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Pasteur Roger Foehrlé:  Sermon du 29 septembre 2019  
             

                Sœurs et frères en Jésus-Christ,

                En faisant référence à l’étymologie commune entre humilité et humus, le père de l’Eglise Dorothée de Gaza écrivait : « Le bâtisseur doit poser chaque pierre sur du mortier, car s’il mettait les pierres les unes sur les autres, elles se disjoindraient et la maison tomberait. Le mortier, c’est l’humilité, car il est fait avec la terre, que tous ont sous les pieds. Une vertu sans humilité n’est une vertu. »

                On demandait à un sage les trois principales vertus chrétiennes, il a répondu que la première était l’humilité, la deuxième l’humilité et la troisième l’humilité. Dans l’épitre aux Ephésiens, Paul écrit à propos de cette vertu : ne faites rien par ambition personnelle ni par vanité, avec humilité au contraire, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes. La vraie humilité ne cherche pas à s’abaisser soi-même, mais à élever le prochain. Comme le dit la théologienne protestante France Quéré : La foi nous apporte ce que rien d’autre ne peut nous apporter : que l’autre n’est pas seulement image, qu’il est aussi mystère… J’ai devant moi un être matériel. Je pose sur lui le regard de la foi et j’ai devant moi un être spirituel. Il devient sacré, il devient mon maître car je n’ai plus rien à faire qu’à être infiniment responsable de lui.

                Abaissez-vous sous la main puissante de Dieu. Une première lecture laisse entendre que c’est Dieu qui abaisse. J’en préfère une autre : quand je suis abaissé et que j’ai le sentiment d’être humilié, je peux alors me réfugier sous la main puissante de Dieu. Et quand je suis à l’abri sous la main puissante de Dieu, je suis élevé. Je pense à tous ces étrangers, ces émigrés, ces petits qui fréquentent les églises. La société leur dit qu’ils ne sont pas les bienvenus dans nos pays, mais qu’ils peuvent rester s’ils font les métiers dont personne ne veut.  Mais quand ils viennent à l’église, ils sont élevés à la dignité de protégés de Dieu.

                Déchargez-vous sur lui de toutes vos inquiétudes car il prend soin de vous. Je suis invité à déposer mes inquiétudes, toutes mes inquiétudes, même les plus secrètes, aux pieds du Christ. Le seul risque que je prends est de ne plus les retrouver. Il faut de l’humilité pour se décharger de ses inquiétudes ; l’orgueilleux dit : je peux y arriver tout seul et il se pourrit la vie. Car il a oublié que Christ prend soin de nous.

                Se décharger de ses inquiétudes sur Christ n’est pas une opération automatique, il faut que je commence à me réfugier en lui, et pour cela il faut du temps, de la sobriété, de la veille. Oui, soyez sobres, veillez pour rester vigilants. Ces impératifs sont des appels à conserver une foi vivante, à lutter contre l’habitude, l’assoupissement et la dégradation de l’étonnement. Car votre adversaire : ce mot adversaire évoque le diable. Et le diable évoque ce qui divise. Oui, l’adversaire est ce qui me divise, ce qui vient mettre la séparation entre ma vie et ma foi, mes paroles et mes pensées, mes gestes et mon espérance. Cette puissance de division intérieure est comme un lion rugissant qui veut nous terroriser. Le combat contre l’orgueil et le souci de  domination est périlleux. Ce ne sont pas que des défauts, ce sont des bêtes dangereuses qui tous les jours guettent notre vie spirituelle, notre foi en Christ. Il faut pouvoir les dompter, les museler. Faut-il rappeler que la foi est un combat ?

                Parfois l’adversaire susurre à l’oreille : A quoi cela sert-il d’être fidèle à l’Evangile ? Fais comme tout le monde, mange, bois, profite de la vie, consomme, brille, cherche le pouvoir, sois le maître de tes valeurs, oublie tes engagements, ce qui est moderne aujourd’hui, c’est d’être mobile, adapté, d’être in, surtout de ne pas rater le dernier train de la mode, tu peux même essayer de le précéder.

                J’ai alors besoin d’entendre que je ne suis pas seul à mener le combat de la foi, j’appartiens à l’armée des résistants. Je pense à ceux qui mènent un combat autrement plus dur que le mien, à ceux qui souffrant dans leur chair pour leur foi, à ceux dont les lions sont plus menaçants et moins dompté que les miens.

                Mais Dieu rend fort et inébranlable, surtout quand on a souffert quelque peu. Oui, tout doit être vécu en Dieu et pour Dieu. Dieu n’est pas sans force. Ceux qui sont dans l’épreuve sont ceux qui ont le plus besoin d’entendre que Dieu est un Dieu fort même si sa force ne s’exprime pas dans les catégories de mon attente. Je ne crois pas en un Dieu impuissant, mais en Dieu alter-puissant, autrement puissant, dont la puissance est réelle mais différente, autre. Amen !

 


 

Pasteur Roger Foehrlé:   Sermon du 15 septembre 2019

(Dans la parabole que nous venons de lire, Jésus parle du prochain !)

Mais dans cette parabole, le prochain n’est pas celui du moins comme les gens le comprennent ; Le Christ dit : Le prochain n’est pas celui que vous ramassez, mais c’est vous le prochain qui lui fait du bien.  Je dirai, dans ce monde, chaque personne cherche son prochain. Ce n’est pas du tout l’ancienne façon de penser, parce que le Christ renverse la Parole, et à la fin, il dit la chose suivante effectivement : « Lequel des deux est le prochain ? Et le Christ répond : C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, c’est lui le prochain ». Durant des années et des siècles, on a toujours traduit cette phrase un peu à l’envers, enfin pas traduit, mais du moins on l’a mal interprétée en disant : le prochain, quand je sors, ben, mon prochain, c’est mon prochain.

Mais le Christ, excusez-moi, mais ce n’est pas du tout cela. Par contre, le clochard cherche un prochain qui va l’aider, et c’est nous. Voyez-vous, il faut inverser la Parabole ici, et c’est très important : au fond, les gens, le monde, les non chrétiens et les chrétiens nous demandent de nous quelque chose. Nous sommes le prochain, c’est-à-dire celui qui d’après la parabole, pourrait amener du bien, matériel ou pas matériel, pour amener un mieux-être. C’est cela l’essentiel de la Parabole. Il est dommage que l’on en a toujours pris le sens à l’envers, car de cette façon, elle est beaucoup moins forte. Dans ce sens,  bien sûr, tous les gens qui sur cette terre vivent, mangent mal, que ce soit en Afrique, en Asie ou en Europe, sont des prochains, c’est évident.

Mais Savoir que quand je rencontre un malade, un clochard, je l’ai déjà dit, une personne qui est spirituellement délabrée, qui ne croit plus en rien , ou bien une personne qui est en plein divorce qui se passe mal, on se tape dessus, on ne sait pas comment s’en sortir, et savoir que cette personne-là c’est mon prochain, c’est bien joli, mais (c’est savoir) qu’elle Attend quelque chose de moi. Être un prochain, c’est devenir responsable. C’est ce que le Christ veut nous dire.

Chaque fois que Jésus rencontre justement  un cas miséreux ou misérable, que fait-il ?  il réagit, il essaie de trouver éventuellement une  solution qui, est pour ce monsieur, cette dame qu’il rencontre, quelque chose de nouveau,  quelque chose qui reste stable, ce qui fait que la parabole prend un autre sens, surtout que souvent on oublie dans quel contexte elle a été dite.

Les premières paroles que vous avez écoutées sont les suivantes : c’est le jeune homme qui pose la question : « Maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » Il s’agit de cela dans cette parabole, et pas d’autre chose. Alors, c’est quoi pour vous, c’est quoi pour moi, et  c’est quoi pour le Christ, la vie éternelle ? Si je passais un papier à chacun, en posant la question, je crois que j’aurai au moins 30 réponses différentes, oui, nous sommes 30.

9 cas sur 10, la vie éternelle c’est « après ». Je suis destiné à vivre sur terre, avec l’amour de Dieu bien sûr, et je vivrai 50 ans, 80, 95, 32 s’il y a un accident, et après commence la vie éternelle. …..

Et Jésus régulièrement nous sort de cette fausse idée. La vie éternelle est arrivée, là où le Messie est arrivé la vie éternelle commence. Dans plusieurs passages de la Bible, c’est étonnant, le Royaume, c’est aujourd’hui qu’il se concrétise. Nous sommes aujourd’hui le 15 septembre, le Royaume de Dieu est éternel dès aujourd’hui. Il  a commencé le  jour où vos parents ou vous-mêmes, vous avez reçu le baptême. Et ce n’est pas une vie pour le futur c’est une vie pour aujourd’hui. Et c’est pour cela que la Parabole d’ici est une Parabole qui s’applique à l’immédiat.

Bon ! Dans le contexte juif, résumons-nous quand-même, à l’époque de Jésus, il y avait des gens qui croyaient à la résurrection, d’autres qui croyaient en la vie éternelle, dans un « Shéol », le shéol étant cet endroit où l’on ne souffre plus. Il n’est pas question de vision divine de voir quelqu’un qu’on appelle Dieu, qu’on adore, non,  le shéol est ce que tout le monde espérait, on continue à vivre, une « après vie », mais sans aucun problème et en paix. Nous chrétiens avons ajouté, et cela dès les premiers siècles,  que notre vie éternelle consisterait à entrer en Dieu, nous entrerions en Dieu,  et nous serions avec lui en parfaite harmonie, dans un parfait bonheur. Cela a été ajouté, bien sûr, à cause des paroles du Christ.

 Mais cette vie éternelle commence ici-bas et cette parabole très importante nous dit la chose suivante, c’est que il n’y a que l’amour que Dieu nous donne qui peut effectivement nous faire vivre dans cette vie éternelle. Chaque fois que vous-mêmes, vous faites un geste de bienfaisance, léger ou grand, ou un sourire donné à quelqu’un, vous faites un acte de vie éternelle et vous y êtes.

La vie éternelle c’est la vie qui n’a pas de fin.  Il n’y a que Dieu qui peut nous la donner, et il nous la donne dès le départ, et je crois que malheureusement, durant des siècles aussi,  les Eglises, surtout les Eglises Protestantes du XVIIIème siècle, il fallait préparer la mort. A tel point qu’on avait oublié le terrestre, on n’aidait personne, il fallait acquérir des indulgences pour les catholiques, accomplir un tas de choses pour nous permettre d’ avoir une bonne « banque » et après avoir la vie éternelle. Et tout le monde a oublié, que Jésus n’a jamais parlé de la vie éternelle, sauf de temps en temps, en disant, ceux qui vivent dans ma vie auront la vie éternelle. Mais il ne la détaille pas !  Sa vie éternelle à lui consiste justement à avoir les yeux ouverts, comme je l’ai dit dimanche dernier, les yeux ouverts sur tout ce qui se passe autour de moi.  La vie éternelle pour moi, chrétien, consiste à changer ce monde.  Le mot est grossier ou gros : moi, petit bonhomme que je suis, changer ce monde !!! Ce n’est pas là le problème ! Le problème, c’est ce qui nous entoure, le monde, c’est votre époux-se, votre famille, vos enfants, C’est vos voisins, vos compagnons de travail, c’est les gens de l’église, c’est tout le monde, c’est cela votre monde. Et notre but c’est que justement, nous devons et nous pouvons changer ce monde.

Et en changeant ce monde, nous vivons déjà notre vie éternelle.

Les théologies modernes américaines dont je vous parlerai un jour, ont trouvé une très belle phrase que j’aime beaucoup. Ils disent : « c’est en changeant ce monde que je prépare mon ciel. » Ce n’est pas en me retirant, priant « Seigneur, seigneur » (on ne peut pas critiquer les gens qui vont dans les couvents, il y a des vocations spéciales chez des personnes qui aiment bien se retirer , oui bien sûr, oui, mais Luther l’avait compris tout de suite, mais ce n’est pas en se retirant de ce monde, en devenant moine ou moniale que je préparerai mieux mon ciel, ni en me flagellant – les contemporains de Luther  le faisaient-, tout cela pour avoir la vie éternelle - , ni en souffrant encore davantage que j’aurai la vie éternelle,- j’accepte, Seigneur, le cancer que tu m’as donné, -comme si le Seigneur donnait un cancer- ce genre de prière- je prends la souffrance que tu m’as donnée, je veux subir, et avec tout cela je m’approcherai de la vie éternelle.

Mais c’est faux tout cela !!Nous ne sommes pas là pour souffrir, nous sommes là pour aimer. Et le Christ veut notre bonheur avant tout. Seulement en aimant il faut aussi aimer les autres, c’est cela.

L’amour, vous le savez, a un triple volet qui ressort de nos textes :

L’amour de Dieu pour nous évidemment, qui est la racine qui nous fait agir, on ne peut rien faire sans lui.

Et il y a l’amour de nous pour les autres quand nous devenons « samaritain », où nous sommes prêts avec ce que nous avons, le peu que nous avons,  nous sommes prêts à le donner, même si cela nous coûte  du temps, de l’argent peut-être, du temps surtout (et puis, une fois, aller à l’hôpital, voir cette vieille personne qui est malade, alors que j’ai un bon film à la télévision, j’hésite ; ben non, on n’hésite pas, on va voir la vieille dame qui est malade, tant pis pour mon bon film, je le verrai une autre fois. C’est cela la vie éternelle, c’est savoir prendre son temps, prendre sur soi, même si cela fait mal, et il faut continuer tous les jours, on n’y arrive pas toujours; moi aussi je ne suis pas un saint non plus, et il y a des moments où je dois choisir aussi, un film à la place d’autre chose éventuellement. )

Et la troisième partie qu’on oublie souvent : Dieu nous aime, nous aimons les autres, mais est-ce que vous vous aimez vous-mêmes ?    Au sens réel.  Aujourd’hui, -on ne va pas faire d’analyse psychanalytique ou de psychologie- un psychanalyste vous dira : pourquoi y a-t-il des dépressions ? Parce que les personnes ne s’aiment pas elles-mêmes, elles ne peuvent  pas supporter ce qu’elles ont fait dans le passé, elles n’arrivent pas à se pardonner. Cela paraît délicat, mais pourtant c’est important, parce que se pardonner veut dire peut-être : c’est vrai, j’ai fait une bêtise. Le pardon commence par l’aveu. Si moi je veux être en paix avec moi-même, je ne le serai jamais si je ne veux pas reconnaître qu’à telle date, à tel jour, avec telle personne,  j’ai fait une grosse bêtise, et qui me reste accrochée,  je n’arrive pas à m’en défaire. Pourquoi pas ? Parce que effectivement, on ne se le pardonne pas, d’ailleurs le langage courant le dit bien : « cela, je ne me le pardonnerai jamais » ! J’ai fait une bêtise, je ne me le pardonne pas ! Eh bien si, c’est la troisième phase de l’amour. Parce que si vous ne vous pardonnez pas vous-même, vous ne pouvez pas aimer. Il est impossible d’aimer quelqu’un si vous vous en voulez. Parce que si vous ne vous aimez plus, vous devenez acariâtre, vous devenez méchant, agressif, parce que quelque chose ne va pas. Pendant trois ans, j’étais aumônier d’un hôpital psychiatrique à Strasbourg. Dans le pavillon des dépressifs, il est quand-même étonnant de voir, ce que le médecin-chef m’a dit, que 80% des gens qui étaient à l’époque dans ce pavillon étaient des dépressifs religieux, dans le sens que c’est la religion mal comprise, mal utilisée, qui les rendaient ainsi. Par exemple, le classique « je ne vais plus à l’église, donc je suis condamné ». Cela paraît idiot, mais les gens disent cela, et le croient. Et du coup, on ne va quand-même pas à l’église, du coup on s’enfonce soi-même, on  se fait davantage de reproches et on tombe dans la déprime. Alors, frères et sœurs, le pardon à soi-même fait partie intégrante, si vous avez en vous une misère qui traîne, mettez-la à jour, mais pas avec quelqu’un d’autre, mais avec vous-même. Il est vrai que ce qui m’annihile aujourd’hui c’est ma faute, c’est moi qui ai fait une bêtise, Seigneur, pardonne-moi. Se pardonner à soi-même, c’est être franc, c’est être humble, savoir que nous sommes des êtres humains qui avançons comme nous le faisons avec l’aide de Dieu, et qui sommes loin d’être parfaits. Alors frères et sœurs, du coup, vous deviendrez capables, vous aussi et moi aussi, d’être plus aimants avec ceux qui nous entourent. Et on comprendra mieux la misère humaine chez le voisin quand j’aurai compris la mienne. Si je me reproche un mauvais divorce avec tout ce qui s’est passé comme bêtises et comme méchancetés, dans quoi je suis en partie responsable,  eh bien je condamnerai plus le voisin qui est dans le même cas, au contraire, j’essayerai de l’aider, parce que je suis aussi passé par là et que je sais ce que c’est.

Alors, n’oubliez pas ce triptyque, frères et sœurs, n’oubliez pas ce triptyque, Dieu nous aime, nous aimons nos frères  et nous pouvons à nouveau nous aimer nous-mêmes, être un homme devant Dieu,  une femme devant Dieu, avec ses défauts,  avec ses qualités et qui essaye de changer ce monde, parce que le monde attend de moi quelque chose, et  pour le monde :

 
Être chrétien veut dire être samaritain. Amen

 


 

 

 

Pasteur Georges Kobi:

 

Luc chapitre 17, versets 7 à 10

Parabole du serviteur sans mérite

  

Inversion des rôles

Cette parabole dite "du serviteur inutile" se présente de manière inhabituelle. Au lieu d'être le récit d'un événement de la vie quotidienne, dans lequel l'auteur introduit un élément perturbateur, qui va provoquer notre réflexion, ici Jésus prend à témoin une situation bien connue, et la présente par l'absurde. 

Il est absurde en effet de penser qu'un employé au service d'un patron se trouve un jour, tout-à-coup, dans cette situation inversée: il rentre des champs, ou de la garde du troupeau; il est non seulement accueilli et remercié par son patron pour sa journée de travail... mais celui-ci l'invite aussitôt à se mettre à table, à manger et à boire. L'employé servi par son patron.

 

Absurde. Le serviteur au contraire - le texte original grec utilise même le terme d'esclave - une fois rentré au logis, prépare le repas du maître; puis il met des habits propres pour servir le patron à sa table, afin que celui-ci puisse manger et boire. 

C'est seulement à la fin de son service que cet employé préparera son propre repas, mangera à son tour... et ira se coucher.

 

Ce retournement absurde de situation me rappelle une fête païenne, qui prend son origine soit dans l'Antiquité, soit au Moyen-âge, pendant laquelle on inversait les rôles justement: le roi devenait pour quelques heures un sujet, et le sujet devenait roi; le serviteur prenait la place du maître, et le maître la place du serviteur...

 

Où Jésus veut-il en venir ? 

Avant de chercher une réponse possible, il est essentiel de se rappeler le contexte de ce chapitre 17 de l'évangile de Luc. Jésus est en entretien particulier avec ses disciples; et non plus avec une foule d'anonymes. Ici, Jésus est avec ceux et celles qui ont répondu à son appel, ou qui ont manifesté le désir de suivre ce Jésus qu'ils prennent désormais pour leur maître. 

Alors, cette situation absurde que Jésus prend à témoin devant ses disciples, est bien destinée à les provoquer. Les provoquer dans leur manière d'envisager le service du maître qu'ils veulent suivre. 

Ouvriers engagés dans la moisson - image familière dans les évangiles - ou dans les vignes - autres image familière - ou encore dans la conduite du troupeau. Autant d'images qui symbolisent la mission du disciple du Christ, à savoir: l'annonce de la bonne nouvelle apportée par Jésus, bonne nouvelle du salut aux pauvres, aux aveugles, aux estropiés de la vie. Sans exclure les autres, ni qui que ce soit, évidemment! 
 

Des serviteurs sans mérite

Or - et voilà je crois la pointe de cette parabole du maître et du serviteur - s'il y a de quoi être reconnaissant d'avoir été appelé au service d'un pareil maître, honoré d'avoir été embauché dans cette mission quotidienne consistant à vivre et à annoncer l'évangile... s'il y a de quoi être reconnaissant de tout son coeur, de toute sa personne d'être ainsi employé à ce service... par contre, il n'y a aucun mérite de notre part à faire valoir dans son accomplissement quotidien. 

Une fois appelés au service de l'évangile, nous ne faisons que ce que nous avons à faire. 

 

En tentant de vivre humblement chaque jour ce que nous avons compris de l'évangile, malgré nos imperfections crasses, nos erreurs, nos maladresses, en servant du mieux que nous pouvons, nous n'avons vraiment aucun titre à faire valoir, aucune prétention à mettre en avant, pas le moindre honneur à réclamer.

En servant Dieu, en servant le Christ, nous sommes de simples serviteurs, des serviteurs ordinaires, quelconques. Sans mérite. 

 

Des serviteurs vraiment inutiles ?

Il y a donc cet adjectif qui a longtemps été utilisé pour donner un titre à ce passage de l'évangile de Luc: la parabole du serviteur "inutile". 

Attention: non pas que ce serviteur ne soit pas utile. Mais ce serviteur n'est pas indispensable. Dieu pourrait très bien s'en passer. Dieu pourrait très bien se passer de nous. Mais il ne le veut pas. Lui qui nous a fait, il nous aime assez pour nous prendre à son service, comme nous sommes.

 

Jugés aptes d'être employés au service de son Royaume, qui que nous soyons, quels que soient 

notre caractère, notre origine, nos qualités et nos défauts... embauchés au service de Dieu, voilà notre dignité, notre honneur. Dignité et honneur qui viennent de Dieu donc, non pas de nous. Dignité, honneur, aptitude que nous recevons de Dieu. Mais que nous ne pouvons jamais nous attribuer à nous-mêmes.

 

L'humilité contre l'orgueil

En relisant les évangiles, nous savons bien que Jésus s'est constamment disputé avec des croyants orgueilleux, prétentieux, imbus d'eux-mêmes. En particulier certaines pharisiens. Ou des chefs religieux, qui revêtaient - qui revêtent toujours d'ailleurs - de beaux habits d'apparat, des décorations de grande valeur; pour bien montrer, au vu et au su de tous, qui ils sont, ce qu'ils valent. Ces dignitaires comme on dit, qui exposent leur dignité en public, qui affichent leurs mérites, et rappellent les honneurs et le service qu'on leur doit; à eux plus qu'à Dieu. 

Les disciples eux-mêmes n'ont pas été à l'abri de cet orgueil, lorsqu'ils se sont demandés qui était le plus grand, le plus méritant parmi eux.

 

Par cette brève présentation d'une situation absurde, Jésus nous appelle donc à l'humilité. L'humilité de celui, de celle qui se sait pas meilleur que les autres, pas plus digne que n'importe quel autre. 

Mais que Dieu lui-même engage à son service.

Boussole dans un monde déboussolé

Reste à savoir si les lecteurs des textes bibliques, et en particulier ceux et celles qui se disent chrétiens, se sentent visés par cette parabole. Se considèrent-ils, se considèrent-elles  comme disciples ?

 

Au moment où le christianisme - un soi-disant christianisme - est brandi comme une arme par des intégristes faussement pieux et des partis ultra-conservateurs, il me paraît personnelle-ment urgent que nous soyons de simples et d'humbles témoins, selon les moyens que Dieu nous a donnés. Témoins d'une foi inspirée et renouvelée par l'écoute attentive des textes bibliques. Une foi guidée et renouvelée par le message des évangiles.

 

Simples serviteurs et servantes ordinaires. Mais de précieux repères dans un monde aujourd'hui déboussolé.

  


 

Pasteur Georges Kobi:   Prédication du 14 Juillet 2019 

 

Trois amis entrent en scène dans cette parabole "du casse-pied".

Le premier ami rentre de voyage. Il joue en fait un rôle secondaire, mais provocateur. Arrivant ainsi à l'improviste et au milieu de la nuit, il oblige les deux personnages suivant à se rencontrer. Et à se disputer même; dispute pacifique il est vrai.

 

Le devoir sacré de l'accueil

La scène qui suit, dans la mise en scène de cette parabole, nous rappelle que le devoir de l'accueil est tel qu'il est exclu d'y manquer. Alors que chez nous en Occident, ce devoir essentiel a pratiquement disparu. Aujourd'hui, ce geste de solidarité  peut être même condamné, voire conduire en prison, suivant dans quelles circonstances vous accueillez un réfugié ou au naufragé. Devoir d'indifférence ...

 

Le premier ami arrive donc dans son village, ou son quartier, quand tout le monde dort.

Son accueil par le deuxième ami crèe le problème: celui-ci n'a rien à lui offrir, sinon sans doute une paillasse pour dormir. Rien à manger! Imprévoyance? Extrême pauvreté? Le récit ne le dit pas; c'est donc sans importance ...

J'ai appris d'expérience, lors d'un bref séjour en Algérie pour un camp de travail, que la famille la plus pauvre du village où nous campions préfèrait se priver de manger une semaine durant, pour nourrir au moins ses hôtes de passage. Et accomplir ainsi chez elle le devoir sacré de l'accueil.

 

Dérangé de nuit

Ainsi l'ami qui reçoit le voyageur est bien obligé de faire appel à son voisin - le troisième ami - pour le dépanner. Au milieu de la nuit. Quand toute la nombreuse famillle du voisin dort, sans doute à même le sol dans l'unique pièce du foyer. 

Si le voisin se lève, il va forcément déranger et réveiller tout le monde. Ce n'est vraiment pas le moment. Il ne peut pas; il ne veut pas se lever. Et le fait que ces voisins se connaissent bien et se rendent naturellement des services ... tout cela n'y fera rien, précise bien l'auteur de la parabole. 

Or l'ami imprévoyant insiste. Au point de lui casser les pieds. 

Et de guerre lasse, parce qu'il en a marre - comme le mauvais juge avec la pauvre veuve - le voisin finit par ouvrir sa porte, et par donner à son collègue en manque tout ce dont il a besoin...

 

Votre dieu serait-il ainsi ?

Voilà une histoire simple, qui relève des imprévus et des dérangements de la vie quotidienne, de nuit comme de jour... Mais où se cache donc l'élément perturbateur qui va mettre en route notre réflexion? 

La parabole étant, par définition, une comparaison, celle-ci se présente au verset 13. 

Vous, vous pensez que Dieu, lui, qui nous a donné la vie, et de quoi vivre notre vie, est comme ce voisin dérangé de nuit? voisin qui commence par refuser tout net? qui ne répond, n'ouvre sa porte et ne donne... qu'après insistance et supplication? Comme ce juge, sans foi ni loi, qui ne rend justice à la pauvre veuve que de guerre lasse, pour s'en débarrasser?

Votre dieu serait donc ainsi ?

Et Luc, à la suite de sa parabole, d'insister sur ce dieu qu'il faudrait lasser, auquel il faudrait casser les pieds... pour qu'il nous réponde. Ou ce dieu qui serait mauvais comme nous le sommes, et qui nous donnerait un serpent à la place de poisson, une pierre à la place de pains? 

A quel Dieu est-ce que nous nous adressons lorsque nous prions? Qui est notre interlocuteur divin? Un père indigne? sourd? insensible?

C'est donc bien ici - à mon avis - que se loge l'élément perturbateur de la parabole: d'abord le refus du voisin; et puis l'insistance de l'ami imprévoyant. Perturbation qui devrait provoquer en nous cette question: à quel Dieu est-ce que nous nous adressons lorsque nous prions?

 

Appel à la confiance

Il est probable que cette parabole soit née dans une discussion, une dispute même, sur l'exaucement de nos prières. Ou l'absence d'exaucement. 

Et l'auteur de cette parabole, selon Luc en tous cas, de faire appel à la confiance. Une confiance sans faille, sans hésitation. Qui ne se pose même de question. 

La confiance qu'éprouve le petit enfant qui a faim, et qui demande de quoi manger à son père, à sa mère. Cet enfant qui, au moment même où il demande, ne peut pas douter un seul instant de la réponse positive et immédiate à sa faim ...

 

Demandez!

"Demandez! on vous donnera. Cherchez! vous trouverez. Frappez à la porte! on vous ouvrira". 

Quand vous lisez les invitations de ce verset 9, qui suit logiquement la parabole du casse-pied, entendez-vous cette petite voix raisonnable qui vous dit: c'est trop simple! c'est trop facile! ce n'est pas raisonnable! Il suffit de demander... et on vous donne ? De chercher... et vous trouvez? De frapper... et on vous ouvre? Et voilà le doute qui se met en marche dans notre tête, le raisonnement de notre sagesse qui se développe ...

 

Eh bien oui! C'est aussi simple que cela. La simplicité du coeur, qui fait totalement confiance. Le coeur de l'enfant qui a faim, et qui ne doute à aucun moment de la réponse positive de son père à sa demande. 

Voilà la belle confiance à laquelle nous appelle, je crois, cette parabole des trois amis. 

Ou la parabole du casse-pied.

Dans le fond: cette parabole que l'évangéliste Luc a placée juste après la demande des disciple à Jésus pour apprendre à prier, avec l'exemple du "Notre Père"... cette parabole qui suit ne parle plus de nos prières; mais essentiellement de la confiance qu'il faut avoir. De la confiance absolue dans la réponse du Père à nos prières ...

 

Une contradiction maintenant.

A ce point final, je suis tout de même obligé d'ajouter un mot. Une contradiction.

Car je ne dois pas oublier - moi qui ai l'essentiel pour vivre, et qui peut donc adopter sans trop de peine cette confiance du coeur - les situations extrêmes ou désespérées dans lesquelles tant d'humains peuvent être plongés, croyants ou pas, confiants ou pas, aujourd'hui comme hier. 

Lorsque l'humain subit les pires souffrances. Ou les pires injustices. Ou le mépris et la haine tenaces. Quand l'humain subit la torture. Ou l'exclusion. Ou l'extermination... Moi qui ai reçu, et continue à recevoir l'essentiel pour vivre décemment, je dois tenter de comprendre, pour ne pas dire partager, le doute fondamental du croyant opprimé, désespéré, condamné? Ce désespoir, cette incompréhension tels qu'ils sont exprimés si souvent dans les textes des psaumes. Sans réponse à mes prières, à mes supplications: Dieu serait-il sourd? Dieu est-il absent? 

Alors que les méchants et les puissants triomphent? Alors même que de puissants chefs d'Etat encouragent publiquement la haine et sont prêts à semer la division et la guerre? chefs de gouvernement - c'est le sommet de l'écoeurement pour moi - qui ont reçu la bénédiction solennelle de pasteurs, de prêtres, d'imams ou de rabbins? 

Dieu est-il absent ? sourd? aveugle?

Dans ce temps de confusion et de contradiction, la parabole des trois amis, ou du casse-pied nous appelle à vivre, devant Dieu, dans le calme et la confiance. 

Et nous appelle à prier pour ceux et celles qui ont tant de raisons de désespérer; désespérer des humains... et de Dieu lui-même.

 

"Votre seule force, c'est de rester calme et tranquille. Et de metre votre confiance en moi". 

Livre du prophète Esaïe, chapitre 30, le verset 15.

 

 Georges Kobi


 

 

Claudine Hornung:   Prédication du 7 Juillet 2019

Psaume 73 - Doutes et rencontre avec Dieu

 On considère généralement que ce psaume 73, comme le psaume 50, comme les psaumes 73 à 83 a été écrit par Asaph. Ce personnage est un haut dignitaire religieux puisqu’il est le chef des Lévites, et se trouve en tête des chantres vêtus de manteaux en byssus (soie de coquillages) qui se trouvaient près de l’autel. Or ce qui est assez extraordinaire, c’est que ce haut dignitaire malgré son rang n’a pas peur d’évoquer ses doutes, ses pensées avant le passage dans le tabernacle, puis plus tard sa rencontre avec Dieu. Comment peut-il avoir l’impression que Dieu reste inactif, alors qu’il côtoie tous les jours Son autel ?  Dans quelles occasions doutons-nous de Dieu ? Les questions que nous posons à Dieu font-elles obstacle à notre relation avec Dieu ?
Regardons ce qu’il en est de l’énonciation. D’abord c’est la bonté de Dieu qui est évoquée, on comprend d’après la suite du texte que cette dernière est loin d’être une évidence, c’est une découverte qui est répétée en écho à la fin du psaume « pour moi, m’approcher de Dieu, c’est mon bien ». Dans la suite du texte le « moi jadis » s’oppose à la description des méchants, des impies. Cette description est suivie de celle des doutes du psalmiste, à la 1° personne. Le texte connaît un revirement au verset 17 quand le « je » entre dans le sanctuaire et rencontre Dieu. Alors intervient la perte des méchants et le psalmiste se tourne vers Dieu non parce qu’il est « schadenfroh » mais parce qu’il a vu s’inverser les priorités : Dieu se montre le maître des méchants en manifestant l’illusion dans laquelle vivent les impies. La réalité est vue sous un autre jour parce qu’il y a eu une rencontre personnelle avec Dieu, ce que souligne le tutoiement.

Mais d’où vient le doute ? Le psalmiste évoque sa faiblesse, ses interrogations ("mes pas étaient sur le point de glisser ") à cause de la réussite des violents : s’ensuit une description très imagée, comme dans un tableau de Brueghel, des hommes à succès : leur avidité, leur impunité, leur violence, leur fourberie, leur orgueil. A cela se mêle le thème de la jalousie : ces pourris réussissent alors que les hommes honnêtes échouent ; ils se comportent comme s’ils étaient des dieux, maîtrisant la terre entière. Et Dieu les laisse faire. Leur succès attire l’admiration du public, c’est le second point qui dégoûte le psalmiste. Cela pose la question de l’utilité de la morale : à quoi cela sert-il de rester honnête quand tout le monde triche ? Quand ceux qui ont utilisé le plus d’antisèches aux examens raflent les diplômes ? de déclarer ses impôts quand certains cachent leurs revenus ? d’avoir une morale non consumériste alors que les autres gaspillent ? de rester digne, droit et pacifique alors que l’on pourrait sans problème rendre les coups bas et les calomnies ? Sans parler des politiciens qui réussissent à se faire élire avec des promesses mensongères, des manipulations de mails et des tweets agressifs . Tout cela nous mène nous aussi à interpeller Dieu : Dieu où est ta justice ? Où est ta justice quand je vois triompher «ceux qui n’ont aucune part aux souffrances humaines ». Or, ce qui semble être le plus grand des péchés,  c’est bien l’indifférence au prochain. Si Dieu reste sans réponse, on est alors en proie à l’arme subtile de l’ennemi, le découragement. Et c’est ce sur quoi insiste  le psalmiste : la réalité du monde où il vit –  et ce texte n’a pas perdu de son actualité – est incompatible avec l’attente qu’il a de la justice de Dieu.

Mais le texte marque un revirement : le psalmiste entre dans le tabernacle, la partie la plus secrète du Temple et là il rencontre Dieu. Le tabernacle est recouvert d’épais tapis : Seul brille le chandelier d’or pur aux 7 lampes ; l’extérieur n’existe plus, les choses de la terre pâlissent, de nouvelles révélations s’imposent : le palmiste découvre l’envers des choses. Il réalise que la prospérité des méchants est passagère, que leur ruine est subite et effrayante, que leur succès n’a duré qu’un instant face à la gloire éternelle de Dieu. Le psalmiste s’aperçoit qu’on peut voir les choses autrement et il semble même voir les actions humaines avec le point de vue de Dieu. Du coup tout est relativisé, tout est un songe. Cette démarche, cette approche de Dieu qui inverse notre vision du monde, de nos contemporains, de leur adoration de toutes sortes d’idoles c’est celle de la prière, non pas de celle qui demande, mais celle qui se met à l’écoute de Dieu.

Et alors retentit la voix de Dieu, celle que le psalmiste avait vainement attendue, et avec Elle des paroles infiniment consolatrices : « je suis toujours avec toi ». Le Seigneur ne fait pas défaut, contrairement aux hommes. Un Dieu agissant nous tient «par la main droite ». Plus nous avançons vers Dieu, plus nous sommes des enfants que l’on guide. La relation vitale avec Dieu n’élimine pas les questions que l’on se pose mais elle les dépasse : On pourrait mettre ce dépassement en relation avec le cri du père de l’épileptique de Marc 9, 24 : « je crois, viens en aide à mon manque de foi ».
Le psalmiste affirme : « tu me conduiras par ton conseil » : son conseil est infaillible dans les circonstances difficiles, dans les peines et les souffrances. Peut-être va-t-il utiliser la bride et le mors comme pour un cheval rétif, mais il sait où nous devons aller. L’homme extérieur dépérit, il est soumis à l’action du temps et de la mort mais l’homme intérieur peut se renouveler en Christ de jour en jour.

Et pour finir je voudrais citer les paroles du psalmiste que je trouve pleines d’humour et de vérité: « je n’étais pas très futé », j’étais une brute épaisse mais je découvre maintenant que tu es avec moi, que tu me conduis » .  Puissions nous cesser avec l’aide de Dieu d’être des brutes épaisses et nous réjouir de Sa présence dans nos vies.

 

 Amen.

 

Claudine Hornung