j'hésite. Si on lit non seulement Jean mais aussi Paul, on reconnaît que même ceux au sein desquels l'Esprit agit restent aussi sous l'influence du péché. Lorsque nous étudions l'histoire de l'église, nous voyons à quel point cette influence a été puissante et efficace, même parmi les dirigeants de l'église. Encore et encore, nous sommes obligés de réaliser que même les chrétiens que nous admirons le plus ont été profondément affectés par le péché. Beaucoup de saints ont fait beaucoup de mal et de bien. Lorsque l'on regarde nos églises actuelles, nous devons reconnaître que l'acceptation de Jésus comme Seigneur et Sauveur ne libère pas les croyants de la puissance du péché.

         Nous avons la vie éternelle. Mais si nous disons simplement : « Oui, nous sommes sauvés », il y a grand  danger à vouloir trop attendre de notre situation actuelle. L'adage de Luther, « à la fois justifié et pécheur », semble mieux correspondre aux faits. John Wesley, cependant, n'était pas satisfait de la formulation de Luther. Il pensait que cela ne convenait ni à Paul ni à Jean. Il pensait également que cela tendait à laisser les croyants se reposer sur leurs lauriers quant au rôle permanent du péché dans leur vie. En conséquence, il a élaboré une compréhension de la nature de la vie chrétienne qui reconnaissait plus clairement que Jean la puissance continue du péché parmi les chrétiens mais qui mettait également l'accent sur la véritable transformation effectuée par l'Esprit. Wesley a associé justification et régénération.

         Lorsque l'œuvre de l'Esprit nous amène à la repentance et à la foi, nous sommes justifiés et nous entrons dans une nouvelle vie. Dans cette vie, nous agissons comme l'Esprit nous dirige. Mais cette nouvelle vie est une vie de vertu qui paraît plus facile. Mais la puissance du péché reste présente. Vivre de l'Esprit plutôt que du péché exige un effort continu, voire une lutte. L'appel de l'Esprit est d'aimer nos voisins comme nous-mêmes. En tant que croyants, nous agissons comme l'amour l'exige. Mais ce n'est que progressivement que nos sentiments réels envers nos voisins se transforment de telle manière que ce type d'action devienne spontané.

         Cependant, en suivant l'Esprit et en nous laissant transformer par l'Esprit, nous devenons le genre de personnes qui aiment vraiment les autres et qui veulent agir pour leur bien. Le but de ce processus de sanctification est d'atteindre l'amour parfait qui est l’état naturel dans la vie éternelle. Dans cette voie donc, la mort physique ne constitue plus une grande rupture.

         Si nous nous tournons maintenant vers les évangiles synoptiques et demandons comment Jésus a compris le salut, nous constatons une fois de plus que ce n'est pas son terme préféré. Il ne l'évite pas complètement, et dans les rares cas où Jésus parle du salut au sens ultime, c'est au futur. C'est une chose que l'on espère et que l'on promet.

         Le terme qui est bien plus central pour Jésus est le « basileia theou ». Cette  locution grecque est généralement traduite en français par « le royaume de Dieu ». Mais personnellement, à la suite d’autres théologiens,  je suggère de traduire par « la communauté de Dieu ».

         Les trois évangiles synoptiques indiquent que le message de Jésus était centré sur la Communauté de Dieu. Marc écrit : « Après l'arrestation de Jean, Jésus vint en Galilée, proclamant la bonne nouvelle de Dieu et disant : ‘Le temps est accompli, et la communauté de Dieu est proche, repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle’; (1:14-15). Pour Jésus, la bonne nouvelle était que la communauté de Dieu était proche, et il a appelé les gens à y croire et à vivre en conséquence.

         Cette réponse implique un repentir, ce qui signifie une réorientation de leur vie. Si nous demandons aujourd'hui si nous sommes sauvés selon la compréhension de Jésus, la réponse sera « Non ».

         Jésus s'est fermement inscrit dans la tradition des prophètes hébreux, qui ont appelé à la justice et à la droiture dans les relations humaines et dans l'ordre de l'État. Il nous a appris à prier pour que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel. Nous ne pouvons pas prier de cette façon sans faire ce que nous pouvons pour actualiser une situation différente dans notre monde, en commençant par nos propres quartiers et pays, mais en s'étendant à la planète entière. Jésus a fourni peu de détails sur la nature de la communauté de Dieu. Beaucoup de ses paraboles soulignent son importance ultime et son arrivée inattendue.

         Nous apprenons que c'est un monde dans lequel le rang social ou politique ne compte pour rien et dans lequel les normes de ce monde sont inversées. Tous sont acceptés et inclus dans une riche vie humaine. Tous sont nourris, vêtus et aimés. Les barrières et les frontières religieuses disparaissent. Même les liens familiaux se confondent avec ceux de la communauté au sens large. Les règles de comportement n'existent que pour servir un besoin humain réel. Les gens ne se jugent pas les uns les autres.

         Si c'est cela le salut, sommes-nous maintenant sauvés ? La réponse est non, car le monde dans lequel nous vivons est très différent de celui-ci. La communauté de Dieu est encore à venir. Pourtant, nous pouvons déjà vivre, dans une certaine mesure, en fonction de ces nouvelles valeurs. Nous pouvons même former des communautés qui les incarnent dans une certaine mesure. Quelle que soit la mesure dans laquelle nous participons maintenant au Commonwealth de Dieu, oui, nous participons déjà au salut offert par Dieu.

         Nous avons commencé par étudier les propos de Jésus : que pouvons-nous dire de ceux de Paul et de Jean ? Certains théologiens  soulignent les différences qu’ils ont avec Jésus et les critiquent pour avoir déformé les propos de Jésus. Mais nous pouvons aussi les apprécier à la lumière de Jésus. Paul a donné naissance à des communautés de fidèles dont la vie commune contrastait fortement avec les structures et les valeurs de l'Empire romain. Il n'a pas parlé d'eux comme participant à la future communauté de Dieu, mais il a vu l'action de l'Esprit en eux comme une anticipation de la gloire à venir. Jean a souligné la qualité de vie dans la communauté dont il faisait partie, c'est-à-dire parmi ceux qui étaient nés de l'Esprit, étant déjà dignes d'être appelés à l’éternité. Pour Paul et Jean, l'amour mutuel était la qualité de la vie en communauté, et cet amour est aussi ce que Jésus a enseigné.

         Que dirons-nous alors de nous-mêmes ? Sommes-nous sauvés ? Peut-être pouvons-nous dire que nous participons au salut que nous espérons et auquel nous aspirons. Nous participons dans la mesure où nous nous trouvons à aimer les autres et à être aimés par eux. Cet amour est d’abord émotionnel et ne deviendra authentique que dans la mesure où il s'exprime pratiquement par des soins mutuels. C'est un amour qui ne nous condamne pas et ne nous juge pas, quoi que nous fassions. Il ne nous impose pas de règles. Au lieu de cela, il nous rend vraiment libres.

         Cet amour s'étend au-delà de la communauté immédiate et, en fin de compte, à l'ensemble de la création de Dieu. Il fait ne pas chercher le gain des uns au détriment des autres. Il ne condamne personne. IL s'efforce de surmonter les obstacles et de soigner les blessures. Il s'adresse en particulier à ceux que le monde exclut ou marginalise. Il s'exprime dans la prière d'intercession, mais, lorsque cela est possible, il s'exprime aussi dans l'action. Il s’implique aussi dans le  service direct aux personnes dans le besoin. Il peut également comprendre des efforts pour modifier des lois et des structures économiques injustes. Dans la mesure où nous aimons comme cela et où nous sommes aimés par d'autres comme cela, nous sommes déjà sauvés.

         Pourtant, nous continuons à aspirer à la plénitude du salut, pour notre monde sur cette planète, et aussi pour tout ce qui se trouve au-delà de cette vie, qui incarne vraiment ce genre d'amour. Nous croyons que cet amour humain ne se produit que grâce à l'amour de Dieu pour le monde, et pour chacun d'entre nous. Nous croyons que rien ne pourra jamais vaincre cet amour. Aussi loin que son triomphe dans le monde puisse paraître, nous pouvons vivre ici et maintenant dans la confiance que nous sommes totalement aimés de Dieu. Cette foi est notre salut actuel. Oui, je suis sauvé en pratiquant l’amour que Christ nous demande de pratiquer. À l’égard de toutes et tous, à l’égard des animaux, à l’égard de la nature, à l’égard de la planète entière.

         En un mot, être sauvé, c’est savoir vivre dans l’amour, ni plus ni moins. Alors, tel que je vis aujourd’hui, suis-je sauvé(e) ?   

 

 

 


 

 

 

Pasteur Roger Foehrlé:  Prédication prévue pour le 5 avril 2020 - 
Prdication Pasteur Foehrl

                                          Dimanche des Rameaux 

 

EVANGILE:  Matthieu 21

21.1 Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, et qu'ils furent arrivés à Bethphagé, vers la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux disciples,

21.2 en leur disant: Allez au village qui est devant vous; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle; détachez-les, et amenez-les-moi.

21.3 Si, quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez: Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il les laissera aller.

21.4 Or, ceci arriva afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète:

21.5 Dites à la fille de Sion: Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d'une ânesse.

21.6 Les disciples allèrent, et firent ce que Jésus leur avait ordonné.

21.7 Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus.

21.8 La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route.

21.9 Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts!

21.10 Lorsqu'il entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et l'on disait: Qui est cet homme?

21.11 La foule répondait: C'est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée.

 

 

 

PRÉDICATION

 

« Qui est cet homme ?» se demandaient les gens de la ville.

 Frères et sœurs,

Cet épisode est à la fois joyeux et tragique.

            Joyeux car il y a là une entrée triomphale du Messie dans sa ville, avec pour monture singulière un âne, un animal paisible, selon ce qu’annonçait précisément Zacharie le prophète, non pas un cheval tirant un char de guerre. Cette messianité pacifique et annonciatrice de réconciliation réjouit tout le peuple.

            Parmi les plus excités dans la foule, on peut imaginer ceux qui vocifèrent : « nous étions aveugles et nous voyons ». Dans cette foule, il y a des femmes dont les vêtements ne laissent aucun doute sur leur métier : des prostituées à coup sûr, certains hommes portent des vêtements usés, des mendiants, des moins-que-rien. Il y avait aussi ceux qui s’en mettaient plein les poches en collaborant avec les romains avant de tout laisser pour le suivre, un certain Matthieu était même collecteur d’impôts. Il doit y avoir d’anciens boiteux, des malades rétablis, des « gens de mauvaise vie » très connus repentis…

            Cette foule se réjouit, elle est en extase…L’acclamation de la foule et les gestes qui l’accompagnent pour faciliter la marche du roi qui arrive – on dispose, en effet, des vêtements, des rameaux, des palmes dans les rues comme pour dérouler un tapis en son honneur – signifient l’immense communion entre le peuple et son chef. Tous attendent le miracle de la délivrance ! Un vrai roi guerrier, fort et brave qui sache manier l’épée et soit sans pitié pour ses adversaires. Jésus, c’est le roi rêvé ! Il guérit et enseigne !

            Mais déjà, après les cris de joie lancés dans les rues :
« Hosanna pour le fils de David ! », voici que l’on s’interroge sur son identité. Il arrive sur un âne, sans armure, sans paroles… Bizarre… Bizarre…« Qui est cet homme ? »

            Alors, l’on est amené à dire, de proche en proche, qu’il ne s’agit en fait que d’un prophète, le prophète Jésus ; qui plus, est un prophète venant d’une bourgade inconnue, Nazareth, en Galilée…

            De Messie à roi, fils de David, puis de fils de David à prophète, bientôt la foule déçue, et manipulée demandera la mort de celui qu’elle désignera finalement comme «blasphémateur » !

            Frères et sœurs, les Rameaux sont donc une fête tragique comme souvent les fêtes excessives. Le malentendu durera tout au long de la semaine sainte, jusqu’au reniement, jusqu’à l’arrestation et l’exécution, hors de la ville, à Golgotha.

            Mais ce malentendu, on le voit, est le fait même de Jésus qui prend le risque d’une entrée triomphale. C’est lui qui décide d’effectuer ce geste prophétique, c’est lui qui assume l’annonce de la venue du Messie en sa propre personne. Oui, c’est effectivement lui qui assume l’annonce anticipée de la mort de ce Messie, mort incompréhensible pour la foule.

            Et déjà les rumeurs et les cris de colère s’entendent dans la ville : scandale ! Incohérence ! Contradiction ! Le Messie est vainqueur, il ne peut pas mourir ! Le Seigneur, tout-puissant, ne peut laisser faire une chose pareille ! Car, s’il existe, comment peut-il accepter la mort de celui-là même qu’il envoie pour sauver le monde !

            Frères et sœurs, la fête de Rameaux commémore bien l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Elle est aussi très exactement la fête qui célèbre l’entrée dans nos vies, dans le plus secret de nos vies, de ce Messie paradoxal, tout-puissant et en même temps sans aucun pouvoir. Son royaume n’est pas de ce monde, en effet, car c’est avec les yeux de la foi seulement que nous pourrons discerner et voir ce qu’il nous révèle en vérité. C’est avec le regard de la foi qu’il nous faudra comprendre et accepter ce qu’est notre finitude, le tragique de la mort lorsqu’elle nous guette, l’abjection de la souffrance quand elle nous étreint, et l’horreur de la méchanceté des humains. Et c’est avec les yeux de la foi qu’il nous faudra saisir sa présence, là où précisément, tout le monde dit autour de nous qu’il n’est pas là, qu’il est absent, qu’il a abandonné ses enfants à leur malheur, et déserté le monde. Son royaume n’est pas de ce monde. Mais il s’y trouve cependant mystérieusement présent. Telle est notre certitude.

            Dans cette montée à Jérusalem, la foule acclame Dieu en la personne de Jésus, mais quel Dieu acclame-t-elle ? Les rameaux, c’est la fête du malentendu, du contre-sens.

            La foule veut la libération au prix du sang, elle veut manger à sa faim, elle veut la suppression des impôts, elle veut la purification du sol de toute cette impureté païenne ; elle veut recevoir de Jésus tout ce dont elle rêve depuis des siècles, tout ce qu’elle croit avoir compris dans l’enseignement des prophètes : libre, elle veut être libre de tout, à n’importe quel prix et elle crie : « béni soit le fils de David ». La foule ne donne pas, elle attend qu’on lui donne.

            Jésus sait, lui, le prix qu’il devra payer pour une libération toute autre. Sa vie donnée le vendredi suivant, donnée volontairement, c’est la porte ouverte sur l’amour et le don de soi. Il vient revisiter nos vies pour y déposer la paix ; il est roi de paix.

            Oh certes, il sait bien de quel bois nous sommes faits et combien il nous est difficile de mener le combat de l’amour. Il sait que le lundi et le mardi, nous acclamerons son royaume, et que le vendredi et le samedi, comme la foule et les disciples nous serons dans l’accusation, le déni, et la lâcheté. Il le sait, il l’accepte, il nous aime.

            Le jour des Rameaux, ce qui est posé, c’est un acte symbolique fort qui va nous engager à notre tour dans ce combat pour la paix et l’amour à la suite de Jésus, roi de paix, Messie humble et compatissant, fils du Père plein d’amour que nous sommes invités à retrouver dans notre histoire et notre fragilité.

« Qui est cet homme ? »

            Jésus est l’envoyé de Dieu, un secret tout simple, sans rien de caché et pourtant il faut que chacun, chacune, le découvre.

            Cette foule, frères et sœurs, c’est nous. Elle ne croit que ce qu’elle voit, elle veut encore et toujours des signes, des guérisons, des miracles, elle veut la fin de la souffrance, du malheur, de la mort. Jeunes et vieux, tous attendent ce que Jésus ne leur donne pas.

            Lui, il vient, monté sur un ânon, pacifique et humble, il vient nous dire : Oui, je suis roi, mais le roi veut faire de toi un enfant. Oui, je suis roi, et je suis ton serviteur. Oui, je suis roi, et je t’aime, je t’aime jusqu’à la mort. Oui, je suis roi, et je suis ton frère. Je suis le frère de celui qui a faim, de celui qui a soif, du malade, du prisonnier, de l’étranger, de celui qui vit dans la rue ; je suis le frère de l’enfant ; je suis le frère de ses parents ; je suis le frère de ses grands-parents et même de ses arrières grands parents.

            Ouvrons les yeux ! Ouvrons les yeux de la foi, acclamons notre roi et prions le Seigneur, en toute circonstance ! Car il est entré dans notre vie. Il est entré dans notre vie y compris là où notre foi se trouve mise en question, y compris là où la royauté du Christ semble mise en doute, et y compris là où notre prière même, semble vaine, inopérante, sans efficacité aucune, là où précisément il n’y a ni miracle, ni guérison ni triomphe : il est là, présent, mystérieusement vivant, maître de notre vie, dans ta vie, dans la mienne.  Amen !

 

 

 PRIONS

 

Christ, ton entrée à Jérusalem apporte la joie, l’allégresse aux habitants de cette ville.

             Nous te prions pour ton Eglise et pour notre Communauté : qu’elle soit signe de joie pour ce monde !

            Christ, l’acclamation du peuple qui t’accueille laisse rapidement la place à la condamnation qui te met sur le chemin de la Passion.

            Nous te prions pour ceux qui sont abandonnés par leurs proches, qui sont trahis : qu’ils retrouvent l’espoir pour continuer leur vie !

Christ, tu as été trainé devant des tribunaux humains.

            Nous te prions pour les prisonniers : qu’ils soient traités avec justice et que leur existence d’êtres humains soit respectée !

Christ,  en traversant la mort tu nous montres le chemin qui mène à la vie !

Nous te prions pour les baptisés : que leur foi et leur espérance s’enracinent toujours plus en toi, afin qu’à leur tour, ils puissent témoigner de la victoire de la vie !

Christ, nous te prions pour toutes les personnes engagés dans la lutte contre le coronavirus, pour les malades, pour les nombreuses familles endeuillées pour ceux et celles qui vivent mal le confinement …  …

Christ de tendresse et d’amour, reçois toutes les prières qui se murmurent dans le cœur de chacun en ce dimanche. Viens révéler ton visage miséricordieux à ceux qui te cherchent désespérément sur leur propre chemin de passion …

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prdication Pasteur Foehrl 

Pasteur Roger Foehrlé:  Prédication prévue pour le 29 mars 2020

 

Chère Communauté, sœurs et frères en Jésus-Christ,

 

Voici donc les textes bibliques de ce jour, 5e dimanche de Carême, le sermon et une prière d’intercession.

En ce temps de confinement, (pas pour tous et toutes), prenons un peu de temps pour nous recueillir, penser et prier, car ce temps nous est donné, ne le gâchons pas !

Bon dimanche :

 

Votre pasteur, Roger Foehrlé

 

  

Jérémie 31: 31-34

31.31 Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle,

31.32 Non comme l'alliance que je traitai avec leurs pères, Le jour où je les saisis par la main Pour les faire sortir du pays d'Égypte, Alliance qu'ils ont violée, Quoique je fusse leur maître, dit l'Éternel.

31.33 Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, Après ces jours-là, dit l'Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple.

31.34 Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché.

Jean 12: 20-26

12.20 Quelques Grecs, du nombre de ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête,

12.21 s'adressèrent à Philippe, de Bethsaïda en Galilée, et lui dirent avec instance: Seigneur, nous voudrions voir Jésus.

12.22 Philippe alla le dire à André, puis André et Philippe le dirent à Jésus.

12.23 Jésus leur répondit: L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié.

12.24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.

12.25 Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle.

12.26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, le Père l'honorera.


Chère communauté, chers frères et sœurs en Jésus-Christ

            La légende raconte qu'avant les voyages de Christophe Colomb et d'autres marins européens, les bords les plus occidentaux des cartes portaient les mots «ne plus ultra», il n'y a plus rien. À la suite de leurs voyages vers les Amériques, ces cartes ont été rectifiées et on pouvait lire «plus ultra», il y en a encore. Même si ces aventuriers européens connaissaient peu les richesses et la beauté de la terre et les dons uniques des peuples autochtones de la frontière, ils savaient «qu'il y avait plus» à trouver sur le continent qui s'étendait devant eux.

            Avec la semaine sainte à l'horizon, nous savons qu’ «il y a plus». Nous savons que, comme la mort, l'effondrement économique et l'incertitude mondiale sont autant de changements et de menaces de mort pour nous et ceux que nous aimons, mais «il y a plus» - il y a un horizon qui nous invite à regarder au-delà de la nature triste du Carême et du désastre de la Semaine Sainte aux aventures inattendues y compris celle de la résurrection.

            Bien que nous ne puissions pas nier ou contourner nos défis personnels et communautaires, et que nous devons traverser des périodes de bouleversements personnels et nationaux, la promesse de «quelque chose de plus» nous invite à être les partenaires de Dieu dans une aventure sainte et ouverte.

            La tradition biblique place nos vies personnelles et communautaires sous la lumière de la grande image des espoirs et des mouvements vivants de Dieu dans le monde. Jérémie décrit un espoir inattendu au milieu d'une catastrophe nationale - l'ordre politique et économique s'est effondré, la nation est en plein désarroi, mais Dieu a une vision surprenante pour la nation: «les jours viennent sûrement, où je ferai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et la maison de Juda… Je mettrai ma loi en eux et je l'écrirai dans leurs cœurs; et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. »

            Dans les moments les plus difficiles, une nouvelle aventure fait signe à une nation brisée d'avancer et lui montre une vision de possibilités nouvelles et inattendues… et c'est une nouvelle aventure non seulement pour la nation brisée mais pour le Dieu qui les aime. Dieu a entendu leur appel et Dieu répondra. Dieu fera quelque chose de nouveau pour les réveiller de la mort du chaos politique et économique. Dieu créera au sein du peuple «un nouveau cœur» et «un esprit nouveau et juste». Dieu «rendra [au peuple] la joie du salut [de Dieu]». Dans les moments les plus difficiles, Dieu nous offre un nouvel espoir, des visions créatives et un second souffle pour le voyage.

           

            Dans la lecture de l'Évangile, un groupe de chercheurs vient vers les disciples pour leur demander de «voir Jésus». À bien des égards, leur demande est répétée tous les jours à la fois dans l'église et dans une culture dans laquelle moins de 20% des jeunes adultes ont une expérience de la vie chrétienne, sauf ce qu'ils en ont vu à la télévision. Ces jeunes adultes - et la majorité des personnes de notre culture - sont éloignés de la religion institutionnelle. Pourtant, beaucoup prétendent être spirituels et au fond ils veulent «voir Jésus», c'est-à-dire que dans un monde en changement rapide avec peu d'amarrages moraux ou intellectuels, ils recherchent un sens et cherchent une réalité à laquelle ils peuvent donner leur cœur. Et, leur recherche nous appelle à chercher Jésus aussi - à découvrir le vivant,

            Nous savons que la richesse et la sécurité ne peuvent pas fournir un sens adéquat ni nous donner la sécurité lorsque nous sommes confrontés aux crises de la vie. Nous voulons «voir Jésus». Nous voulons quelque chose qui changera nos vies et nous permettra de faire face aux défis de la vie avec courage et grâce. Si nous voulons répondre authentiquement à la quête des chercheurs, nous devons répondre au chercheur qui est en chacun de nous - et nous devons être prêts à changer en tant que personnes et en tant qu'église!

            Les lectures d'aujourd'hui parlent d'un Dieu vivant, actif et visionnaire, en qui «nous vivons, nous nous mouvons et avons notre être». Dieu fait une chose nouvelle - non pas comme un roi éloigné, un juge suspendu ou un moraliste cosmique, mais comme une voix de l'intérieur, écrite dans nos cœurs et aussi personnelle que notre souffle. Et, ce Dieu nous appelle au changement, au renouvellement et à l'aventure.

            Je sais que je ne suis pas seul quand j'avoue que je ne crois plus au Dieu de mon enfance. Écoutez votre vie: votre vision de Dieu a-t-elle changé au fil des ans? Certains dieux sont-ils morts et d'autres dieux sont-ils ressuscités au cours de votre vie? Avez-vous dépassé certaines images de Dieu, de l'église et de l'humanité? Si vous écoutez votre vie, vous découvrirez peut-être «qu'il y a plus» à voir en Dieu que vous ne l'aviez imaginé auparavant. En effet, vous découvrirez peut-être que le Jésus que vous cherchez est également très différent de ce que vous imaginiez.

            Franchement, quand une personne dit «je ne crois pas en Dieu», je ne la défie pas ni n'essaye de la convaincre de l'erreur de sa pensée. Si nous avons assez de temps pour une longue conversation, je lui demande: «Parlez-moi du Dieu auquel vous ne croyez plus» et la plupart du temps, après avoir partagé son histoire, je réponds: «Je ne crois pas non plus en ce dieu-là" Peut-être que Jésus ne croyait pas non plus en ce Dieu, légaliste, punisseur, enrobé de doctrines …! Car Jésus savait «qu'il y a plus» en Dieu que les légalismes et les théologies étroitement structurées que nous construisons.

            En fait, il est clair que l'une des raisons pour lesquelles Jésus est tombé en disgrâce auprès des dirigeants juifs et romains était qu'il a présenté une image alternative de Dieu aux dieux exclusifs, dominants et punitifs de la religion organisée du Temple ou de l’unilatérale puissance de l'Empire romain.

            Lorsque les Grecs ont demandé à «voir» Jésus, ils cherchaient une foi et un dieu différents. Ils cherchaient quelque chose en quoi croire et une expérience qui change la vie. Et c'est ce que Jésus le professeur, guérisseur et aventurier spirituel, nous donne aujourd'hui. Dans le cheminement de la croix à la résurrection, et dans l'histoire d'un Dieu qui crée un nouveau cœur à l'intérieur de nous, nous avons l'image d’un  Dieu qui peut transformer nos vies et qui accueille le chercheur et l'étranger, et qui nous accueille également. Le Dieu de Jésus gouverne par l'amour et non par la puissance.

Le Dieu de Jésus accueille les parias, plutôt que de les bannir.

Le Dieu de Jésus embrasse les enfants, plutôt que de les négliger.

Le Dieu de Jésus touche les impurs, guérit les malades et embrasse les brisés, plutôt que de les juger.

Le Dieu de Jésus apparaît dans des endroits imprévisibles, et pas seulement dans le Temple parmi les justes.

Le Dieu de Jésus fait face à la mort, ressent de la souffrance et trouve une nouvelle voie pour Jésus et pour nous-mêmes.

            Oui, suivre Jésus, c'est risquer de perdre votre religion et risquer de remettre en question tout ce que vous pensiez savoir sur Dieu et tout ce qui assurait la sécurité de votre foi d'enfance. Mais, dans ce risque, un nouveau dieu émergera : le Dieu vivant de la croix, de la résurrection et de la transformation. En effet, dans notre univers de plusieurs milliards de milliards de galaxies, nous pouvons être audacieux dans nos images, sachant que Dieu est toujours plus que ce que nous pouvons imaginer, "plus ultra", il y a plus ... dans la grandeur mais aussi dans l’intimité.

            Aujourd'hui, nous avons besoin d'un nouveau cœur, d'une nouvelle vision et d'une nouvelle énergie pour la transformation - nous devons voir Jésus - nous devons nous lancer dans une aventure qui changera nos vies, changera notre église et changera notre monde. Aujourd'hui, Dieu écrit de nouvelles possibilités pour nos vies et notre église, dans nos cœurs et nos esprits. Ouvrons nos cœurs aux frontières passionnantes qui nous font signe à chacun et à notre communauté de progresser. Car «il y a plus» à découvrir dans la sainte aventure de Dieu! Amen.

PRIONS ENSEMBLE

 

Prions pour les enfants qui naîtront aujourd’hui :

            Que la joie de Dieu rayonne de vos visages sur tous ceux et celles qui vous verront,

            Que le bouclier de Dieu vous protège et qu’il vous garde toujours,

            Que chaque saison soit bonne pour vous et que Jésus vous donne la paix.

Prions pour ceux et celles qui doivent travailler aujourd’hui :

            Que Dieu bénisse pour vous aujourd’hui la terre sous vos pieds, le chemin que vous prenez,

            Le travail de vos mains et de votre esprit et les choses que vous espérez,

            Et quand le jour aura passé, que Dieu bénisse votre repos.

Prions pour ceux et celles qui soignent aujourd’hui nos malades du coronavirus et tous ceux et toutes celles qui sont affairés dans les hôpitaux, les cliniques, qui vont à domicile, toutes les personnes qui s’occupent de la propreté des lieux, du linge etc …

            Pensons à elles ou à eux personnellement …

Prions pour les malades de ce virus, sans oublier tous les autres malades ou personnes âgées,

            Que Dieu les garde en sa sainte confiance et sa grâce pleine d’espérance…

Prions pour toutes les familles endeuillées qui ont perdu un être cher souvent dans des conditions difficiles et tragiques, sans pouvoir leur dire « au revoir »,

            Que Dieu les aide à surmonter cette terrible épreuve en leur donnant ce formidable espoir de la vie en Dieu après notre mort, où nous nous retrouverons toutes et tous ensembles dans la joie du Christ.

Seigneur entend nos prières, et si aujourd’hui, nous devons être le moyen par lequel tu réponds aux prières d’autres personnes, puisses-tu ne pas nous trouver sourds ou méfiants, mais impatients de réaliser ton projet, au nom de Jésus le Christ. Amen.

           


 

 

 

Pasteur Roger Foehrlé:  Prédication prévue pour le 22 mars 2020

 

Chère Communauté,

 

En ce deuxième dimanche (4e de Carême) de crise, j’aurais pu vous faire parvenir  des textes et des prières concernant cette épidémie qui nous accable. Mais je sais que vous lisez beaucoup de choses matérielles et spirituelles sur ce sujet : radio, télé, internet nous saturent et que vous priez.

Je vous propose donc une méditation/sermon sur le texte de ce dimanche.

Bon culte personnel et que notre Dieu vous accompagne.

Pasteur Roger Foehrlé

 

 

EVANGILE: Jean 9: 1-41

9:1 Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance.

9:2 Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle?

9:3 Jésus répondit: Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.

9:4 Il faut que je fasse, tandis qu'il est jour, les œuvres de celui qui m'a envoyé; la nuit vient, où personne ne peut travailler.

9:5 Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.

9:6 Après avoir dit cela, il cracha à terre, et fit de la boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux de l'aveugle,

9:7 et lui dit: Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (nom qui signifie envoyé). Il y alla, se lava, et s'en retourna voyant clair.

9:8 Ses voisins et ceux qui auparavant l'avaient connu comme un mendiant disaient: N'est-ce pas là celui qui se tenait assis et qui mendiait?

9:9 Les uns disaient: C'est lui. D'autres disaient: Non, mais il lui ressemble. Et lui-même disait: C'est moi.

9:10 Ils lui dirent donc: Comment tes yeux ont-ils été ouverts?

9:11 Il répondit: L'Homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, a oint mes yeux, et m'a dit: Va au réservoir de Siloé, et lave-toi. J'y suis allé, je me suis lavé, et j'ai recouvré la vue.

9:12 Ils lui dirent: Où est cet homme? Il répondit: Je ne sais.

9:13 Ils menèrent vers les pharisiens celui qui avait été aveugle.

9:14 Or, c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue, et lui avait ouvert les yeux.

9:15 De nouveau, les pharisiens aussi lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Et il leur dit: Il a appliqué de la boue sur mes yeux, je me suis lavé, et je vois.

9:16 Sur quoi quelques-uns des pharisiens dirent: Cet homme ne vient pas de Dieu, car il n'observe pas le sabbat. D'autres dirent: Comment un homme pécheur peut-il faire de tels miracles?

9:17 Et il y eut division parmi eux. Ils dirent encore à l'aveugle: Toi, que dis-tu de lui, sur ce qu'il t'a ouvert les yeux? Il répondit: C'est un prophète.

9:18 Les Juifs ne crurent point qu'il eût été aveugle et qu'il eût recouvré la vue jusqu'à ce qu'ils eussent fait venir ses parents.

9:19 Et ils les interrogèrent, disant: Est-ce là votre fils, que vous dites être né aveugle? Comment donc voit-il maintenant?

9:20 Ses parents répondirent: Nous savons que c'est notre fils, et qu'il est né aveugle;

9:21 mais comment il voit maintenant, ou qui lui a ouvert les yeux, c'est ce que nous ne savons. Interrogez-le lui-même, il a de l'âge, il parlera de ce qui le concerne.

9:22 Ses parents dirent cela parce qu'ils craignaient les Juifs; car les Juifs étaient déjà convenus que, si quelqu'un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue.

9:23 C'est pourquoi ses parents dirent: Il a de l'âge, interrogez-le lui-même.

9:24 Les pharisiens appelèrent une seconde fois l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent: Donne gloire à Dieu; nous savons que cet homme est un pécheur.

9:25 Il répondit: S'il est un pécheur, je ne sais; je sais une chose, c'est que j'étais aveugle et que maintenant je vois.

9:26 Ils lui dirent: Que t'a-t-il fait? Comment t'a-t-il ouvert les yeux?

9:27 Il leur répondit: Je vous l'ai déjà dit, et vous n'avez pas écouté; pourquoi voulez-vous l'entendre encore? Voulez-vous aussi devenir ses disciples?

9:28 Ils l'injurièrent et dirent: C'est toi qui es son disciple; nous, nous sommes disciples de Moïse.

9:29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse; mais celui-ci, nous ne savons d'où il est.

9:30 Cet homme leur répondit: Il est étonnant que vous ne sachiez d'où il est; et cependant il m'a ouvert les yeux.

9:31 Nous savons que Dieu n'exauce point les pécheurs; mais, si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, c'est celui-là qu'il l'exauce.

9:32 Jamais on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né.

9:33 Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire.

9:34 Ils lui répondirent: Tu es né tout entier dans le péché, et tu nous enseignes! Et ils le chassèrent.

9:35 Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé; et, l'ayant rencontré, il lui dit: Crois-tu au Fils de Dieu?

9:36 Il répondit: Et qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui?

9:37 Tu l'as vu, lui dit Jésus, et celui qui te parle, c'est lui.

9:38 Et il dit: Je crois, Seigneur. Et il se prosterna devant lui.

9:39 Puis Jésus dit: Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles.

9:40 Quelques pharisiens qui étaient avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dirent: Nous aussi, sommes-nous aveugles?

9:41 Jésus leur répondit: Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites: Nous voyons. C'est pour cela que votre péché subsiste.

 

 

Sœurs et Frères en Jésus-Christ,

            Comme l'histoire de Jésus et de la Samaritaine, la guérison de l'aveugle-né est un récit de la venue d'une personne à la foi. Il diffère cependant du premier en ce que, contrairement à la femme, cet homme fait une confession de foi explicite. Interrogé pour la première fois par les pharisiens sur celui qui l'a guéri, il répond: «C'est un prophète» (v. 17). 

             Mais qu'est-ce qui engendre sa foi? La Samaritaine était attirée vers la foi par le fait que Jésus la connaissait si bien. Pour cet homme, c'est le fait de sa vue restaurée qui a déclenché son voyage. Nous pouvons le voir dans sa réponse lors de son deuxième interrogatoire: "Je sais une chose, c'est que même si j'étais aveugle, je vois maintenant." La compréhension de l'homme, cependant, reste incomplète jusqu'à ce qu'il entende des lèvres de Jésus son auto-révélation en tant que Fils de l'homme au verset 37. C'est à ce stade qu'il connaît Jésus comme la pleine révélation de Dieu. Celui qui l'a guéri n'est pas seulement un prophète, mais la lumière même du monde, comme Jésus l'a déjà dit à ses disciples au verset 5: "Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde." 

            On voit donc que toute l'histoire est symbolique, illustrant la compréhension johannique de Jésus comme l'incarnation de «la vraie lumière, qui éclaire tout le monde ». Le Logos éternel, qui était «au commencement avec Dieu» et à travers lequel «toutes choses sont nées» est aussi la lumière par laquelle les êtres humains peuvent connaître la vraie vie. Le moment de la venue à la foi est donc identique au moment de la pleine compréhension,  ce moment où nous reconnaissons qui est Jésus et donc, qui est Dieu.

            L'histoire est en effet une représentation d'un voyage dans la foi. Elle a cependant un côté obscur qui ne doit pas être ignoré. Tout comme le terme «lumière» est qualifié de «vraie» lumière en 1: 9 et contraste avec l'obscurité dans laquelle il brille, de même dans cette histoire le dualisme lumière / obscurité réapparaît sous la forme de vue / cécité. Tout comme en 1: 1, «le monde» rejette la lumière, de plus, alors maintenant dans cette histoire, les chefs religieux rejettent Jésus, ce qui donne à l'histoire un fort élément de jugement. 

            Il y a des gens qui croient qu'ils ont la lumière - c'est-à-dire la compréhension de la vérité - mais qui marchent réellement dans l'obscurité. En apparaissant parmi eux comme la lumière, c'est-à-dire comme celui qui fait connaître Dieu, Jésus leur offre une nouvelle possibilité: ils peuvent échanger leur fausse compréhension contre la vérité. 

            Et que signifie exactement «voir»? Nous pouvons facilement répondre que cela signifie comprendre. Mais pour comprendre quoi? Jean nous donne un indice : «Ceux qui marchent pendant la journée ne trébuchent pas, car ils voient la lumière de ce monde. Mais ceux qui marchent la nuit trébuchent, car la lumière n'est pas en eux. » Si la Samaritaine acquiert la connaissance de soi de sa rencontre avec Jésus, l'homme né aveugle comprend comment vivre sa vie d'enfant de Dieu. 

            Et nous pouvons les considérer comme deux aspects de la réponse à la question la plus fondamentale que la vie nous pose: que signifie être un être humain? Trébucher, c'est vivre faussement, déformer notre nature humaine, qui n'est définie que dans notre relation à Dieu.  Jean signifie non pas une simple existence biologique mais une vie authentique, une vie abondante, une vie joyeuse. Et 17: 3 le montre clairement en définissant la «vie éternelle» non pas en termes quantitatifs mais plutôt en termes qualitatifs et spécifiquement comme connaissance de Dieu: «Et c'est la vie éternelle, afin qu'ils vous connaissent, le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ qui vous avez envoyé." 

            De plus, connaître Dieu, c'est, comme nous l'apprend la Samaritaine, c'est aussi vraiment nous connaître; et ce n'est que lorsque nous nous connaissons que nous savons vivre devant Dieu et notre prochain sans trébucher.

            La «cécité» de ceux qui rejettent Jésus se manifeste surtout dans la  double intention que les interrogateurs de l'homme prononcent dans 29 concernant Jésus: "Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais quant à cet homme, nous ne savons pas d'où il vient." L'énoncé «Nous ne savons pas d'où il vient» fait référence, au niveau littéral, à l'origine géographique de Jésus. Comme pour d'innombrables passages de Jean, cependant, il a également une signification symbolique. Jésus dit à ses adversaires en 8:23: «Vous êtes d'en bas, je suis d'en haut; vous êtes de ce monde, je ne suis pas de ce monde. " Dans les deux cas, ceux qui rejettent Jésus le font parce qu'ils appartiennent au monde «d'en bas», le monde corrompu de la société humaine, tandis que Jésus vient «d'en haut», de Dieu. Ceux qui appartiennent au monde «d'en bas» ne peuvent pas comprendre la vérité parce que leurs schémas de pensée sont corrompus par ce monde. Afin de savoir qui est Jésus, une personne doit quitter ce monde et penser avec un esprit renouvelé. 

             On  pourrait aussi vouloir se concentrer sur les étapes de la foi et de la compréhension, en explorant comment l'attachement à une compréhension limitée de la vérité, peut-être celles de notre enfance ou de perspectives théologiques qui ne prennent pas suffisamment en compte les progrès de la connaissance humaine, nous empêchent de laisser l'Évangile pénétrer tous les aspects de notre vie. Les adversaires de Jésus ont accepté Moïse mais n'ont pas pu s'ouvrir à de nouvelles révélations. Souvent nous, chrétiens, ne nous ouvrons pas au nouveau. On pourrait, par exemple, mentionner comment la science moderne nous encourage à lire les histoires de création de la Genèse de manière non littérale, ou comment notre connaissance accrue des religions non chrétiennes nous aide à voir au-delà de l'exclusivisme christologique traditionnel. 

             Les influences culturelles négatives peuvent être si fortes qu'elles nous empêchent même de comprendre des valeurs contre-culturelles telles que la non-violence et le sacrifice de soi, qui sont tout à fait inintelligibles pour l'état d'esprit du monde «d'en bas». Notre culture offre des voies trompeuses vers l'épanouissement personnel à travers des cultes de réussite, de victoire, d'avance, de «tout avoir», etc.  

            Une façon d'aborder cette question est de réfléchir au rôle crucial que joue l'expérience précoce dans le développement des valeurs. Les personnes qui grandissent dans des environnements dans lesquels le mensonge, le vol, l'égoïsme et l'hostilité envers les étrangers sont la norme ont sans aucun doute de grandes difficultés à concevoir des systèmes de valeurs qui impliquent l'honnêteté, le souci des autres, et tout sens de la solidarité de toute l'humanité. Ils sont, en un mot, ignorants de la vérité sur la nature humaine et l'univers lui-même qui soutient une telle pensée; et nous pouvons accorder que l'influence sociale limite certainement la responsabilité d'une personne. À un certain moment, cependant, lorsque les gens sont confrontés à un ensemble de valeurs différent mais refusent de leur donner une audition, leur ignorance devient une ignorance volontaire, dont ils sont tout à fait responsables. Et cette ignorance donne lieu à de mauvaises actions, tout comme les mauvaises actions donnent lieu à l'ignorance de la vérité. Penser le péché par rapport à l'ignorance, en outre, nous encourage à regarder derrière les mauvaises actions à la disposition fondamentale d'une personne. Nous agissons mal parce que nous comprenons mal l'univers et nous-mêmes. Le salut signifie donc plus qu'un simple pardon pour les péchés individuels. C'est plutôt, une toute nouvelle façon de comprendre la vie. AMEN.

PRIÈRE :

Dieu aimant, qui créée, qui nous fait signe,

nous t’invoquons et avec attention accrue, nous croyons que tu es avec nous, en nous et au-delà de nous.

Nous te louons car tu ne nous abandonnes jamais.

Nous reconnaissons que nous sommes un peuple au cou raide qui reste coincé dans nos vieux principes.

Alors maintenant, laisse-nous respirer ton esprit transformateur de vie

et te célébrer car tu nous incites toujours à nous lancer dans des aventures de la vie qui dépassent ce que nous pouvons imaginer.

Toi, qui attends patiemment notre bonne volonté à te faire confiance, offre un puits d'eau vive, jaillissant à jamais.

Ouvre-nous! Aidez-nous à voir dans toute ta création ton intention de diversité.

Aide-nous à entendre, dans toutes les langues, ton désir de créer une communauté aimante.

Aide-nous à  comprendre quelle est l'ampleur de ton amour, de ta grâce et de ta vision.

Nous nous ouvrons à ta sollicitation, à ta grâce, à ton amour.

Tu aimes tout ce que tu créées tous les jours avec nous, par nous et pour nous.

Nous te sommes reconnaissants ! AMEN.

 

 


 

 

Pasteur Roger Foehrlé:  Prédication prévue pour le 15 mars 2020

 

EVANGILE DE CE JOUR : LUC 9.57-62

Pendant qu'ils étaient en chemin, un homme lui dit: Seigneur, je te suivrai partout où tu iras.

Jésus lui répondit: Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids: mais le Fils de l'homme n'a pas un lieu où il puisse reposer sa tête.

Il dit à un autre: Suis-moi. Et il répondit: Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père.

Mais Jésus lui dit: Laisse les morts ensevelir leurs morts; et toi, va annoncer le royaume de Dieu.

Un autre dit: Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d'aller d'abord prendre congé de ceux de ma maison.

Jésus lui répondit: Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu.

 

 

Chers Frères et sœurs,

Ecoutons ce dialogue, entre deux jeunes, Bernard et Rose,  que j’aurais voulu faire écouter durant notre culte.

R : Dis-moi, qui a imaginé ce texte? C'est lourd, non ?

B : Qui ? C'est Jésus-lui-même. Oui, c'est assez radical, c'est bouleversant.

R : Trois personnes qui ont rencontré Jésus. Voyons voir quel genre de personnages ils sont.

B : Ok, essayons !

R  Le premier qui s'approche de Jésus lui dit : « Je te suivrai partout où tu iras ! » Il a dû entendre quelque chose sur Jésus qui l'a fasciné. Dans mon imagination, il s'agit d'une jeune personne.

B : Oui ! Il semble se lancer dans sa propre vie. Il cherche quelque chose : quelque chose de grand, un idéal.

R : Et il ne veut pas faire les choses à moitié, mais quelque chose de consistant, pour laquelle on vit et pour laquelle on fait tout. Mais qu'est-ce qui  l'a fasciné chez Jésus ?

B : Cela pourrait être justement cette liberté et cette détermination. Jésus est très clair dans son attitude. Et ce qui me touche profondément : il ne divise jamais les gens en bons et en mauvais.  Et lorsqu'il s'arrêtait soudainement et regardait une personne pour voir comment elle allait, il n'y avait qu'une seule chose qui comptait pour lui : s'occuper de cette personne sans aucun préjugé ni réticence. Cela doit fasciner un jeune ! Non ?

R : Moi, je vois autre chose : Jésus savait déjà à ce moment-là qu'il n'aurait nulle part où aller sur la terre, que, pour lui,  ce serait très inconfortable : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids: mais le Fils de l'homme n'a pas un lieu où il puisse reposer sa tête. »

B : Peut-être essayait-il de demander au jeune homme : « Sais-tu dans quoi tu t’embarques ? »

R : Voulait-il peut-être l'inviter à prendre une décision de très grande portée : « Viens, avec moi il n'y a pas de certitudes, mais tu trouveras ce en quoi tu crois et où tu pourras en vivre. »

B : Aujourd'hui, nous vivons une époque où la sécurité a une grande importance, même dans notre vie religieuse et familiale.

R : Oui, et il me semble que Jésus oriente ce besoin de sécurité vers la confiance que donne la foi. Et Jésus le savait : il ne lui restait plus beaucoup de temps.

B : Jetons un coup d’œil au deuxième homme que Jésus voulait emmener avec lui. Relisons !

R : Et il dit à un autre : « Suis-moi ». Et il répondit: Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui dit: « Laisse les morts ensevelir leurs morts; et toi, va annoncer le royaume de Dieu. »

B : Le père venait de mourir. Il s'agit d'une déchirure profonde. Ces gens avaient sûrement la quarantaine. On ne vieillissait pas à l’époque. Et ce chagrin de la perte d’un être aimé a peut-être été aggravé par la question : Pourquoi je vis ? Et pour quoi je veux vivre ?

R : Au milieu de la vie, des questions se posent parfois. La monotonie quotidienne - est-ce ce qu'elle aurait dû survenir, et peut-être encore pour de nombreuses années à venir, toujours le même refrain ?

B : On a l'impression d'être sur la roue d’un hamster, on ne la fait que tourner. La vie quotidienne est complètement dépourvue de joie.

R : Et si on pouvait recommencer à zéro ? Il y a des gens qui marchent dans une vallée très  sombre - et puis soudain ils commencent à vivre ! Quoi qu'il en soit, l'homme en deuil de l'Evangile a trouvé un nouveau sens à sa vie.

B : Cette parole semble quand même choquante : "Que les morts enterrent leurs morts". Enterrer nos morts avec dignité est si important.  N'avons-nous pas appris qu'il faut vraiment du temps pour dire au revoir ?

R : Mais  cette phrase ne pourrait-il pas être plutôt une provocation ? Que Jésus voulait dire : "Lâchez ce qui vous retient, recommencez avec moi" ? Le passé est souvent accablant. Mais Jésus a toujours vu ce que peut devenir une personne, ses potentiels à exercer, sa soif de création ? Et si Jésus nous regardait ainsi ?

B : Comme un être plein  de promesses ?

R : Voyons le cas de la troisième personne. Je relis : Et un autre dit : "Seigneur, je vais te suivre, mais permets-moi d'abord de dire au revoir à ceux qui sont dans ma maison. Mais Jésus a dit : « Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu. »

B : Il me semble qu’on a affaire avec un  petit agriculteur. Il a l’air de quelqu'un qui s'y connaît en labour.

Jésus lui dit : "Regarde devant toi, avec moi il y a quelque chose à labourer, on prépare le terrain ici - pour rien de moins que le Royaume de Dieu !

R : J'imagine que Jésus a voulu donner aux gens le pouvoir de prendre une décision à cette époque de leur vie. Une décision qui affecte en profondeur leur vie, là où se trouve la question : A qui dois-je confier ma vie ? Pour quoi vais-je vivre ?

B : Et cela est difficile pour beaucoup d'entre nous ! Comme cet homme simple, chacun de nous doit trouver le chemin par lui-même. Souvent, nous reportons la décision finale parce que nous ne savons pas ce qu'il en est.

R : Mais peut-être qu'il ne faut pas plus que le cri de Jésus : « Viens ! Tu ne sauras jamais tout ce qui pourra se passer. Implique-toi  dans ce qu'il t’est montré à travers l'évangile. C'est suffisant. »

B : Je suis toujours étonné de voir comment Jésus a commencé avec ces personnes qui étaient comme elles étaient : un petit fermier, un homme en deuil, un jeune homme en recherche. Et ce qu'il en est advenu dans le monde entier ! Le royaume de Dieu va devenir visible à travers eux.

R : Oui, le royaume de Dieu devrait devenir visible à travers eux : un nouveau départ et une confiance dans des relations complètement insécurisées ; un nouveau sens de la vie à travers la vallée sombre que nous traversons de temps en temps pour mener une expérience nouvelle avec Christ, trouver la clarté par une décision de grande portée.

Il se peut que Dieu nous rencontre ici même, maintenant,  et nous appelle à quelque chose de nouveau : faisons silence et écoutons-le. Amen.

 

 

PRIÈRE

DIEU vivant, Tu es incroyable pour nous - et merveilleux !

Tout ce que tu as fait est beau, chacune et chacun d'entre nous, toute ta création – mais celle-ci est marquée par la souffrance et la culpabilité !

Comment imaginer notre avenir ?  Regarde-nous !

Nous venons à toi avec nos histoires de vie, nos espoirs et nos capacités si différentes, avec bonheur et fragilité. Ton amour s'est gravé dans nos cœurs,

Tes yeux nous regardent. Nous nous confions à toi.

S'il te plaît, couvre de ta miséricorde là où nous nous sommes rendus coupables les uns envers les autres, ainsi que toute l'histoire de notre insuffisance personnelle.

Trouvons des moyens qui nous aideront. Aie pitié de tous tes enfants humains !

DIEU de toute espérance,  nous te confions aujourd’hui toutes celles et ceux qui ont perdu tout espoir, qui n’ont plus de but dans leur vie.

Nous pensons aussi à toutes celles et ceux qui sont dans l’angoisse de la maladie du coronavirus, celles et ceux qui en souffrent déjà : sois à leurs côtés et remplis-les de ton amour.

Nous Te demandons de nous fortifier avec le courage et l'esprit de Jésus-Christ.

AMEN

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Pasteur Roger Foehrlé:  Sermon du 29 septembre 2019  
             

                Sœurs et frères en Jésus-Christ,

                En faisant référence à l’étymologie commune entre humilité et humus, le père de l’Eglise Dorothée de Gaza écrivait : « Le bâtisseur doit poser chaque pierre sur du mortier, car s’il mettait les pierres les unes sur les autres, elles se disjoindraient et la maison tomberait. Le mortier, c’est l’humilité, car il est fait avec la terre, que tous ont sous les pieds. Une vertu sans humilité n’est une vertu. »

                On demandait à un sage les trois principales vertus chrétiennes, il a répondu que la première était l’humilité, la deuxième l’humilité et la troisième l’humilité. Dans l’épitre aux Ephésiens, Paul écrit à propos de cette vertu : ne faites rien par ambition personnelle ni par vanité, avec humilité au contraire, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes. La vraie humilité ne cherche pas à s’abaisser soi-même, mais à élever le prochain. Comme le dit la théologienne protestante France Quéré : La foi nous apporte ce que rien d’autre ne peut nous apporter : que l’autre n’est pas seulement image, qu’il est aussi mystère… J’ai devant moi un être matériel. Je pose sur lui le regard de la foi et j’ai devant moi un être spirituel. Il devient sacré, il devient mon maître car je n’ai plus rien à faire qu’à être infiniment responsable de lui.

                Abaissez-vous sous la main puissante de Dieu. Une première lecture laisse entendre que c’est Dieu qui abaisse. J’en préfère une autre : quand je suis abaissé et que j’ai le sentiment d’être humilié, je peux alors me réfugier sous la main puissante de Dieu. Et quand je suis à l’abri sous la main puissante de Dieu, je suis élevé. Je pense à tous ces étrangers, ces émigrés, ces petits qui fréquentent les églises. La société leur dit qu’ils ne sont pas les bienvenus dans nos pays, mais qu’ils peuvent rester s’ils font les métiers dont personne ne veut.  Mais quand ils viennent à l’église, ils sont élevés à la dignité de protégés de Dieu.

                Déchargez-vous sur lui de toutes vos inquiétudes car il prend soin de vous. Je suis invité à déposer mes inquiétudes, toutes mes inquiétudes, même les plus secrètes, aux pieds du Christ. Le seul risque que je prends est de ne plus les retrouver. Il faut de l’humilité pour se décharger de ses inquiétudes ; l’orgueilleux dit : je peux y arriver tout seul et il se pourrit la vie. Car il a oublié que Christ prend soin de nous.

                Se décharger de ses inquiétudes sur Christ n’est pas une opération automatique, il faut que je commence à me réfugier en lui, et pour cela il faut du temps, de la sobriété, de la veille. Oui, soyez sobres, veillez pour rester vigilants. Ces impératifs sont des appels à conserver une foi vivante, à lutter contre l’habitude, l’assoupissement et la dégradation de l’étonnement. Car votre adversaire : ce mot adversaire évoque le diable. Et le diable évoque ce qui divise. Oui, l’adversaire est ce qui me divise, ce qui vient mettre la séparation entre ma vie et ma foi, mes paroles et mes pensées, mes gestes et mon espérance. Cette puissance de division intérieure est comme un lion rugissant qui veut nous terroriser. Le combat contre l’orgueil et le souci de  domination est périlleux. Ce ne sont pas que des défauts, ce sont des bêtes dangereuses qui tous les jours guettent notre vie spirituelle, notre foi en Christ. Il faut pouvoir les dompter, les museler. Faut-il rappeler que la foi est un combat ?

                Parfois l’adversaire susurre à l’oreille : A quoi cela sert-il d’être fidèle à l’Evangile ? Fais comme tout le monde, mange, bois, profite de la vie, consomme, brille, cherche le pouvoir, sois le maître de tes valeurs, oublie tes engagements, ce qui est moderne aujourd’hui, c’est d’être mobile, adapté, d’être in, surtout de ne pas rater le dernier train de la mode, tu peux même essayer de le précéder.

                J’ai alors besoin d’entendre que je ne suis pas seul à mener le combat de la foi, j’appartiens à l’armée des résistants. Je pense à ceux qui mènent un combat autrement plus dur que le mien, à ceux qui souffrant dans leur chair pour leur foi, à ceux dont les lions sont plus menaçants et moins dompté que les miens.

                Mais Dieu rend fort et inébranlable, surtout quand on a souffert quelque peu. Oui, tout doit être vécu en Dieu et pour Dieu. Dieu n’est pas sans force. Ceux qui sont dans l’épreuve sont ceux qui ont le plus besoin d’entendre que Dieu est un Dieu fort même si sa force ne s’exprime pas dans les catégories de mon attente. Je ne crois pas en un Dieu impuissant, mais en Dieu alter-puissant, autrement puissant, dont la puissance est réelle mais différente, autre. Amen !

 


 

Pasteur Roger Foehrlé:   Sermon du 15 septembre 2019

(Dans la parabole que nous venons de lire, Jésus parle du prochain !)

Mais dans cette parabole, le prochain n’est pas celui du moins comme les gens le comprennent ; Le Christ dit : Le prochain n’est pas celui que vous ramassez, mais c’est vous le prochain qui lui fait du bien.  Je dirai, dans ce monde, chaque personne cherche son prochain. Ce n’est pas du tout l’ancienne façon de penser, parce que le Christ renverse la Parole, et à la fin, il dit la chose suivante effectivement : « Lequel des deux est le prochain ? Et le Christ répond : C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, c’est lui le prochain ». Durant des années et des siècles, on a toujours traduit cette phrase un peu à l’envers, enfin pas traduit, mais du moins on l’a mal interprétée en disant : le prochain, quand je sors, ben, mon prochain, c’est mon prochain.

Mais le Christ, excusez-moi, mais ce n’est pas du tout cela. Par contre, le clochard cherche un prochain qui va l’aider, et c’est nous. Voyez-vous, il faut inverser la Parabole ici, et c’est très important : au fond, les gens, le monde, les non chrétiens et les chrétiens nous demandent de nous quelque chose. Nous sommes le prochain, c’est-à-dire celui qui d’après la parabole, pourrait amener du bien, matériel ou pas matériel, pour amener un mieux-être. C’est cela l’essentiel de la Parabole. Il est dommage que l’on en a toujours pris le sens à l’envers, car de cette façon, elle est beaucoup moins forte. Dans ce sens,  bien sûr, tous les gens qui sur cette terre vivent, mangent mal, que ce soit en Afrique, en Asie ou en Europe, sont des prochains, c’est évident.

Mais Savoir que quand je rencontre un malade, un clochard, je l’ai déjà dit, une personne qui est spirituellement délabrée, qui ne croit plus en rien , ou bien une personne qui est en plein divorce qui se passe mal, on se tape dessus, on ne sait pas comment s’en sortir, et savoir que cette personne-là c’est mon prochain, c’est bien joli, mais (c’est savoir) qu’elle Attend quelque chose de moi. Être un prochain, c’est devenir responsable. C’est ce que le Christ veut nous dire.

Chaque fois que Jésus rencontre justement  un cas miséreux ou misérable, que fait-il ?  il réagit, il essaie de trouver éventuellement une  solution qui, est pour ce monsieur, cette dame qu’il rencontre, quelque chose de nouveau,  quelque chose qui reste stable, ce qui fait que la parabole prend un autre sens, surtout que souvent on oublie dans quel contexte elle a été dite.

Les premières paroles que vous avez écoutées sont les suivantes : c’est le jeune homme qui pose la question : « Maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » Il s’agit de cela dans cette parabole, et pas d’autre chose. Alors, c’est quoi pour vous, c’est quoi pour moi, et  c’est quoi pour le Christ, la vie éternelle ? Si je passais un papier à chacun, en posant la question, je crois que j’aurai au moins 30 réponses différentes, oui, nous sommes 30.

9 cas sur 10, la vie éternelle c’est « après ». Je suis destiné à vivre sur terre, avec l’amour de Dieu bien sûr, et je vivrai 50 ans, 80, 95, 32 s’il y a un accident, et après commence la vie éternelle. …..

Et Jésus régulièrement nous sort de cette fausse idée. La vie éternelle est arrivée, là où le Messie est arrivé la vie éternelle commence. Dans plusieurs passages de la Bible, c’est étonnant, le Royaume, c’est aujourd’hui qu’il se concrétise. Nous sommes aujourd’hui le 15 septembre, le Royaume de Dieu est éternel dès aujourd’hui. Il  a commencé le  jour où vos parents ou vous-mêmes, vous avez reçu le baptême. Et ce n’est pas une vie pour le futur c’est une vie pour aujourd’hui. Et c’est pour cela que la Parabole d’ici est une Parabole qui s’applique à l’immédiat.

Bon ! Dans le contexte juif, résumons-nous quand-même, à l’époque de Jésus, il y avait des gens qui croyaient à la résurrection, d’autres qui croyaient en la vie éternelle, dans un « Shéol », le shéol étant cet endroit où l’on ne souffre plus. Il n’est pas question de vision divine de voir quelqu’un qu’on appelle Dieu, qu’on adore, non,  le shéol est ce que tout le monde espérait, on continue à vivre, une « après vie », mais sans aucun problème et en paix. Nous chrétiens avons ajouté, et cela dès les premiers siècles,  que notre vie éternelle consisterait à entrer en Dieu, nous entrerions en Dieu,  et nous serions avec lui en parfaite harmonie, dans un parfait bonheur. Cela a été ajouté, bien sûr, à cause des paroles du Christ.

 Mais cette vie éternelle commence ici-bas et cette parabole très importante nous dit la chose suivante, c’est que il n’y a que l’amour que Dieu nous donne qui peut effectivement nous faire vivre dans cette vie éternelle. Chaque fois que vous-mêmes, vous faites un geste de bienfaisance, léger ou grand, ou un sourire donné à quelqu’un, vous faites un acte de vie éternelle et vous y êtes.

La vie éternelle c’est la vie qui n’a pas de fin.  Il n’y a que Dieu qui peut nous la donner, et il nous la donne dès le départ, et je crois que malheureusement, durant des siècles aussi,  les Eglises, surtout les Eglises Protestantes du XVIIIème siècle, il fallait préparer la mort. A tel point qu’on avait oublié le terrestre, on n’aidait personne, il fallait acquérir des indulgences pour les catholiques, accomplir un tas de choses pour nous permettre d’ avoir une bonne « banque » et après avoir la vie éternelle. Et tout le monde a oublié, que Jésus n’a jamais parlé de la vie éternelle, sauf de temps en temps, en disant, ceux qui vivent dans ma vie auront la vie éternelle. Mais il ne la détaille pas !  Sa vie éternelle à lui consiste justement à avoir les yeux ouverts, comme je l’ai dit dimanche dernier, les yeux ouverts sur tout ce qui se passe autour de moi.  La vie éternelle pour moi, chrétien, consiste à changer ce monde.  Le mot est grossier ou gros : moi, petit bonhomme que je suis, changer ce monde !!! Ce n’est pas là le problème ! Le problème, c’est ce qui nous entoure, le monde, c’est votre époux-se, votre famille, vos enfants, C’est vos voisins, vos compagnons de travail, c’est les gens de l’église, c’est tout le monde, c’est cela votre monde. Et notre but c’est que justement, nous devons et nous pouvons changer ce monde.

Et en changeant ce monde, nous vivons déjà notre vie éternelle.

Les théologies modernes américaines dont je vous parlerai un jour, ont trouvé une très belle phrase que j’aime beaucoup. Ils disent : « c’est en changeant ce monde que je prépare mon ciel. » Ce n’est pas en me retirant, priant « Seigneur, seigneur » (on ne peut pas critiquer les gens qui vont dans les couvents, il y a des vocations spéciales chez des personnes qui aiment bien se retirer , oui bien sûr, oui, mais Luther l’avait compris tout de suite, mais ce n’est pas en se retirant de ce monde, en devenant moine ou moniale que je préparerai mieux mon ciel, ni en me flagellant – les contemporains de Luther  le faisaient-, tout cela pour avoir la vie éternelle - , ni en souffrant encore davantage que j’aurai la vie éternelle,- j’accepte, Seigneur, le cancer que tu m’as donné, -comme si le Seigneur donnait un cancer- ce genre de prière- je prends la souffrance que tu m’as donnée, je veux subir, et avec tout cela je m’approcherai de la vie éternelle.

Mais c’est faux tout cela !!Nous ne sommes pas là pour souffrir, nous sommes là pour aimer. Et le Christ veut notre bonheur avant tout. Seulement en aimant il faut aussi aimer les autres, c’est cela.

L’amour, vous le savez, a un triple volet qui ressort de nos textes :

L’amour de Dieu pour nous évidemment, qui est la racine qui nous fait agir, on ne peut rien faire sans lui.

Et il y a l’amour de nous pour les autres quand nous devenons « samaritain », où nous sommes prêts avec ce que nous avons, le peu que nous avons,  nous sommes prêts à le donner, même si cela nous coûte  du temps, de l’argent peut-être, du temps surtout (et puis, une fois, aller à l’hôpital, voir cette vieille personne qui est malade, alors que j’ai un bon film à la télévision, j’hésite ; ben non, on n’hésite pas, on va voir la vieille dame qui est malade, tant pis pour mon bon film, je le verrai une autre fois. C’est cela la vie éternelle, c’est savoir prendre son temps, prendre sur soi, même si cela fait mal, et il faut continuer tous les jours, on n’y arrive pas toujours; moi aussi je ne suis pas un saint non plus, et il y a des moments où je dois choisir aussi, un film à la place d’autre chose éventuellement. )

Et la troisième partie qu’on oublie souvent : Dieu nous aime, nous aimons les autres, mais est-ce que vous vous aimez vous-mêmes ?    Au sens réel.  Aujourd’hui, -on ne va pas faire d’analyse psychanalytique ou de psychologie- un psychanalyste vous dira : pourquoi y a-t-il des dépressions ? Parce que les personnes ne s’aiment pas elles-mêmes, elles ne peuvent  pas supporter ce qu’elles ont fait dans le passé, elles n’arrivent pas à se pardonner. Cela paraît délicat, mais pourtant c’est important, parce que se pardonner veut dire peut-être : c’est vrai, j’ai fait une bêtise. Le pardon commence par l’aveu. Si moi je veux être en paix avec moi-même, je ne le serai jamais si je ne veux pas reconnaître qu’à telle date, à tel jour, avec telle personne,  j’ai fait une grosse bêtise, et qui me reste accrochée,  je n’arrive pas à m’en défaire. Pourquoi pas ? Parce que effectivement, on ne se le pardonne pas, d’ailleurs le langage courant le dit bien : « cela, je ne me le pardonnerai jamais » ! J’ai fait une bêtise, je ne me le pardonne pas ! Eh bien si, c’est la troisième phase de l’amour. Parce que si vous ne vous pardonnez pas vous-même, vous ne pouvez pas aimer. Il est impossible d’aimer quelqu’un si vous vous en voulez. Parce que si vous ne vous aimez plus, vous devenez acariâtre, vous devenez méchant, agressif, parce que quelque chose ne va pas. Pendant trois ans, j’étais aumônier d’un hôpital psychiatrique à Strasbourg. Dans le pavillon des dépressifs, il est quand-même étonnant de voir, ce que le médecin-chef m’a dit, que 80% des gens qui étaient à l’époque dans ce pavillon étaient des dépressifs religieux, dans le sens que c’est la religion mal comprise, mal utilisée, qui les rendaient ainsi. Par exemple, le classique « je ne vais plus à l’église, donc je suis condamné ». Cela paraît idiot, mais les gens disent cela, et le croient. Et du coup, on ne va quand-même pas à l’église, du coup on s’enfonce soi-même, on  se fait davantage de reproches et on tombe dans la déprime. Alors, frères et sœurs, le pardon à soi-même fait partie intégrante, si vous avez en vous une misère qui traîne, mettez-la à jour, mais pas avec quelqu’un d’autre, mais avec vous-même. Il est vrai que ce qui m’annihile aujourd’hui c’est ma faute, c’est moi qui ai fait une bêtise, Seigneur, pardonne-moi. Se pardonner à soi-même, c’est être franc, c’est être humble, savoir que nous sommes des êtres humains qui avançons comme nous le faisons avec l’aide de Dieu, et qui sommes loin d’être parfaits. Alors frères et sœurs, du coup, vous deviendrez capables, vous aussi et moi aussi, d’être plus aimants avec ceux qui nous entourent. Et on comprendra mieux la misère humaine chez le voisin quand j’aurai compris la mienne. Si je me reproche un mauvais divorce avec tout ce qui s’est passé comme bêtises et comme méchancetés, dans quoi je suis en partie responsable,  eh bien je condamnerai plus le voisin qui est dans le même cas, au contraire, j’essayerai de l’aider, parce que je suis aussi passé par là et que je sais ce que c’est.

Alors, n’oubliez pas ce triptyque, frères et sœurs, n’oubliez pas ce triptyque, Dieu nous aime, nous aimons nos frères  et nous pouvons à nouveau nous aimer nous-mêmes, être un homme devant Dieu,  une femme devant Dieu, avec ses défauts,  avec ses qualités et qui essaye de changer ce monde, parce que le monde attend de moi quelque chose, et  pour le monde :

 
Être chrétien veut dire être samaritain. Amen

 


 

 

 

Pasteur Georges Kobi:

 

Luc chapitre 17, versets 7 à 10

Parabole du serviteur sans mérite

  

Inversion des rôles

Cette parabole dite "du serviteur inutile" se présente de manière inhabituelle. Au lieu d'être le récit d'un événement de la vie quotidienne, dans lequel l'auteur introduit un élément perturbateur, qui va provoquer notre réflexion, ici Jésus prend à témoin une situation bien connue, et la présente par l'absurde. 

Il est absurde en effet de penser qu'un employé au service d'un patron se trouve un jour, tout-à-coup, dans cette situation inversée: il rentre des champs, ou de la garde du troupeau; il est non seulement accueilli et remercié par son patron pour sa journée de travail... mais celui-ci l'invite aussitôt à se mettre à table, à manger et à boire. L'employé servi par son patron.

 

Absurde. Le serviteur au contraire - le texte original grec utilise même le terme d'esclave - une fois rentré au logis, prépare le repas du maître; puis il met des habits propres pour servir le patron à sa table, afin que celui-ci puisse manger et boire. 

C'est seulement à la fin de son service que cet employé préparera son propre repas, mangera à son tour... et ira se coucher.

 

Ce retournement absurde de situation me rappelle une fête païenne, qui prend son origine soit dans l'Antiquité, soit au Moyen-âge, pendant laquelle on inversait les rôles justement: le roi devenait pour quelques heures un sujet, et le sujet devenait roi; le serviteur prenait la place du maître, et le maître la place du serviteur...

 

Où Jésus veut-il en venir ? 

Avant de chercher une réponse possible, il est essentiel de se rappeler le contexte de ce chapitre 17 de l'évangile de Luc. Jésus est en entretien particulier avec ses disciples; et non plus avec une foule d'anonymes. Ici, Jésus est avec ceux et celles qui ont répondu à son appel, ou qui ont manifesté le désir de suivre ce Jésus qu'ils prennent désormais pour leur maître. 

Alors, cette situation absurde que Jésus prend à témoin devant ses disciples, est bien destinée à les provoquer. Les provoquer dans leur manière d'envisager le service du maître qu'ils veulent suivre. 

Ouvriers engagés dans la moisson - image familière dans les évangiles - ou dans les vignes - autres image familière - ou encore dans la conduite du troupeau. Autant d'images qui symbolisent la mission du disciple du Christ, à savoir: l'annonce de la bonne nouvelle apportée par Jésus, bonne nouvelle du salut aux pauvres, aux aveugles, aux estropiés de la vie. Sans exclure les autres, ni qui que ce soit, évidemment! 
 

Des serviteurs sans mérite

Or - et voilà je crois la pointe de cette parabole du maître et du serviteur - s'il y a de quoi être reconnaissant d'avoir été appelé au service d'un pareil maître, honoré d'avoir été embauché dans cette mission quotidienne consistant à vivre et à annoncer l'évangile... s'il y a de quoi être reconnaissant de tout son coeur, de toute sa personne d'être ainsi employé à ce service... par contre, il n'y a aucun mérite de notre part à faire valoir dans son accomplissement quotidien. 

Une fois appelés au service de l'évangile, nous ne faisons que ce que nous avons à faire. 

 

En tentant de vivre humblement chaque jour ce que nous avons compris de l'évangile, malgré nos imperfections crasses, nos erreurs, nos maladresses, en servant du mieux que nous pouvons, nous n'avons vraiment aucun titre à faire valoir, aucune prétention à mettre en avant, pas le moindre honneur à réclamer.

En servant Dieu, en servant le Christ, nous sommes de simples serviteurs, des serviteurs ordinaires, quelconques. Sans mérite. 

 

Des serviteurs vraiment inutiles ?

Il y a donc cet adjectif qui a longtemps été utilisé pour donner un titre à ce passage de l'évangile de Luc: la parabole du serviteur "inutile". 

Attention: non pas que ce serviteur ne soit pas utile. Mais ce serviteur n'est pas indispensable. Dieu pourrait très bien s'en passer. Dieu pourrait très bien se passer de nous. Mais il ne le veut pas. Lui qui nous a fait, il nous aime assez pour nous prendre à son service, comme nous sommes.

 

Jugés aptes d'être employés au service de son Royaume, qui que nous soyons, quels que soient 

notre caractère, notre origine, nos qualités et nos défauts... embauchés au service de Dieu, voilà notre dignité, notre honneur. Dignité et honneur qui viennent de Dieu donc, non pas de nous. Dignité, honneur, aptitude que nous recevons de Dieu. Mais que nous ne pouvons jamais nous attribuer à nous-mêmes.

 

L'humilité contre l'orgueil

En relisant les évangiles, nous savons bien que Jésus s'est constamment disputé avec des croyants orgueilleux, prétentieux, imbus d'eux-mêmes. En particulier certaines pharisiens. Ou des chefs religieux, qui revêtaient - qui revêtent toujours d'ailleurs - de beaux habits d'apparat, des décorations de grande valeur; pour bien montrer, au vu et au su de tous, qui ils sont, ce qu'ils valent. Ces dignitaires comme on dit, qui exposent leur dignité en public, qui affichent leurs mérites, et rappellent les honneurs et le service qu'on leur doit; à eux plus qu'à Dieu. 

Les disciples eux-mêmes n'ont pas été à l'abri de cet orgueil, lorsqu'ils se sont demandés qui était le plus grand, le plus méritant parmi eux.

 

Par cette brève présentation d'une situation absurde, Jésus nous appelle donc à l'humilité. L'humilité de celui, de celle qui se sait pas meilleur que les autres, pas plus digne que n'importe quel autre. 

Mais que Dieu lui-même engage à son service.

Boussole dans un monde déboussolé

Reste à savoir si les lecteurs des textes bibliques, et en particulier ceux et celles qui se disent chrétiens, se sentent visés par cette parabole. Se considèrent-ils, se considèrent-elles  comme disciples ?

 

Au moment où le christianisme - un soi-disant christianisme - est brandi comme une arme par des intégristes faussement pieux et des partis ultra-conservateurs, il me paraît personnelle-ment urgent que nous soyons de simples et d'humbles témoins, selon les moyens que Dieu nous a donnés. Témoins d'une foi inspirée et renouvelée par l'écoute attentive des textes bibliques. Une foi guidée et renouvelée par le message des évangiles.

 

Simples serviteurs et servantes ordinaires. Mais de précieux repères dans un monde aujourd'hui déboussolé.

  


 

Pasteur Georges Kobi:   Prédication du 14 Juillet 2019 

 

Trois amis entrent en scène dans cette parabole "du casse-pied".

Le premier ami rentre de voyage. Il joue en fait un rôle secondaire, mais provocateur. Arrivant ainsi à l'improviste et au milieu de la nuit, il oblige les deux personnages suivant à se rencontrer. Et à se disputer même; dispute pacifique il est vrai.

 

Le devoir sacré de l'accueil

La scène qui suit, dans la mise en scène de cette parabole, nous rappelle que le devoir de l'accueil est tel qu'il est exclu d'y manquer. Alors que chez nous en Occident, ce devoir essentiel a pratiquement disparu. Aujourd'hui, ce geste de solidarité  peut être même condamné, voire conduire en prison, suivant dans quelles circonstances vous accueillez un réfugié ou au naufragé. Devoir d'indifférence ...

 

Le premier ami arrive donc dans son village, ou son quartier, quand tout le monde dort.

Son accueil par le deuxième ami crèe le problème: celui-ci n'a rien à lui offrir, sinon sans doute une paillasse pour dormir. Rien à manger! Imprévoyance? Extrême pauvreté? Le récit ne le dit pas; c'est donc sans importance ...

J'ai appris d'expérience, lors d'un bref séjour en Algérie pour un camp de travail, que la famille la plus pauvre du village où nous campions préfèrait se priver de manger une semaine durant, pour nourrir au moins ses hôtes de passage. Et accomplir ainsi chez elle le devoir sacré de l'accueil.

 

Dérangé de nuit

Ainsi l'ami qui reçoit le voyageur est bien obligé de faire appel à son voisin - le troisième ami - pour le dépanner. Au milieu de la nuit. Quand toute la nombreuse famillle du voisin dort, sans doute à même le sol dans l'unique pièce du foyer. 

Si le voisin se lève, il va forcément déranger et réveiller tout le monde. Ce n'est vraiment pas le moment. Il ne peut pas; il ne veut pas se lever. Et le fait que ces voisins se connaissent bien et se rendent naturellement des services ... tout cela n'y fera rien, précise bien l'auteur de la parabole. 

Or l'ami imprévoyant insiste. Au point de lui casser les pieds. 

Et de guerre lasse, parce qu'il en a marre - comme le mauvais juge avec la pauvre veuve - le voisin finit par ouvrir sa porte, et par donner à son collègue en manque tout ce dont il a besoin...

 

Votre dieu serait-il ainsi ?

Voilà une histoire simple, qui relève des imprévus et des dérangements de la vie quotidienne, de nuit comme de jour... Mais où se cache donc l'élément perturbateur qui va mettre en route notre réflexion? 

La parabole étant, par définition, une comparaison, celle-ci se présente au verset 13. 

Vous, vous pensez que Dieu, lui, qui nous a donné la vie, et de quoi vivre notre vie, est comme ce voisin dérangé de nuit? voisin qui commence par refuser tout net? qui ne répond, n'ouvre sa porte et ne donne... qu'après insistance et supplication? Comme ce juge, sans foi ni loi, qui ne rend justice à la pauvre veuve que de guerre lasse, pour s'en débarrasser?

Votre dieu serait donc ainsi ?

Et Luc, à la suite de sa parabole, d'insister sur ce dieu qu'il faudrait lasser, auquel il faudrait casser les pieds... pour qu'il nous réponde. Ou ce dieu qui serait mauvais comme nous le sommes, et qui nous donnerait un serpent à la place de poisson, une pierre à la place de pains? 

A quel Dieu est-ce que nous nous adressons lorsque nous prions? Qui est notre interlocuteur divin? Un père indigne? sourd? insensible?

C'est donc bien ici - à mon avis - que se loge l'élément perturbateur de la parabole: d'abord le refus du voisin; et puis l'insistance de l'ami imprévoyant. Perturbation qui devrait provoquer en nous cette question: à quel Dieu est-ce que nous nous adressons lorsque nous prions?

 

Appel à la confiance

Il est probable que cette parabole soit née dans une discussion, une dispute même, sur l'exaucement de nos prières. Ou l'absence d'exaucement. 

Et l'auteur de cette parabole, selon Luc en tous cas, de faire appel à la confiance. Une confiance sans faille, sans hésitation. Qui ne se pose même de question. 

La confiance qu'éprouve le petit enfant qui a faim, et qui demande de quoi manger à son père, à sa mère. Cet enfant qui, au moment même où il demande, ne peut pas douter un seul instant de la réponse positive et immédiate à sa faim ...

 

Demandez!

"Demandez! on vous donnera. Cherchez! vous trouverez. Frappez à la porte! on vous ouvrira". 

Quand vous lisez les invitations de ce verset 9, qui suit logiquement la parabole du casse-pied, entendez-vous cette petite voix raisonnable qui vous dit: c'est trop simple! c'est trop facile! ce n'est pas raisonnable! Il suffit de demander... et on vous donne ? De chercher... et vous trouvez? De frapper... et on vous ouvre? Et voilà le doute qui se met en marche dans notre tête, le raisonnement de notre sagesse qui se développe ...

 

Eh bien oui! C'est aussi simple que cela. La simplicité du coeur, qui fait totalement confiance. Le coeur de l'enfant qui a faim, et qui ne doute à aucun moment de la réponse positive de son père à sa demande. 

Voilà la belle confiance à laquelle nous appelle, je crois, cette parabole des trois amis. 

Ou la parabole du casse-pied.

Dans le fond: cette parabole que l'évangéliste Luc a placée juste après la demande des disciple à Jésus pour apprendre à prier, avec l'exemple du "Notre Père"... cette parabole qui suit ne parle plus de nos prières; mais essentiellement de la confiance qu'il faut avoir. De la confiance absolue dans la réponse du Père à nos prières ...

 

Une contradiction maintenant.

A ce point final, je suis tout de même obligé d'ajouter un mot. Une contradiction.

Car je ne dois pas oublier - moi qui ai l'essentiel pour vivre, et qui peut donc adopter sans trop de peine cette confiance du coeur - les situations extrêmes ou désespérées dans lesquelles tant d'humains peuvent être plongés, croyants ou pas, confiants ou pas, aujourd'hui comme hier. 

Lorsque l'humain subit les pires souffrances. Ou les pires injustices. Ou le mépris et la haine tenaces. Quand l'humain subit la torture. Ou l'exclusion. Ou l'extermination... Moi qui ai reçu, et continue à recevoir l'essentiel pour vivre décemment, je dois tenter de comprendre, pour ne pas dire partager, le doute fondamental du croyant opprimé, désespéré, condamné? Ce désespoir, cette incompréhension tels qu'ils sont exprimés si souvent dans les textes des psaumes. Sans réponse à mes prières, à mes supplications: Dieu serait-il sourd? Dieu est-il absent? 

Alors que les méchants et les puissants triomphent? Alors même que de puissants chefs d'Etat encouragent publiquement la haine et sont prêts à semer la division et la guerre? chefs de gouvernement - c'est le sommet de l'écoeurement pour moi - qui ont reçu la bénédiction solennelle de pasteurs, de prêtres, d'imams ou de rabbins? 

Dieu est-il absent ? sourd? aveugle?

Dans ce temps de confusion et de contradiction, la parabole des trois amis, ou du casse-pied nous appelle à vivre, devant Dieu, dans le calme et la confiance. 

Et nous appelle à prier pour ceux et celles qui ont tant de raisons de désespérer; désespérer des humains... et de Dieu lui-même.

 

"Votre seule force, c'est de rester calme et tranquille. Et de metre votre confiance en moi". 

Livre du prophète Esaïe, chapitre 30, le verset 15.

 

 Georges Kobi


 

 

Claudine Hornung:   Prédication du 7 Juillet 2019

Psaume 73 - Doutes et rencontre avec Dieu

 On considère généralement que ce psaume 73, comme le psaume 50, comme les psaumes 73 à 83 a été écrit par Asaph. Ce personnage est un haut dignitaire religieux puisqu’il est le chef des Lévites, et se trouve en tête des chantres vêtus de manteaux en byssus (soie de coquillages) qui se trouvaient près de l’autel. Or ce qui est assez extraordinaire, c’est que ce haut dignitaire malgré son rang n’a pas peur d’évoquer ses doutes, ses pensées avant le passage dans le tabernacle, puis plus tard sa rencontre avec Dieu. Comment peut-il avoir l’impression que Dieu reste inactif, alors qu’il côtoie tous les jours Son autel ?  Dans quelles occasions doutons-nous de Dieu ? Les questions que nous posons à Dieu font-elles obstacle à notre relation avec Dieu ?
Regardons ce qu’il en est de l’énonciation. D’abord c’est la bonté de Dieu qui est évoquée, on comprend d’après la suite du texte que cette dernière est loin d’être une évidence, c’est une découverte qui est répétée en écho à la fin du psaume « pour moi, m’approcher de Dieu, c’est mon bien ». Dans la suite du texte le « moi jadis » s’oppose à la description des méchants, des impies. Cette description est suivie de celle des doutes du psalmiste, à la 1° personne. Le texte connaît un revirement au verset 17 quand le « je » entre dans le sanctuaire et rencontre Dieu. Alors intervient la perte des méchants et le psalmiste se tourne vers Dieu non parce qu’il est « schadenfroh » mais parce qu’il a vu s’inverser les priorités : Dieu se montre le maître des méchants en manifestant l’illusion dans laquelle vivent les impies. La réalité est vue sous un autre jour parce qu’il y a eu une rencontre personnelle avec Dieu, ce que souligne le tutoiement.

Mais d’où vient le doute ? Le psalmiste évoque sa faiblesse, ses interrogations ("mes pas étaient sur le point de glisser ") à cause de la réussite des violents : s’ensuit une description très imagée, comme dans un tableau de Brueghel, des hommes à succès : leur avidité, leur impunité, leur violence, leur fourberie, leur orgueil. A cela se mêle le thème de la jalousie : ces pourris réussissent alors que les hommes honnêtes échouent ; ils se comportent comme s’ils étaient des dieux, maîtrisant la terre entière. Et Dieu les laisse faire. Leur succès attire l’admiration du public, c’est le second point qui dégoûte le psalmiste. Cela pose la question de l’utilité de la morale : à quoi cela sert-il de rester honnête quand tout le monde triche ? Quand ceux qui ont utilisé le plus d’antisèches aux examens raflent les diplômes ? de déclarer ses impôts quand certains cachent leurs revenus ? d’avoir une morale non consumériste alors que les autres gaspillent ? de rester digne, droit et pacifique alors que l’on pourrait sans problème rendre les coups bas et les calomnies ? Sans parler des politiciens qui réussissent à se faire élire avec des promesses mensongères, des manipulations de mails et des tweets agressifs . Tout cela nous mène nous aussi à interpeller Dieu : Dieu où est ta justice ? Où est ta justice quand je vois triompher «ceux qui n’ont aucune part aux souffrances humaines ». Or, ce qui semble être le plus grand des péchés,  c’est bien l’indifférence au prochain. Si Dieu reste sans réponse, on est alors en proie à l’arme subtile de l’ennemi, le découragement. Et c’est ce sur quoi insiste  le psalmiste : la réalité du monde où il vit –  et ce texte n’a pas perdu de son actualité – est incompatible avec l’attente qu’il a de la justice de Dieu.

Mais le texte marque un revirement : le psalmiste entre dans le tabernacle, la partie la plus secrète du Temple et là il rencontre Dieu. Le tabernacle est recouvert d’épais tapis : Seul brille le chandelier d’or pur aux 7 lampes ; l’extérieur n’existe plus, les choses de la terre pâlissent, de nouvelles révélations s’imposent : le palmiste découvre l’envers des choses. Il réalise que la prospérité des méchants est passagère, que leur ruine est subite et effrayante, que leur succès n’a duré qu’un instant face à la gloire éternelle de Dieu. Le psalmiste s’aperçoit qu’on peut voir les choses autrement et il semble même voir les actions humaines avec le point de vue de Dieu. Du coup tout est relativisé, tout est un songe. Cette démarche, cette approche de Dieu qui inverse notre vision du monde, de nos contemporains, de leur adoration de toutes sortes d’idoles c’est celle de la prière, non pas de celle qui demande, mais celle qui se met à l’écoute de Dieu.

Et alors retentit la voix de Dieu, celle que le psalmiste avait vainement attendue, et avec Elle des paroles infiniment consolatrices : « je suis toujours avec toi ». Le Seigneur ne fait pas défaut, contrairement aux hommes. Un Dieu agissant nous tient «par la main droite ». Plus nous avançons vers Dieu, plus nous sommes des enfants que l’on guide. La relation vitale avec Dieu n’élimine pas les questions que l’on se pose mais elle les dépasse : On pourrait mettre ce dépassement en relation avec le cri du père de l’épileptique de Marc 9, 24 : « je crois, viens en aide à mon manque de foi ».
Le psalmiste affirme : « tu me conduiras par ton conseil » : son conseil est infaillible dans les circonstances difficiles, dans les peines et les souffrances. Peut-être va-t-il utiliser la bride et le mors comme pour un cheval rétif, mais il sait où nous devons aller. L’homme extérieur dépérit, il est soumis à l’action du temps et de la mort mais l’homme intérieur peut se renouveler en Christ de jour en jour.

Et pour finir je voudrais citer les paroles du psalmiste que je trouve pleines d’humour et de vérité: « je n’étais pas très futé », j’étais une brute épaisse mais je découvre maintenant que tu es avec moi, que tu me conduis » .  Puissions nous cesser avec l’aide de Dieu d’être des brutes épaisses et nous réjouir de Sa présence dans nos vies.

 

 Amen.

 

Claudine Hornung