Claudine Hornung

Dans le phénomène de la « crise sanitaire », on s’est empressé de rechercher des responsables : au niveau de la Chine, de l’OMS, au niveau des gouvernements qui n’ont pas vu arriver la catastrophe et n’ont pas fourni de masques. A peine était-on sorti du confinement en France que l’on a créé des commissions, interrogé des ministres successifs de la santé, fait venir des virologues pour apprécier les responsabilités dans l’expansion de la pandémie. On aime bien souvent pointer du doigt les coupables avec le sous-entendu que nous sommes totalement innocents. De plus, devant cette contagion qui épargne les uns et tue les autres, les théories les plus folles ont surgi, en particulier celle d’un mal survenu pour condamner les hommes. Aussi se pose la question de savoir si nous sommes responsables de nos malheurs ?  De quoi sommes-nous responsables ?

Le texte de Luc 13 va nous éclairer dans notre réflexion.
 

Deux déclarations successives de Jésus évoquent deux événements tragiques au cours desquels il y a eu mort d’hommes. Le premier épisode est relaté par des « gens », ces gens semblent  sous-entendre la pensée de M. tout le monde à l’époque : malheur = punition. Jésus anticipe sur les conclusions de ses interlocuteurs : les Galiléens ont-ils été victimes d’un crime sordide parce qu’ils étaient pécheurs ? Non, répond Jésus. Et les gens qui lui rapportent l’événement sanglant voient sûrement dans le fait qu’ils ont été épargnés leur propre justice : les victimes sont les pécheurs, ils sont responsables de leur malheur en quelque sorte, les rescapés sont dans le droit chemin . Les interlocuteurs de Jésus ont peut-être une autre intention : l’obliger à condamner les Romains qui visent des personnes en apparence innocentes, uniquement préoccupées de la Divinité. Jésus ne relève pas la provocation, pas un mot sur les Romains.

Et Jésus rejette la vue simpliste de la punition de Dieu. Il montre dans ces malheurs un avertissement adressé à tous : tous sont pécheurs, tous ont à se convertir. C’est la conclusion qu’il reprend après l’exemple qu’il donne lui-même de la tour qui s’écroule et fait dix-huit morts ; ici aucune intervention humaine meurtrière : c’est le hasard qui a provoqué la tragédie. C’est purement accidentel, il n’y a pas de coupable.
 

Ce qui est très étonnant, c’est que Jésus - en ajoutant le récit d’un autre événement tragique - met sur le même plan des Galiléens victimes de la cruauté romaine et des victimes d’un terrible accident. Il n’y a pas de distinction entre les différents destins, il n’examine pas les responsabilités, il ne considère pas l’AVANT, il ne recherche pas les causes comme le font les humains qui se prétendent rationnels et examinent sans cesse les causes : les causes de telle ou telle guerre, de la pollution, des pandémies ...  Autre constat important : Jésus n’accuse pas, il ne considère pas que les victimes sont punies à cause de ...  Et c’est la première conclusion importante : le malheur, la souffrance ne viennent pas d’un péché personnel, sinon il y aurait une certaine justice dans le mal. Non, nous dit Jésus, vous n’êtes pas punis  à travers la pandémie du Covid 19. Ne nous laissons donc pas impressionner par tous ces prédicateurs qui sur Internet mettent en rapport la pandémie avec les péchés des hommes. Pendant des siècles, l’Eglise a terrorisé les chrétiens en leur parlant du châtiment de Dieu. Au Moyen Age on a même convaincu les fidèles qu’ils pourraient échapper au malheur en payant pour racheter leurs péchés (indulgences).

En ne considérant pas l’Avant, en refusant de parler de jugement divin, Jésus veut nous dire qu’il n’y a pas de grands ou de petits pécheurs, ce n’est sûrement pas à nous à créer des catégories. Nous sommes tous pécheurs, ceux qui ont subi la mort violente des deux tragédies évoquées ne sont pas plus coupables que ceux qui ne l’ont pas subie ; Jésus ne donne aucune explication au problème du Mal mais il lance à chacun de nous un appel, celui de changer, de nous réformer, de nous tourner vers un but plus important.

Certes Dieu connaît tous nos péchés, il aime chacun de nous malgré nos péchés mais il attend de nous un acte responsable. Celui d’un changement. L’avertissement est répété deux fois (verset 3 et verset 5). S’occuper de la responsabilité des autres est absurde et stérile, il vaut mieux s’occuper de sa propre culpabilité dont on peut sortir par la prière et un long cheminement qui fait changer de cap.

Jésus nous met devant nos responsabilités, (non pas comme Trump lorsqu’il dit aux Américains : « chacun prend ses responsabilités », c'est-à-dire chacun choisit peut-être de mettre sa vie en danger ainsi que celle des autres et finalement fait n’importe quoi !), mais en considérant que nous sommes auteurs de nos actes. Dieu a fait de nous des êtres libres. Nous sommes bel et bien responsables de ce qui nous arrive : les ressources de la terre s’épuisent parce que nous profitons du bien-être qu’elles nous apportent comme les voyages toujours plus lointains et fréquents, des appareils téléphoniques toujours plus perfectionnés grâce au pillage des métaux rares. N’oublions pas que si le Corona a frappé la race humaine, c’est parce qu’il manque des maillons dans la chaîne des espèces animales et ces maillons manquent parce qu’ils ont disparu par la main de l’homme. Dieu ne peut empêcher les guerres, il ne peut empêcher l’humanité de se détruire. Mais nous sommes aussi libres d’opérer un véritable changement, une metanoia, une autre manière de voir les choses. La conversion, c’est peut-être se demander chaque jour quel est le sens de nos actions :  Agissons-nous en chrétiens ou sommes nous inspirés par l’amour de l’argent, par la haine, par la tentation de la gloire, par la violence en paroles et en actes, par la soif de la consommation ? Mais agir de manière responsable, c’est aussi ne jamais oublier que nos actes et nos paroles  peuvent avoir une conséquence négative pour les Autres, ne jamais oublier que Dieu nous a confié la Terre. Peut-être faisons nous aussi l’erreur de demander à Dieu dans nos prières trop de choses que nous pouvons faire nous-mêmes : ne demandons pas à Dieu de remplir nos églises mais demandons-nous ce que nous pouvons faire pour les remplir, ne demandons pas à Dieu d’éviter que le cancer ne ravage telle ou telle personne, mais demandons-nous comment nous pouvons entourer la personne touchée. Demandons-nous aussi, en ces temps de Corona qui revient, comment nous pouvons augmenter la solidarité entre nous dans la paroisse.
 

Ce texte de Luc nous dit donc que nos malheurs ne sont pas une punition, mais le Seigneur nous a libérés pour que nous prenions le chemin de nos vies, pour que nous puissions changer, pour que nous sachions orienter nos actions guidés par sa Parole et le dialogue avec Lui à travers la prière. Amen