Doutes et rencontre avec Dieu
Claudine Hornung

On considère généralement que ce psaume 73, comme le psaume 50, comme les psaumes 73 à 83 a été écrit par Asaph. Ce personnage est un haut dignitaire religieux puisqu’il est le chef des Lévites, et se trouve en tête des chantres vêtus de manteaux en byssus (soie de coquillages) qui se trouvaient près de l’autel. Or ce qui est assez extraordinaire, c’est que ce haut dignitaire malgré son rang n’a pas peur d’évoquer ses doutes, ses pensées avant le passage dans le tabernacle, puis plus tard sa rencontre avec Dieu. Comment peut-il avoir l’impression que Dieu reste inactif, alors qu’il côtoie tous les jours Son autel ?  Dans quelles occasions doutons-nous de Dieu ? Les questions que nous posons à Dieu font-elles obstacle à notre relation avec Dieu ?
Regardons ce qu’il en est de l’énonciation. D’abord c’est la bonté de Dieu qui est évoquée, on comprend d’après la suite du texte que cette dernière est loin d’être une évidence, c’est une découverte qui est répétée en écho à la fin du psaume « pour moi, m’approcher de Dieu, c’est mon bien ». Dans la suite du texte le « moi jadis » s’oppose à la description des méchants, des impies. Cette description est suivie de celle des doutes du psalmiste, à la 1° personne. Le texte connaît un revirement au verset 17 quand le « je » entre dans le sanctuaire et rencontre Dieu. Alors intervient la perte des méchants et le psalmiste se tourne vers Dieu non parce qu’il est « schadenfroh » mais parce qu’il a vu s’inverser les priorités : Dieu se montre le maître des méchants en manifestant l’illusion dans laquelle vivent les impies. La réalité est vue sous un autre jour parce qu’il y a eu une rencontre personnelle avec Dieu, ce que souligne le tutoiement.

Mais d’où vient le doute ? Le psalmiste évoque sa faiblesse, ses interrogations ("mes pas étaient sur le point de glisser ") à cause de la réussite des violents : s’ensuit une description très imagée, comme dans un tableau de Brueghel, des hommes à succès : leur avidité, leur impunité, leur violence, leur fourberie, leur orgueil. A cela se mêle le thème de la jalousie : ces pourris réussissent alors que les hommes honnêtes échouent ; ils se comportent comme s’ils étaient des dieux, maîtrisant la terre entière. Et Dieu les laisse faire. Leur succès attire l’admiration du public, c’est le second point qui dégoûte le psalmiste. Cela pose la question de l’utilité de la morale : à quoi cela sert-il de rester honnête quand tout le monde triche ? Quand ceux qui ont utilisé le plus d’antisèches aux examens raflent les diplômes ? de déclarer ses impôts quand certains cachent leurs revenus ? d’avoir une morale non consumériste alors que les autres gaspillent ? de rester digne, droit et pacifique alors que l’on pourrait sans problème rendre les coups bas et les calomnies ? Sans parler des politiciens qui réussissent à se faire élire avec des promesses mensongères, des manipulations de mails et des tweets agressifs . Tout cela nous mène nous aussi à interpeller Dieu : Dieu où est ta justice ? Où est ta justice quand je vois triompher «ceux qui n’ont aucune part aux souffrances humaines ». Or, ce qui semble être le plus grand des péchés,  c’est bien l’indifférence au prochain. Si Dieu reste sans réponse, on est alors en proie à l’arme subtile de l’ennemi, le découragement. Et c’est ce sur quoi insiste  le psalmiste : la réalité du monde où il vit –  et ce texte n’a pas perdu de son actualité – est incompatible avec l’attente qu’il a de la justice de Dieu.

Mais le texte marque un revirement : le psalmiste entre dans le tabernacle, la partie la plus secrète du Temple et là il rencontre Dieu. Le tabernacle est recouvert d’épais tapis : Seul brille le chandelier d’or pur aux 7 lampes ; l’extérieur n’existe plus, les choses de la terre pâlissent, de nouvelles révélations s’imposent : le palmiste découvre l’envers des choses. Il réalise que la prospérité des méchants est passagère, que leur ruine est subite et effrayante, que leur succès n’a duré qu’un instant face à la gloire éternelle de Dieu. Le psalmiste s’aperçoit qu’on peut voir les choses autrement et il semble même voir les actions humaines avec le point de vue de Dieu. Du coup tout est relativisé, tout est un songe. Cette démarche, cette approche de Dieu qui inverse notre vision du monde, de nos contemporains, de leur adoration de toutes sortes d’idoles c’est celle de la prière, non pas de celle qui demande, mais celle qui se met à l’écoute de Dieu.

Et alors retentit la voix de Dieu, celle que le psalmiste avait vainement attendue, et avec Elle des paroles infiniment consolatrices : « je suis toujours avec toi ». Le Seigneur ne fait pas défaut, contrairement aux hommes. Un Dieu agissant nous tient «par la main droite ». Plus nous avançons vers Dieu, plus nous sommes des enfants que l’on guide. La relation vitale avec Dieu n’élimine pas les questions que l’on se pose mais elle les dépasse : On pourrait mettre ce dépassement en relation avec le cri du père de l’épileptique de Marc 9, 24 : « je crois, viens en aide à mon manque de foi ».
Le psalmiste affirme : « tu me conduiras par ton conseil » : son conseil est infaillible dans les circonstances difficiles, dans les peines et les souffrances. Peut-être va-t-il utiliser la bride et le mors comme pour un cheval rétif, mais il sait où nous devons aller. L’homme extérieur dépérit, il est soumis à l’action du temps et de la mort mais l’homme intérieur peut se renouveler en Christ de jour en jour.

Et pour finir je voudrais citer les paroles du psalmiste que je trouve pleines d’humour et de vérité: « je n’étais pas très futé », j’étais une brute épaisse mais je découvre maintenant que tu es avec moi, que tu me conduis » .  Puissions nous cesser avec l’aide de Dieu d’être des brutes épaisses et nous réjouir de Sa présence dans nos vies.

 

 Amen.

 

Claudine Hornung