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Prédication 10 septembre 2017, Berlin

Mathieu 18, 15 à 21,

Ezéchiel 33, 1, 7-9

Romain 13, 8-10

 

 

 

Je ne sais pas si vous avez remarqué combien il est facile de pardonner les petites choses, comme brûler une côtelette, arriver en retard au deuxième rendez-vous amoureux, passer avec votre caddie sur le pied d’une personne. La demande de pardon et le pardon sont vite échangés ? Non ?

 

 

La situation se complique pour les choses plus graves, comme être renversé-e par une personne en voiture ou en vélo, ou devenir infirme pour toute sa vie à cause d’un attentat terroriste ; être violé-e, torturé-e, volé-e ou gravement humilié-e.

 

 

Et puis, il y a ces blessures qui n’en finissent pas de se ré-ouvrir à chaque coup de vent. Ce sont souvent ces blessures qui ont été faite entre personnes qui s’aiment, qui se faisaient confiance, en famille, en couple, au travail, entre ami-e-s, ou même dans l’église.

 

N’avons-nous pas eu une fois ou l’autre, chacune et chacun, une casserole que nous avons tiré ou que nous tirons encore sur notre chemin ?

 

Au verset 15, il est écrit : si ton frère, ta sœur commettent. Vous remarquez que le texte dit : il, elle commet une faute, il n’est pas ajouté «  contre toi ». C’est Pierre au verset 21, qui parle d’une personne qui pèche contre lui.

 

En passant, il est à relever aussi, que le verbe « amartanw » traduit par « vient à pêcher » dans la TOB, signifie aussi  : manquer le but, en venir à pécher, c’est manquer le but, se tromper de chemin, commettre une faute, avoir une fausse opinion sur. Donc nous pourrions traduire : si ton frère, ta sœur manquent leur but, se trompent de chemin, commettent une faute ou ont une fausse opinion sur toi ou sur une situation.

 

Donc dans ce passage biblique, nous avons deux situations bien distinctes : il y a le cas de la faute commise, et la faute commise contre soi. C’est très différent comme situation.

 

Si tu vois ton frère, ta sœur voler dans un magasin, se droguer ou tromper sa femme, par exemple, Jésus dit comment faire ; d’abord en discuter seul-e à seul-e, puis avec deux ou trois personnes et enfin devant la communauté. Et là, nous retrouvons le prophète Esaïe à qui le Seigneur dit ces paroles que je trouve terrible : si tu n’avertis pas ton frère, ta sœur qu’ils commettent une faute, cette faute retombera sur toi.

 

 

Eh bien, moi, je vous dis qu’à notre époque plus personne n’oserait se mêler des affaires des autres. Qui a le droit de dire à son prochain ; ce que tu fais là est une erreur ? Qui suis-je pour juger ? Dans le bien, se cache souvent du mal, et dans ce que nous considérons comme mal, il se trouve quelquefois du bien. Les parents peuvent le faire encore avec leurs enfants, et peut-être les enseignant-e-s.

 

Regardez ce qu’il s’est passé avec Martin Luther. Il a pris tellement à cœur cet avertissement, qu’il a fini par se montrer injuste et odieux envers le peuple juif, car il s’était donné la responsabilité de le convertir avec sa réforme. Est-ce que Dieu lui avait vraiment demandé de convertir, lui, Luther, la population juive ? Au final, c’est lui qui a manqué le but, c’est lui qui a commis l’erreur en voulant juger le peuple aimé de Dieu, avec beaucoup d’ignorance et de mauvaise foi,

 

 

Juger l’autre demande beaucoup de discernement et de sagesse. Et le dialogue est bien préférable au jugement à mon avis.

 

La deuxième situation, celle soulevée par Pierre, est davantage sous notre contrôle. J’ai dit davantage. Car nous ne possédons pas le contrôle absolu.

Moi, je dis que le plus difficile est de pardonner une blessure qu’une personne aimée vous a faite. Parce que cela fait très mal.

 

 

S’il suffisait comme dit Jésus de parler d’abord seul-e à seul-e-s, puis avec des médiateurs ou médiatrices, puis devant une communauté, il n’y aurait pas tant de divorces, de gens qui quittent l’église, et de conflits qui n’en finissent pas.

 

La finalité, le but, pour nous chrétiennes et chrétiens, c’est bien sûr d’arriver à pardonner, comme le demande Jésus. Nous voulons de tout notre cœur pardonner, ou bien ? Personne d’entre nous ici, voudrait refuser un pardon et laisser mourir une personne liée par sa faute. Ou bien ?

 

Ce que vous liez sur la terre, sera lié au ciel, ce vous déliez sur la terre sera délié au ciel. Nous trouvons ces mêmes paroles dites par le Jésus ressuscité, dans l’évangile de Jean au chapitre 20, alors qu’ il se tient au milieu de ses disciples, paralysés de peur. Jésus les délie, leur pardonne : paix à vous. Et il va plus loin, sans déléguer ses pouvoirs, commente l’exégète Pierre Bonnard , Jésus annonce et promet sa propre activité sur leur personne. Quand Jésus dit, versets 22-23 : Recevez l'Esprit Saint; celles et ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Celles et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.» C’est donc bien l’Esprit Saint qui va pardonner par nous.

Il est très clairement dit que le pardon viendra de l’Esprit Saint, parce que de nous-mêmes, nous sommes incapables de pardonner. Arriver à pardonner peut durer des années, et un jour, l’Esprit Saint réussit à nous pacifier. Donner un pardon trop tôt, c’est comme mettre un sparadrap sur la peau au-dessus du cœur ; cela ne va pas guérir le cœur.

 

De nos jours, nous n’avons plus le temps. Pourtant, il n’y a rien de plus important que le temps pour dénouer les nœuds. On préfère prendre les ciseaux pour soi-disant gagner du temps. Demander à Dieu l’humilité et la patience de prendre du temps, alors le Saint Esprit nous accordera de pouvoir pardonner 490 fois.

 

 

Je termine avec cette parole très forte au verset 17 : si l’autre refuse le dialogue, Jésus donne l’autorisation de ne plus se soucier de la personne. La confier à Dieu et basta.

 

Si l’Esprit Saint t’a donné de pouvoir pardonner ; si l’autre n’accepte pas le pardon ou si l’autre ne te pardonne pas, alors que tu lui as demandé humblement pardon, c’est Dieu qui te donnera sa paix, en temps voulu, et cela peut durer longtemps comme je l’ai déjà dit, car c’est lui le maître du pardon, en dernier lieu.

 

 

Jésus a dit : si deux ou trois personnes résonnent ensemble, le verbe en grec, est sumfohew, symphonie, si deux ou trois personnes sont d’accord entre elles, elles peuvent demander tout ce qu’elles veulent au nom de Jésus et cela leur sera accordé.

 

Résonner ensemble, et tout adviendra, même les réconciliations les plus dures à obtenir, car rien n’est impossible à Dieu.

Puissions-nous, mes ami-e-s résonner ensemble.

Amen

 


 

Prédication 17.09.17 Berlin

Extraits Psaumes 109 et Mathieu 18, 23 35

 

Terrible psaume ; je n’ai pas pu me résoudre à le faire lire à Ilona : il devrait être interdit au moins de 18 ans ! Il nous met mal à l’aise.

C’est comme si je disais à une personne demain matin avec qui je ne m’entends pas très bien, « J’ai prié pour vous hier au culte ». « Ah, bon, c’est sympa, qu’est-ce que vous avez demandé ? ». « J’ai demandé à Dieu de vous éliminer de la surface de la terre » !

Ce psaume 109 est un psaume de vengeance, et ce n’est pas le seul : ps. 54, 7 Qu'il rende le mal à celles et ceux qui m'espionnent! Par ta fidélité, extermine-les. Ou Ps 140, 10 Que le crime de leurs lèvres recouvre mes assiégeants jusqu'à la tête! 11 Que des braises se déversent sur eux, qu'il les précipite dans le feu, dans des gouffres d'où ils ne se relèveront pas!

 

Eh bien, oui, ces paroles cruelles, que nous lisons très vite, parce qu’elles nous gênent, se trouvent aussi dans la Bible.

Il est inutile de faire comme si tout était parfait. Oui, il y a de la haine dans l’être humain, et Caïn a montré la voie. David parle vrai ; il dévoile sa douleur face à cet autre qui ne l’aime pas ou qui ne pense pas comme lui.

 

Vous avez remarqué que David demande à Dieu de faire le travail ; cette demande lui permet de prendre de la distance avec sa haine.

Dire sa haine est un premier pas dans la voie du pardon, dit le professeur Daniel Marguerat. C’est montrer la blessure ; si la blessure est visible, alors il devient possible de la soigner. Exprimer sa colère, ce n’est pas pour que le désir de vengeance se réalise, au contraire, c’est pour que ce désir puisse sortir de moi. C’est un premier pas vers la libération.

 

 

Pour pouvoir gérer sa propre violence, il est d’abord nécessaire d’en avoir conscience, et ensuite de pouvoir en discuter avec Dieu. Si nous sommes tellement rempli-e-s de violence et de haine, il n’y a plus de place pour le travail de l’Esprit Saint.

De toute façon, nous n’avons rien à cacher à Dieu, puisqu’il nous connait mieux que nous-mêmes. Et d’autre part, nous sommes chacune et chacun pétris de la même pâte. J’ai toujours été étonnée des personnes qui me faisaient des confidences qu’elles pensaient être uniques et horribles, alors qu’elles étaient tout à fait banales.

 

David, le Bien aimé de Dieu n’a pas le pardon toujours facile. A sa décharge, Il semble avoir subi assez souvent, lui-même, le même sort qu’il souhaite à ses adversaires : ps 88, 16 Malheureux, exténué dès l'enfance, j'ai subi tes épouvantes et je suis hébété. 17. Mon coeur est pareil à la cire, il fond dans mes entrailles. Ou encore le ps 22, 16 Tu me déposes dans la poussière de la mort. 17 Des chiens me cernent; une bande de malfaiteurs m'entoure: ils m'ont percé les mains et les pieds.

Le Dieu de David est capable de faire très mal, autant aux personnes méchantes, qu’aux personnes justes.

 

David croit que le châtiment de Dieu est une réponse à sa désobéissance. Très souvent David se repend. Le psaume 51 en est l’exemple le plus frappant, 4 Lave-moi sans cesse de ma faute et purifie-moi de mon péché. 5 Car je reconnais mes torts, j'ai toujours mon péché devant moi. 6 Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait, ainsi tu seras juste quand tu parleras, irréprochable quand tu jugeras.

 

Pour David le pardon de Dieu est donné après la repentance. Dieu après avoir puni, re-devient le soutien et l’abri sûr. Ps 107, 6 Ils crièrent vers le SEIGNEUR dans leur détresse, et il les a délivrés de leurs angoisses. Ps 116, 7 11 Désemparé, je disais: «Tous les êtres humains sont des menteurs.» 12 Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu'il m'a fait?

 

En fait, cette manière de penser Dieu à la fois vengeur et aimant, vient de notre incompréhension totale du mal. Pourquoi le mal ? Est-ce que la repentance et l’humilité protégent du mal ? Cela aide en tout cas à le supporter.

 

Ce mal, nous le retrouvons dans notre serviteur qui devait 10 000 talents à son maître. 10 000 talents correspondent à 300 000 kg d’or : un talent étant égal à 30 kg d’or. Pour l’époque, c’est une somme qui ne peut pas être remboursée par un serviteur qui gagne même pas un E par jour.

 

Ce serviteur, c’est évidemment nous devant Dieu. Martin Luther dit que nous sommes tellement pécheurs et des pécheresses, que nous ne pourrons pas rembourser à Dieu ce que nous lui devrions. Selon Luther, tant que l’être humain est séparé de Dieu, il est pécheur. Toutes les bonnes œuvres, tous les actes d’ascétisme les plus héroïques n’y peuvent rien. Le pardon de Dieu est gratuit :il pardonne sans rien demander en retour. Il pardonne même ce que nous avons de la peine à nous pardonner à nous-mêmes. Je pense vraiment que si nous acceptons ce pardon gratuit de Dieu, il sera plus facile de le donner, de l’accorder aux autres.

 

Je me souviens que la première fois que j’ai entendu cette parabole, j’étais vraiment scandalisée par l’attitude de ce serviteur qui étrangle son compagnon, et le fait mettre en prison pour une dette ridiculement petite comparée à la sienne; son compagnon lui devait 100 dinars, c’est cent fois la somme d’un salaire journalier d’un agriculteur de l’époque, donc peut-être 10 E, maximum. Comment peut-on être aussi méchant ? Et il m’est arrivé exactement la même chose un jour ; je n’ai pas pu pardonner tout de suite pour une peccadille ; je me souviens encore de ma noire colère. Et j’ai pris tout d’un coup conscience que je ressemblais à ce méchant serviteur !

 

Le maître livre le mauvais serviteur aux tortionnaires. La torture était monnaie courante à l’époque. Nous pourrions aussi interpréter cette torture, comme une allusion au mal être qui nous envahit quand nous nous battons avec le pardon ; ce pardon à donner jusqu’à ce que nous arrivions à pardonner de tout notre cœur.

Si nous croyons que Dieu nous pardonne de tout son cœur, alors le chemin sera plus facile.

 

Amen