Pasteur Roger Foehrlé

Et nous qui pensions avoir inventé les Fake News. Nous qui étions persuadés que les manipulations et les théories complotistes étaient l’apanage du 21eme siècle en général et de 2020 en particulier !

            Il faut dire que l’année dernière nous a gâtés : entre le COVID, les élections aux Etats-Unis, les attentats terroristes et les affaires à rebondissement,  il a été difficile parfois de démêler le vrai du faux. D’ailleurs au moment où j’écris ces mots, nul ne sait ce que 2021 nous réserve encore et où nous en serons réellement en décembre 2021……alors qui et quoi croire ? Sur quoi baser notre confiance et notre espérance : un vaccin ? Un nouveau protocole ? Un nouveau président providentiel ? Un nouveau scientifique charismatique ? Une théorie du complot satisfaisante ?

            Il est étonnant de voir que ces questions – qui nous semblent tellement contextuelles – trouvent un véritable écho dans le texte biblique de ce jour. L’absolue nécessité de définir la vérité de ce qui est dit, la crédibilité de celui qui parle et du coup la confiance que l’on peut mettre dans le message reçu est visiblement une problématique qui accompagne l’humanité depuis fort longtemps…

 

Ecoutons bien ce texte :

En effet, ce n'est pas avec des légendes habilement imaginées que nous vous avons fait connaître la venue avec puissance de notre Seigneur Jésus Christ : c'est de nos propres yeux que nous avons vu sa grandeur ! Il a reçu, de la part de Dieu le Père, honneur et gloire, quand une voix, portée par la gloire majestueuse, lui parvint : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je mets toute ma joie.» Cette voix, qui venait du ciel, nous l'avons entendue nous-mêmes, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte. Ainsi, nous considérons comme plus solide encore la parole des prophètes. Vous ferez bien d'y prêter attention : elle est pareille à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour paraisse et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs

 

 

            En cette fin du temps de Noël,  l’auteur revient sur l’incroyable nouvelle qu’incarne Jésus-Christ : il est l’envoyé de Dieu. Pour nous, cela peut sembler une évidence. L’affirmation est même un peu lissée après 2000 ans de christianisme et nous l’avons entendue à l’envi dans cette période de Noël. C’est pourtant une nouvelle incroyable, même dangereuse au début de l’ère chrétienne. Il suffit de se souvenir des tragédies autour des caricatures religieuses de l’année dernière pour avoir un aperçu de la susceptibilité des uns et des autres autour des représentations de Dieu ou de ses prophètes. Une affirmation forte et scandaleuse donc, faites par des hommes et des femmes qui risquaient leur vie au nom de ce Christ ! Il valait mieux être sûr de son coup et avoir une base solide et non des « fables habilement conçues » (v.16).
 

            Soyons honnêtes, il y a aussi beaucoup de différences dans la conception de la réalité ou de la vérité entre le premier siècle après Jésus-Christ et notre 21eme siècle surmédiatisé. La question des preuves scientifiques, des images, des connaissances des uns et des autres se posent tout à fait autrement. Avec ce texte, nous sommes avant le siècle des lumières, avant l’âge de la raison, avant le Moyen-Âge, avant même le temps où le monde savait ce qu’était le christianisme.
 

            Et pourtant, l’apôtre donne quelques clés de lectures, quelques pistes pour discerner la « bonne nouvelle ». J’aimerais vous en pointer trois :
 

-          Qui parle ? L’auteur de ce passage met un point d’honneur à préciser qu’il a été un témoin oculaire de la grandeur du Christ. Il pourrait effectivement s’agir de Pierre lui-même selon certains exégètes – ceux qui étudient l’histoire des textes bibliques. Un homme donc qui a connu et accompagné Jésus, qui l’a trahi et retrouvé, qui a connu les hauts et les bas du ministère du Christ sur cette terre. Un homme en tous cas qui connaît aussi les limites de ses propres promesses et qui n’a plus rien à perdre au seuil de la mort. Et si ce n’est pas lui, il s’agit probablement de quelqu’un qui lui était proche et qui s’appuie sur une expérience que nul ne peut remettre en question. La source du témoignage est donc un élément clé de la « bonne nouvelle ». Le lien à cette expérience initiatique de Pierre, mais aussi aux prophètes,  inscrit la Parole dite dans une Histoire, dans un contexte éprouvé par des personnes avant nous et porté par des communautés autour de nous. Nous recevons toujours une information dans un certain contexte. Nous faisons le choix de celui à qui nous accordons notre confiance, et les autres autour de nous sont des aides précieuses. Un peu décalé par rapport à nos critères modernes, n’est-ce pas ?
 

-          Qu’est-ce qui nous est dit ? Là encore, l’auteur ne nous emmène pas exactement là où nous aurions l’habitude d’aller. Il ne démontre pas par A+B qu’il a ou aurait raison. Sa conviction profonde de la réalité de Jésus-Christ ressemble plus à un cri du cœur qu’à une argumentation méthodologique. Visiblement, le jour où il a vu Jésus illuminé de gloire sur la montagne, le jour où il a entendu Dieu l’appeler « Mon Fils bien-aimé », l’auteur a vécu quelque chose de très fort. Il a ressenti en lui la « puissance de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ » (v.16) Il ne nous parle pas de lui-même, ni d’une quelconque mission que cet évènement devrait certifier. Il nous parle de Dieu, de sa foi. Il nous parle d’une évidence pour lui et ses compagnons : Jésus est l’envoyé  de Dieu. Pour eux, cela aura été une source de joie, mais aussi de souffrances. Les premiers témoins ont été persécutés, poursuivis, torturés et mis à mort. Ils n’ont pas tiré profit de leur situation, bien au contraire. Mais ce qu’ils avaient vu et ressenti, l’Épiphanie – ou la révélation – de Dieu a suffi à illuminer leur vie et à fonder leur témoignage, contre vents et marées. La certitude que Dieu est venu partager la condition humaine a suffi à leur ouvrir les portes de la liberté et de l’espérance. Le deuxième critère de la « bonne nouvelle » est qu’elle nous parle de Dieu, qu’elle nous fait grandir vers lui et avec lui.
 

-          Et nous voilà au troisième point : à qui parle-t-il ? Évidemment tout d’abord aux lecteurs du premier siècle. A la première génération qui n’a pas ou plus vu les œuvres de Jésus-Christ. Face à ceux qui essayent de s’approprier la figure du Christ, il rappelle la filiation à Dieu. Face à ceux qui veulent se comparer au Christ, il rappelle la force des Prophètes et de l’Esprit – qui toujours nous échappe. Mais il nous parle aussi à nous. Le troisième critère de la « bonne nouvelle » c’est qu’elle nous parle par-delà le temps et l’espace. Cet évènement fondateur sur la montagne sainte, ce témoignage de l’apôtre en fin de vie n’a qu’une seule visée : nous permettre de « discerner la lumière qui brille dans un milieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’étoile du matin se lève dans votre cœur » (v.19). Elle n’est pas une théorie exceptionnelle qui permet de comprendre le monde, elle n’est pas un programme politique qui maintient un pouvoir. Elle est une force intime et puissante, lumineuse et fragile qui permet de traverser toutes les nuits. Celle du Vendredi Saint, celles des premiers siècles, celles de l’Histoire et des histoires de ceux qui reconnaissent dans l’enfant de Bethlehem, le prédicateur de Galilée, l’homme en croix et le ressuscité, le Bien-Aimé de Dieu. Oui, chacune de nos histoires et de nos nuits est au bénéfice et au risque de cette promesse : la tienne, celle qui s’inquiète de l’avenir de son commerce, la mienne, celle qui s’inquiète de l’avenir de nos enfants, la sienne, celle qui s’inquiète pour sa vie.
 

            Alors fake news ou pas ? Histoire vraie ou intox ? Subtilement, Pierre nous emmène sur un autre chemin. Il nous sort de l’antagonisme aussi vieux que l’humanité et demande « qui a raison » pour nous ouvrir à une réalité qui nous dépasse. Il nous amène sur un chemin d’Évangile, où la question est plutôt est-ce une « Bonne Nouvelle » ? Un Évangile qui te permet de te relever à la lumière de l’amour de Dieu ?

Amen.

 

Texte du Pasteur Foehrlé  (lu par Claudine Hornung)